L’entraînement Rameshwar Gujadhur avait, après moult tentatives vaines et souvent unfair, enfin obtenu l’autorisation des autorités gouvernementales, bien qu’il était l’objet d’une suspension inappropriée dans son pays d’origine, pour recruter un jockey étranger de calibre et de renom. Avec l’arrivée de L’homme qui a visité le winning enclosure plus de 5000 fois et la qualité des chevaux que possède cet établissement, la casaque rouge pouvait voir le reste de la saison sereinement et envisager un titre d’entraîneur champion avec réalisme pour que la fête soit encore plus belle pour le King Of Long Shots. Cette association aurait dû péter le feu, mais au contraire, elle s’est achevée en eau de boudin.

Comme on pouvait le redouter, Piere Strydom n’est pas venu à Maurice pour faire étaler sa classe, mais bien pour se faire un bas de laine pour ses vieux jours. Pour cela, la destination « champdemaresque » était une évidence tant la réputation de nos courses en Afrique du Sud et ailleurs est celle d’un paradis pour ceux qui veulent du cash plutôt que la gloire. Et ce n’est pas un palabre, mais une belle réalité. On n’a pas idée du package offert par l’écurie Rameshwar Gujadhur au jockey mais, visiblement, sa team avait obtenu un better deal à la rue Shakespeare ou dans les arcannes du littoral nord, où ce sont les plus offrants qui règnent en maîtres. Même les menaces à peine voilées de l’état-major de l’écurie à certains membres actifs de l’entourage immédiat du jockey, dont une parente très active sur le marché du betting qui a été éloignée de l’écurie, ni les instructions sans équivoque n’ont eu d’effet sur le jockey qui, visiblement, était téléguidé ailleurs.

Dommage qu’une association qui aurait dû être gagnante se soit transformée en cauchemar éveillé pour les turfistes et propriétaires de certains chevaux de cet établissement. Dans une interview vérité qu’il nous accorde cette semaine, l’entraîneur Subiraj Gujadhur vient publiquement dire ce que nous savions déjà, c’est-à-dire que de nombreuses montes de son jockey n’étaient pas dans les normes attendues pour un personnage de son expérience et de sa classe, ce auquel nous acquiesçons avec confiance, mais nous ferons le reproche sincère et sans arrière-pensée à l’entraîneur, — et cela est valable pour nombre de ses confrères —, à savoir pourquoi ils ne les rapportent pas aux commissaires comme cela est de leur devoir et leur obligation professionnelle. Cela n’enlève en rien la tâche des commissaires d’être plus vigilants et proactifs pour enquêter et sanctionner tout écart gros comme un nez sur le visage et commis au nez et à la barbe de tous.

Nous n’en serions peut-être pas là si, d’emblée, et l’entourage du cheval et les commissaires des courses avaient pris leurs responsabilités et ne s’étaient pas laissé impressionner par le palmarès du jockey en lui trouvant des circonstances atténuantes pour sa monte scandaleuse sur Chili Con Carné lors de la 11e journée en affirmant et minimisant son écart professionnel par le fait que, de toute façon, il n’aurait pas gagné et pas battu son adversaire du jour. Nous nous inscrivons en faux contre cette explication car personne, ni les professionnels de courses ni les commissaires — nous non plus — n’auraient pu prévoir l’issue de cette épreuve si, comme le dit l’entraîneur dans l’interview qu’il nous accorde, que « he (Strydom) should have gone a little bit with the winner in the earlier stages of the race ». S’il avait été sanctionné à ce stade-là, nous n’en serions peut-être pas là aujourd’hui. Quel gâchis !

En tout cas, si les Racing Stewards ont enfin eu la main lourde pour la monte de Strydom sur Man From Seattle, un 10 kg claimer’s ride, on s’étonne de leur silence pour sa monte aussi perplexe sur Nebula, qui est un chef d’œuvre en matière de leçon aux futurs jockeys tricheurs qui voudraient avoir le guide du « comment perdre une course imperdable ». L’absence de coups de cravache dans les phases ultimes de la course n’a même pas ému les RS, toujours embués sans doute par leur adulation pour « a jockey of your calibre and experience ». Pour être totalement franc, disons au Sud-Africain qu’il est un piètre jockey dans le rôle de perdant pour ne pas dire « triangueur » et que nous le préférons nettement dans son interprétation de « Striker » pour lequel nous avions le plus grand respect. Il est plus que probable qu’il ait monté pour la dernière fois chez nous et que n’ayons pu vivre son réel talent live and direct.

La crédibilité de l’hippisme mauricien repose sur la qualité de son INTEGRITY et la leçon infligée à Strydom par le MTC est de bon augure dans cette perspective. Nous devons aussi le dire avec satisfaction que la saison 2019 a été à cet égard en progrès constants, car il est vrai que les écarts — il y en a eu — sont en nette régression par rapport aux années précédentes, même s’il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Le travail discret mais efficace de l’Integrity Department de la Gambling Regulatory Authority (GRA) joue aussi une part majeure dans ce changement de mindset qui gagne du terrain à la Newton House et à la rue Eugène-Laurent.

Les coups de sang neuf au sein de l’administration du MTC, au sein du board des Racing Stewards et même à la GRA a définitivement été un plus pour tout ce qui concerne l’intégrité dans le milieu hippique. La façon dont le chef de l’Integrity Department de la GRA, Paul Beeby, avait enquêté dans l’affaire du Zilpatérol a définitivement amené un vent de professionnalisme dans la conduite des investigations tous azimuts sur le turf mauricien. Dans cette mouvance, la surveillance des lieux sensibles, le contrôle antidopage, le suivi dans les secteurs du pari et l’évolution de cotes suspectes ont atteint un degré de contrôle et de probité que nous n’avons pas vu depuis longtemps, même si nous ne sommes qu’aux balbutiements d’un processus long, ardu et où le soutien des autorités doit être indéfectible.

Malheureusement, comme toujours dans ces cas-là, certains potentats planqués de l’hippisme mauricien, plus habitués à vivre dans l’opacité où ils peuvent régner et trafiquer en maîtres, tentent de souiller le travail de leur propre département de l’Integrity par des attaques viles et racistes prononcées lors d’un board meeting, en substance, du style « ine donne ZOTTE accès server… ek li boire avec bann BLANC là ». D’abord, il est malheureux qu’après 50 ans d’indépendance et dans le sillage de Jeux des îles, si rassembleurs, qu’il existe encore au sein des corps paraétatiques des « petits » chefs capables de ce genre de langage d’un autre temps dans une fonction officielle d’une institution publique attachée au PMO, en toute impunité. Ensuite, il est inquiétant qu’à chaque fois qu’il y ait des personnes de bonne volonté et des professionnels confirmés qui sont en train de nettoyer les écuries d’Augias, ils se trouvent des attardés pour les y empêcher, soit par incompétence soit pour protéger leurs amis malsains ou des intérêts inavouables.

Pourtant, en ces temps préélectoraux, où des hommes et des femmes de bonne volonté sont en train de tout mettre en œuvre pour donner des résultats probants aux promesses électorales salutaires du gouvernement dans le milieu hippique, c’est-à-dire combattre les maldonnes aux courses et le money laundering, il s’en trouve des proches (?) déclarés du Premier ministre, toujours les mêmes et défenseurs invétérés des vested interest’, qui tentent de saboter l’excellent travail accompli par le département de l’Integrity.

Le même sort est semble-t-il promis à la proposition du cashless betting dans le monde du pari mauricien, qui a pourtant connu une résonnance très favorable avec les opérateurs de paris lors d’une conférence en début de semaine, et ce, malgré les dénégations de l’association fictive du groupe SMS Pariaz et de son animateur fantôme contre Christina Thakor-Rankin de 1710 Gaming Ltd. Au Parlement récemment, le PM avait promis le lancement imminent d’un projet pilote à cet effet. Espérons que les influences intéressées du couple Bheekary-Lee Shim n’arriveront pas à faire dérailler le train de cet outil incontournable de la politique de l’anti-money laundering dans le monde du gambling et du gaming mauricien. Si tel était le cas, ce serait un monumental gâchis !