La tranche du Question Time d’hier après-midi a été marquée par une crise d’énervement du vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques Anil Bachoo quand le Whip de l’opposition Rajesh Bhagwan s’en est pris au fonctionnement de la Road Development Authority (RDA). Le député de l’opposition a soutenu que cette instance s’apparente avec la mafia et a dénoncé une connivence avec les contracteurs.
La tension est montée quelques minutes auparavant quand le même député a tenté d’obtenir confirmation d’Anil Bachoo au sujet d’un Adviser à son ministère et un autre au Prime Minister’s Office (PMO) transformés en sous-contracteurs des compagnies, qui ont décroché d’importants contrats pour la construction de routes. Un autre épisode de la tranche des travaux parlementaires d’hier après-midi, qui n’aura pas passé inaperçu, est la série de non-réponses du ministre du Business Jim Seetaram au député du MSM Mahen Jhugroo quant au contrat de la Casual Worker, Saroj Beeharry, actuellement en poste au ministère de l’Éducation avec le ministre Vasant Bunwaree comme cible des attaques.
Pour sa part, le Premier ministre adjoint et ministre des Services publics Rashid Beebeejaun a eu toutes les peines du monde à convaincre au sujet d’une facture impayée de Rs 690 000 du Ramnath Jeetah Trust au Central Electricity Board (CEB). Le député Joe Lesjongard, document à l’appui, s’est appesanti sur cette politique de deux poids et deux mesures pratiquée par le CEB. Il a dénoncé que dans les cas des petits abonnés, ce corps para-étatique n’hésite nullement à interrompre la fourniture d’énergie électrique alors que dans ce cas particulier, aucune action n’a été prise même si cette facture remonte à 2009.
Toutefois, l’on notera que pour la partie du Question Time allant de 14 h 30 à 16 h 15, seules 12 interpellations ont été répondues en raison des nombreuses questions supplémentaires des députés de l’opposition sur certains dossiers. Soulignons qu’en début de séance, l’Assemblée nationale a rendu un vibrant hommage à la mémoire du député Georgy Candahoo, décédé le 17 mai dernier. Le Premier ministre Navin Ramgoolam a retracé la carrière de cet ancien élu sous la bannière du MSM et du Parti travailliste lors des élections du 21 août 1983 dans la circonscription de Port-Louis Nord/Montagne-Longue. Le leader de l’opposition Alan Ganoo et le Speaker Razack Peeroo se sont aussi joints au Leader of the House pour présenter leur sympathie à la famille à l’ancien député Candahoo.
Sinohydro Ltd
L’interpellation du député et leader du FSM Cehl Meeah au sujet des contrats alloués à la compagnie de construction chinoise Sinohydro Ltd devait mettre le feu aux poudres. Et ce, même si le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques avait voulu jouer la prudence en annonçant qu’il allait déposer tous les détails des projets alloués à cette compagnie étrangère de même que les informations recherchées par rapport à la valeur des contrats, la durée des travaux, les retards accumulés et les coûts additionnels.
Bachoo : The information is being tabled.
Meeah : Puis-je savoir du vice-Premier ministre et ministre des infrastructures publiques le nombre de fois qu’il a rencontré les représentants de cette compagnie ?
Bachoo : Je ne traite pas avec Sinohydro. Cette responsabilité relève de la RDA. They deal with the RDA.
Bhagwan : Le vice-Premier ministre est-il au courant du fait qu’un des Advisers à son ministère opère en tant que sous-contracteur de Sinohydro Ltd ?
Bachoo : As far as I am aware, no. Il n’y a pas d’Adviser à mon ministère qui est sous-contracteur de Sinohydro Ltd.
Uteem : Le vice-Premier ministre a signifié son intention de déposer sur la table de l’Assemblée nationale des détails des contrats alloués à cette compagnie. Peut-il révéler le nombre de contrats alloués et le nombre d’entre eux qui ont accumulé des délais ?
Bachoo : Il y a cinq contrats. Tous les chantiers sont encore ouverts car les travaux sont en cours. Il y a eu des demandes d’extension du délai d’exécution. Nous suivons la situation de près…
Bhagwan : Je reviens avec ma précédente interpellation supplémentaire. Le vice-Premier ministre est-il au courant du fait qu’un des Advisers de son ministère en partenariat avec un autre Adviser au PMO au sein d’une société privée opère en tant que sous-contracteur des importantes compagnies dans des projets de landscaping le long de l’autoroute ?
Bachoo : It is not to my knowledge as far as my ministry is concerned. As for the other ministry, I’ll look into it…
À ce stade, le député du MSM Mahen Jhugroo s’intéresse aux variations costs occasionnés par des changements intervenus dans les contrats.
Ganoo : Du nombre de contrats alloués à Sinohydro, peut-il révéler le nombre de projets en retard nécessitant des extensions du délai ?
Bachoo : There are five contracts. Dans le premier cas, l’extension du délai a été accordé. Dans les deuxième et troisième cas, le délai a été accordé sans aucun coût additionnel alors que dans un autre cas, le retard est de quatre jours.
Ganoo : Dans les cinq projets alloués, Sinohydro a accumulé du retard dans tous les travaux…
Bachoo : Mais il n’y a pas eu de coûts additionnels. Il y a plusieurs raisons qui expliquent ces retards, dont la disponibilité du terrain pour le démarrage du projet ou encore le temps. There are plenty of reasons…
Soodhun : Le long de l’autoroute de l’aéroport de Plaisance au Nord, au milieu, il y a des travaux qui ont été alloués. This has been done without any tender exercise. La RDA avait imposé des sous-contracteurs pour ces contrats ?
Bachoo : If the Honourable Member will come with a substantive question, I’ll give the details…
Soodhun : Is he aware of any specific tender ?
Bachoo : Cela concerne l’installation des guardrails. S’il veut proposer une interpellation en bonne et due forme, je répondrai à la question…
« Free to take any action »
Bhagwan : Encore une fois, je reviens avec les travaux de lansdscaping le long de l’autoroute. Il y a connivence avec la RDA. Et des Advisers du ministère des Infrastructures publiques et du PMO opèrent en tant que sous-contracteurs…
Bachoo (haussant le ton) : The Honourable Member is free to take any action if any contractor has any dealing. I’m not aware of anything. Je ne peux répondre que pour mon ministère. À cet effet, je maintiens qu’il n’y a rien. En plus, c’est la responsabilité du contracteur de faire le choix du sous-contracteur…
Le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques poursuit ses explications en parlant de sous-contracteurs dans des zones, dont la responsabilité relève des collectivités locales.
Ganoo : De ce que nous avons pu constater avec des abus lors de la mise à exécution des contrats, le moment n’est-il pas venu de revoir des clauses de pénalité dans la loi en vue de les durcir pour améliorer la situation. The penalties are too much on the low side that the contractors make a mockery of these…
Bachoo : I fully concur with the Honourable Leader of the Opposition. Let me speak my heart. Savez-vous la pression que je ressens quand l’exécution de projets accumule des retards ? If need be, I will not hesitate. I’m as concerned as anybody else.
Jhugroo : Le vice-Premier ministre peut-il donner la garantie que des contrats ne sont pas sous-alloués à des Advisers dans des ministères ou autres nominés politiques ?
Bachoo : S’il y a des cas au sein de mon ministère, je suis disposé à prendre des actions dans les meilleurs délais. Pour les autres, je n’ai rien à faire s’ils ont décroché des sous-contrats aux termes des dispositions de la loi. They are bound to give services to the satisfaction of the RDA.
Bhagwan : De ce que nous avons pu constater, le moment n’est-il pas venu pour revoir toute la structure et le fonctionnement de la RDA, qui opère comme la mafia.
Cette remarque du Whip de l’opposition a pour conséquence que le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques de littéralement « sap lor kal » et protester de manière des plus énergiques.
Bachoo : On a point of order…
Bhagwan : I am not going to give way. Je n’ai pas encore terminé ma question supplémentaire…
Seeruttun (à l’adresse d’Anil Bachoo) : Ekoute ! Taler to reponn…
Bhagwan : It hurts when I say RDA…
Anil Bachoo tente d’intervenir de nouveau sur le point of order.
Bhagwan : It is not a point of order…
Bachoo : Si c’est ainsi, je ne vais pas répondre. Ils ne veulent pas écouter…
Bhagwan : Je n’ai pas encore terminé. Il y a connivence entre des ingénieurs et des membres du Top Management de la RDA avec les contracteurs…
Bachoo : The Honourable Member is free to go wherever he wants. To the Central CID or to ICAC.
Deputy Speaker : Honourable Bhagwan, let the minister answer.
Bhagwan : Le véritable problème c’est la RDA…
« Not an easy job »
Bachoo : La RDA est une institution qui traite avec des projets valant des milliards. It is not an easy job. I can say that I am satisfied with the engineers’work.
Ganoo : Sinohydro Ltd s’est vue allouer cinq contrats. Les chantiers n’ont pas encore été livrés aux ministères-clients. Nous savons tous que dans des contrats il y a eu Defect Liability Period. Nous ne savons pas ce qui pourrait se passer après la livraison des projets en termes de qualité. Nous savons également que Sinohydro Ltd a eu de gros problèmes en Malaisie avec la livraison d’un réservoir. Quelles sont les précautions envisagées par le ministère pour éviter des surprises quand les contracteurs auront terminé les travaux et seront repartis. Il faudra être vigilant au niveau de la Defect Liability Period ?
Bachoo : Ils ne voient que des problèmes avec ces contracteurs, qui ont accumulé des retards de quatre jours. Cependant, nous les avons pas entendus quand des contracteurs locaux étaient en retard de sept à huit mois. Dans le cas de Sinohydro Ltd, ce n’est pas huit mois. Pour le chantier de Colville Deverell à Grewals, le problème concerne la fourniture de structures en acier en provenance du Luxembourg. Il y a eu un délai dans l’embarquement. Pour le projet de Beau-Climat à Nouvelle-France, il y a eu une extension…
Soodhun : Le projet Terre-Rouge/Verdun ?
Le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques conclut en revenant sur le contrat de Riche-Terre. Il déclare que sur le chantier hier matin, il y avait 26 employés et non trois prisonniers chinois comme allégué. « I’m monitoring the situation. Dans chaque projet, il y a eu une équipe d’ingénieurs et de techniciens qui a assuré le suivi… », fait-il comprendre.
Le ministre du Business Jim Seetaram s’est livré à un véritable récital de non-réponses suite à l’interpellation parlementaire de Mahen Jhugroo concernant l’embauche de Saroj Beeharry, actuellement en poste au ministère de l’Éducation. Il a confirmé que le recrutement de cette Casual Worker, considérée comme très proche du ministre Vasant Bunwaree, n’a fait l’objet d’aucun exercice d’appel à candidatures.
Jhugroo : Par rapport à Mme S.B. actuellement en poste au ministère de l’Éducation, le ministre peut-il révéler la date du premier recrutement dans le service public, en quelle capacité, ses différents postings dans les ministères, et si le poste avait l’objet d’appel à candidatures ?
Seetaram : Je suis informé que le recrutement de Mme S.B. a été effectué sur la base des pouvoirs délégués de la Public Service Commission. Elle a été embauchée initialement en tant que Handy Worker au ministère du Travail et des Relations industrielles. This post was not advertised. Par la suite, elle a été transférée au ministère de l’Éducation à partir de 2010.
Jhugroo : Puis-je savoir le nombre de personnes ayant soumis des demandes d’embauche et qui a été le responsable de la constitution du panel pour les interviews ?
Seetaram : I’m not aware of the interviews and the panel. If you come with a substantive question, I can get the details.
Jhugroo : Peut-il confirmer qu’il y avait qu’une seule candidature ?
Seetaram : I can’t confirm that…
Bunwaree (à l’adresse de Mahen Jhugroo) : Li inpe konfu…
Jhugroo : To pou kone kot konfisyon-la ete ! Le ministre peut-il révélé qui a donné des instructions pour le transfert de cette recrue du ministère du Travail à celui de l’Éducation ? Peut-il confirmer si cette personne est sur l’establishment…
Speaker : One question by one. Vous aurez le temps de poser vos questions.
Seetaram : All information that I have is that she was appointed by the Ministry of Education in February 2010.
Jhugroo : La raison de ce transfert ?
Seetaram : I have no information…
Bunwaree : En attendant, Showkutally Soodhun pou donn li informasyon-la.
Seeruttun : She works on a casual basis at the ministry of Labour and she is still a casual worker at the ministry of Education ?
Speaker : Je dois attirer l’attention de l’honorable que si cette personne travaille au ministère de l’Éducation, la question relève de ce dernier ministère.
Bunwaree : I have already answered this question…
Jhugroo : Le ministre peut-il confirmer si dans le Scheme of Service de cette employée, elle doit accompagner le ministre de l’Éducation dans sa voiture ?
Bancs du GM : Ki to pe ganye-la !
Bunwaree : Taler mo donn tou nom ek ki to voyaze.
Seeruttun (à l’adresse du ministre Bunwaree) : Ki to pe defan twa ?
Bunwaree : Me li rest dan mo cirkonskripsyon.
Jhugroo : Je veux savoir si dans son Scheme of Service, elle doit accompagner le ministre ?
Le Speaker intervient pour rappeler au député que les procédures doivent être suivies et que cette interpellation supplémentaire doit être adressée au ministère de la Fonction publique.
Jhugroo : My question was addressed to the minister of Civil Service ?
Bunwaree : Li pa ti kone. Ti bizin dimann mwa…
Speaker : I have no control on the way the minister answers questions.
Ramnath Jeetah Trust
Pour sa part, le Premier ministre adjoint et ministre des Services publics a eu toutes les peines du monde à convaincre le député Lesjongard au sujet d’une facture impayée du Ramnath Jeetah Trust pour un montant de Rs 620 000 au CEB pour des « minor development and low voltage extension works » dans la région d’Ébène. Tout au long de ces échanges en 2008 et 2009, Rashid Beebeejaun s’est évertué à faire comprendre qu’une telle affaire n’existe pas au CEB.
Documents à l’appui, le député de l’opposition a pris à contre-pied le No 2 du gouvernement en révélant un arrangement du CEB pour le règlement de cette dette en trois tranches, soit Rs 250 000, Rs 200 000 et Rs 170 000. « Mais à ce jour, il n’y a eu aucun paiement du Ramnath Jeetah Trust », a ajouté Joe Lesjongard, qui a déposé sur la table de l’Assemblée nationale des documents à cet effet.
Finalement, devant la pression exercée par le député du MMM, le Premier ministre adjoint devait concéder que « the case will be attended to if there is a problem ».