Le député et porte-parole du Parti travailliste pour la Santé, Farhad Aumeer, FRCOG, consultant en obstétrie et gynécologie, livre ses impressions sur le dossier du coronavirus. L’entretien a été réalisé samedi après-midi alors que Maurice comptait 14 cas de COVID-19 à Maurice dont une première Casualty.

Quelle analyse faites-vous de la situation avec le nombre de cas de COVID-19 identifiés qui commence à grimper ?

Si nous prenons en compte les chiffres officiels, la situation est inquiétante. Nous nous focalisons sur le nombre de cas sans prendre en compte ce qui est en train de se passer sur le terrain.  Les trois porteurs du coronavirus ont visiblement eu de multiples contacts avec des gens de différents coins et secteurs du pays.

A ce stade, je suis concerné par le pourcentage de tests qu’on a fait pour déterminer les cas positifs. On doute que la manière de procéder soit efficace dans la conjoncture car pour moi elle n’est pas claire. Ce que nous savons pour l’instant c’est que les consultants et les spécialistes médicaux dans les secteurs privés et publics sont très préoccupés par le fait que des tests de COVID-19 ne sont pas en train d’être conduits sur des patients alors ces derniers portent des symptômes et ce, malgré des requêtes insistantes.

Les Regional Public Health Superintendents (RPSH) sont en train d’agir comme un « Glass Ceiling » car ce sont eux qui décident qui parmi les patients subiront les tests et les consultants et lautres n’ont aucune autorité à ce niveau. Lotorite pou fer tes dan lame RPHS. Et ces derniers se basent sur des facteurs de risques notamment si une personne est rentrée de voyage entre autres.

J’ai personnellement écrit au Premier ministre pour l’avertir de cette situation. RPSH bizin nepli konport kuma desider. J’ai mes renseignements que ce sont les spécialistes de Candos et de Souillac qui ont mis la pression sur le RPSH pour des tests. Je n’ai rien contre les RPSH mais ils ont comme rôle de faciliter The Chain of Command. J’ai également appris qu’on n’a pas recours à des tests nasopharynx mais uniquement des Throat Swabs. J’espère que nous ne sommes pas sur assis une Time Bomb. Les autorités médicales doivent être transparentes. Je me pose la question si on a demandé la collaboration de la Chine, qui a su surmonter cette pandémie.

Selon vous, est-ce que Maurice dispose des capacités adéquates pour affronter une escalade du coronavirus notamment à l’hôpital de Souillac ?

J’avais précédemment soulevé ce point en interpellant le ministre de la Santé lors d’une récente conférence de presse. J’avais demandé au gouvernement et aux services de santé de commencer à prendre les décisions appropriées alors même qu’on n’avait pas encore détecté de cas à Maurice notamment en terme des lits qui seront disponibles, d’équipements qui allaient être grandement utilisés en cas de propagation.

J’avais suggéré qu’on ait un stock de 400 000 masques afin que nous puissions protéger tous ceux engagés au niveau des hôpitaux, soit non seulement le personnel médical mais aussi les Attendants et les General Workers, entre autres.

Le gouvernement a certes fait de son mieux. But it seems the best was not good enough. En ce qui concerne Souillac, une soixantaine de lits peuvent être suffisants dans un premier temps. Mais que ferons-nous si, on ne le souhaite pas, la situation devient alarmante ? Si on passe en Severe Care Unit Treatment ? On devrait alors avoir recours à ce qu’on appelle un « triage protocol » . Ce procédé verra que les services de santé publique devront choisir entre deux malades basant sur les conditions médicales des deux. L’on doit commencer à réfléchir une base de la durée moyenne de l’hospitalisation d’un patient. La durée de son admission, le nombre d’heures qu’il utilisera les ventilators. C’est très dure à prendre comme décision. Me fode nou prepa rlepep pou sa mindset la. Les ICU Beds dans les hopitaux et cliniques sont déjà utilisés en grand nombre,

Quelle est votre opinion sur l’exercice de Contact Tracing pour identifier les cas potentiels ?

C’est acceptable et j’espère que le Contact Tracing is being done rightly et que les autorités ratissent large surtout quand on a eu à faire avec un Super Spreader dans le cas du Patient No 1, âgé de 59 ans.

Les autorités auraient dû lancer un appel aux gens qui savent avoir été en contact avec les malades de se manifester de leur propre gré. Il y a la confidentialité des données médicales mais de l’autre cela relève de la santé publique dont on parle. Déjà qu’il y a eu plusieurs loopholes au niveau du screening des passagers à l’aéroport et qu’il n’y a pas eu de rigueur au niveau des contrôles effectués. Et puis il faut qu’il y ait des tests d’entrée et de sortie dans les centres de quarantaine.

Eski pe fer tousa ? Il faut revoir les procédés si besoin est. On aurait dû fouiller un peu plus du côté de toutes les personnes qui ont visité les pays où le coronavirus sévit, soit de Chine jusqu’en Europe, depuis décembre dernier. Car on vient de savoir que le patient qui est décédé du COVID19 est rentré au pays depuis février. Il faut interpeller tous ces cas suspects potentiels. J’accepte que ce soit un travail de fourmi mais il faut le faire.

Avez-vous vu l’état insalubre de plusieurs centres de quarantaine ?

C’est révoltant surtout dans un contexte où un gouvernement vient de présenter sa vision d’une High-Income Economy. Le gouvernement nous avait dit qu’il était prêt pour affronter le coronavirus. Mais qu’a-t-on fait en termes des préparations? On aurait dû au minimum avoir des centres de quarantaine qui font honneur où les patients se sentent au moins dans un environnement adéquat.

J’avais demandé à mon fils qui est en Angleterre de rentrer au pays. Vous savez ce qu’il m’a dit ? Mo pou al tase ek sa ban lozisktik karantenn là. Vous savez combien de Mauriciens ont tiqué pour retourner au pays par peur d’avoir à séjourner dans ces centres de quarantaine insalubres et dont on redoute le côté hygiénique ? Le gouvernement n’a pas été avant-gardiste de ce coté et ce n’est que maintenant qu’on obtient les chambres d’hôtel qui sont libres avec l’impact du coronavirus sur le secteur touristique.

Ne craignez-vous pas d’être en situation d’undersatff avec plusieurs membres du personnel médical qui ont côtoyé des porteurs du virus placés en isolement?

C’est dans ces moments que le Statemanship de Pravind Jugnauth est important. On est en train de mettre plusieurs éléments du personnel médical en isolement pour avoir cotoyé des patients avérés du COVID-19. Que ferons-nous si nous assistons à une hausse dans le nombre de cas dans les jours à venir ?

Il faut que le chef du gouvernement use de ses contacts comme avec l’Inde, la Chine et encore d’autres pays pour que ces derniers nous viennent en aide car nous avons grandement besoin de Manpower. Et nous avons aussi un manque de logistiques. A mon avis, le Premier ministre peut demander à la Chine de nous donner des équipements dont elle n’en aura pas besoin avec la maîtrise du coronavirus dans ce pays.

Comment voyez-vous les paramètres du confinement national imposé depuis vendredi ? 

Nous avons un gros problème. On ne peut pas tolérer que tous ces gens sont dans les rues en cette période de confinement. On aurait dû donner accès au strict minimum. Les supermarchés auraient dû fermer au plus tard midi. On n’est pas en période de shopping des chocolats. Les boulangeries par exemple auraient pu vendre le pain pendant deux heures ou trois le matin. Les marchés et les foires auraient dû rester fermer. Nous avons sur le marché des produits en boîte de conserve. Nous avons les œufs.

Nous ne pouvons pas agir comme-ci nous étions en vacances. Je me demande qui c’est qui ait pu donner de tels conseils au gouvernement. Et puis on de l’autre coté la population n’a elle aussi pas eu droit à une préparation sociale pendant la période pre-corona à Maurice. On ne peut pas donner l’impression comme quoi seuls les petits commerces qui doivent rester fermer.

Depuis vendredi on n’a pas observé que le confinement national était respecté. Au lieu d’avoir un Skeleton Service, on assiste à un Public Holiday Service. Je lance un appel au PM de faire ce qu’il faut car la situation du moment est apolitique. Je demande aussi qu’on assure les donations de sang en cette période. Je lui demande de prendre les mesures qu’il faut pour que les dons de sang ne soient pas perturbés et de faire des arrangements exceptionnels car nous en aurons besoin.