QUESTIONS À… ATMA SHANTO (SYNDICALISTE): « Il faut un mécanisme de contrôle tripartite aux fonds de pension privés »

Le président de la Fédération des travailleurs unis (FTU) s’élève contre certaines pratiques dans les fonds de pension privés. Selon lui, il n’est « pas normal » que la contribution de l’employeur soit déduite du « lump sum » de l’employé. Il fait un parallèle avec la pension de l’État, où les contributions des deux parties sont comptabilisées. Il réclame plus de transparence et la mise sur pied d’un mécanisme de contrôle tripartite. Atma Shanto évoque également les dossiers importants du monde du travail en 2017.

Vous avez parlé de 2016 comme d’une année de répression pour les travailleurs. Comment voyez-vous 2017 ?
Ce sera une année aussi mouvementée dans le sens où il y a deux lois du travail, soit l’Employment Relations Act et l’Employment Rights Act qui doivent être revues. Le ministre du Travail avait annoncé publiquement qu’un comité ministériel s’en occupait. Nous demandons que ces deux ébauches soient rendues publiques avant sa présentation à l’Assemblée nationale. Il paraît que c’est à l’agenda pour mars prochain. Nous avons fait plusieurs représentations, principalement en ce qui concerne le pouvoir de l’employeur pour le licenciement.

Quelles sont les autres préoccupations ?
La sécurité et la création d’emplois faisaient partie de l’agenda du gouvernement Lepep. Malheureusement, les licenciements et l’insécurité d’emploi perdurent. Nous sommes en faveur d’un développement à visage humain, avec des conditions et salaires décents. Les emplois dits « casual » représentent l’instabilité. Beaucoup de travailleurs se retrouvent aujourd’hui dans ces conditions, malgré le fait qu’ils ont de nombreuses années de service, dont certains jusqu’à 10 à 15 ans. Ces travailleurs sont traités différemment au sein de l’entreprise, ont des uniformes différents… et, surtout, ils ne peuvent pas s’organiser en syndicat pour faire respecter leurs droits. Car une fois que l’employeur apprend qu’ils font partie d’un syndicat, leur contrat n’est pas renouvelé. Plusieurs milliers de travailleurs sont dans cette situation dans le secteur privé aujourd’hui. Ils ne seront jamais confirmés à leurs postes, n’ont pas de salaire décent et n’ont pas droit aux « sick leaves » et « local leaves » comme les autres. Cela les affecte dans leur vie sociale et familiale.
Soit dit en passant, concernant l’insécurité d’emploi, c’est le Parti travailliste qui, à partir de 2008, a démantelé le Termination of Contract Service Board (TCSB), une institution qui contrôlait les licenciements. Les travailleurs devaient présenter leur cas devant le TCSB pour analyser si les raisons de licenciement étaient valables ou non. Aujourd’hui, le pouvoir de licencier est entre les mains des patrons. J’ajouterai que la mentalité de l’employeur doit également changer.

Que voulez-vous dire par là ?
Il y a actuellement plusieurs cas de litige au niveau de la commission de conciliation et on voit que le secteur privé, en général, ne veut pas faire l’effort d’améliorer les conditions d’emploi. Je note que les compagnies sont plus en faveur de faire des donations dans les fondations CSR par millions que pour donner une augmentation et améliorer les conditions de leurs employés. Ils résistent toujours aux demandes des syndicats. En 2017, on a noté plusieurs cas où, au niveau de la FTU, nous serons contraints de prendre des actions, allant jusqu’à la grève, dans plusieurs entreprises du privé.

Vous avez également exprimé votre désaccord sur les fonds de pension privés. Quel est le problème exactement ?
La loi de 2008 prévoit un “Gratuity on Retirement” qui fait provision pour que les travailleurs contribuent à des fonds de pension privés. La majorité des employés dans le privé sont dans ce cas. La contribution se fait à la fois par l’employeur et l’employé. Toutefois, à la retraite, les employés se retrouvent uniquement avec leurs contributions. En ce qui concerne celle de l’employeur, c’est supposé revenir à l’employé comme un “lump sum” . La loi dit que l’employeur « may » déduire sa contribution du “lump sum”. Or, aujourd’hui le « may » est interprété comme un « shall ». De nos jours, les employeurs sont en train de déduire la totalité de leurs contributions pendant plusieurs années au fonds de pension. Il y a une contradiction énorme si on compare avec la pension de l’État, le National Pension Scheme, où les travailleurs contribuent à hauteur de 3% et l’employeur, lui, de 6% à la Sécurité sociale. A l’âge de la retraite, l’employé a droit aux deux contributions. Pourquoi cela n’est-il pas le cas pour les fonds de pension privés ? Nous avons fait plusieurs représentations auprès du ministre du travail et nous souhaitons qu’il y ait des solutions au plus vite pour pallier cette anomalie. Car il n’est pas normal que les travailleurs soient encore une fois perdants alors que les fonds de pension privés grossissent. Nous notons également qu’il y a un manque de contrôle sur les fonds de pension privés. C’est l’employeur et ceux qui gèrent le fonds qui décident de tout. Il n’y a pas de “central body” gérant ces fonds. À notre avis, il faut un organisme de contrôle constitué sur une base tripartite. Dans un contexte où l’on parle aujourd’hui de bonne gouvernance, il faut qu’il y ait à la fois transparence et “accountability”.

La nomination au National Wage Consulative Council est en cours. Vous refusez toujours d’y siéger ?
Le salaire minimum figurait dans le programme gouvernemental. À titre indicatif, cela tournerait autour de Rs 14 000. Toutefois, le “household survey” démontre que le coût de la vie est bien supérieur à cela. Toutefois, la FTU ne siégera pas sur le comité si elle recevait une offre car, dès le départ, nous, les syndicats, serons représentés en minorité. Il y a eu la nomination du président, M. Appanah, et nous suivrons les travaux de très près. Nous sommes en faveur du National Minimum Wage Counsultative Council mais nous sommes contre le démantèlement du comité tripartite. C’est la seule instance habilitée à discuter de l’augmentation de salaire et c’est cela qui a apporté la paix sociale. Il y a un amalgame qui, à mon avis, doit cesser : la compensation salariale n’est pas une augmentation de salaire. La compensation est liée à l’érosion du pouvoir d’achat.

Comment allez-vous défendre les travailleurs en étant en dehors du National Wage Consultative Council ?
Je serais dehors mais au courant de tout ce qui se passe à l’intérieur. Les projets seront à l’agenda. Nous soumettrons nos propositions au comité. S’il y a désaccord, nous saurons comment faire entendre notre voix. Cela s’applique aussi pour le Parlement. On peut faire savoir ce qu’on pense des projets à l’Assemblée, même en n’en faisant pas partie.