QUESTIONS À BERNARD LINCOLN (PROPRIÉTAIRE) : Passion et patience avant tout…

Cela fait plus de 35 ans qu’il est dans le giron. Samedi dernier, lors de la 21e journée, le compteur de Bernard Lincoln affichait  plus de 150 victoires, avec le succès d’Emblem Royale. C’est avant tout la passion pour le cheval qui l’anime encore et aussi la patience, qu’il partage avec son ami de toujours, Denis Hardy, et avec l’entraîneur Raj Ramdin maintenant.

Qu’est-ce qui attire encore Bernard Lincoln aux courses ?
C’est la passion et l’amour pour le cheval.

Depuis quand êtes-vous dans le giron ?
Cela fait plus de 35 ans. Cela a débuté en 1980. Ma première acquisition a été Regal Threat chez Philippe Henry et on a fait le petit bout de chemin depuis en passant par les écuries Maigrot, Gallet et Rousset. J’avais même une écurie à mon nom en 1999, avec comme entraîneur Jérôme Espitalier-Noël et notre jockey titulaire était Carl Hewitson. On a duré seulement un an, car c’était une très grande responsabilité et je n’étais pas préparé. C’était impossible pour moi de gérer une écurie et en parallèle m’occuper de mes obligations professionnelles. Ces dernières années, mes chevaux étaient moitié-moitié chez Gilbert Rousset et Raj Ramdin. On a partagé de bons moments avec toutes les écuries qu’on a connues et ces deux dernières années je suis uniquement avec Raj.

Pourquoi chez Raj Ramdin ?
Chez Raj j’ai la possibilité d’être plus proche des chevaux. On s’entend très bien, on a la même vision des courses et surtout la patience avec les chevaux. On se voit tous les jours de la semaine, que ce soit à Port Louis, à Poste Lafayette ou à Floréal. Ça arrive aussi que de temps en temps je lui donne un coup de main, dans la mesure de mes possibilités.

Comment le voyez-vous comme entraîneur ?
C’est un très bon entraîneur. Il a de la patience et il est à l’écoute de l’animal. Il prend son temps dans la préparation du cheval. Il ne va jamais le bousculer. D’ailleurs, Raj est réputé pour transformer des éclopés en des chevaux sains et pour arriver à faire triompher les chevaux à problème.

Il y a aussi votre association avec Denis Hardy…
On était amis bien avant d’arriver dans le monde hippique. On a la même vision et on partage la même passion. On n’est pas des zougader, mais sommes très proches et sensibles à l’animal. Ce qui fait que nous sommes toujours là aujourd’hui.

Vous êtes omniprésent à l’entraînement et votre présence à Floréal ne passe pas inaperçue, sans oublier que vous faites un détour par Poste Lafayette. Comment vous organisez-vous ?
C’est très compliqué, surtout avec mes obligations professionnelles. Heureusement que mon entourage me soutient. J’aime bien être proche des chevaux, que ce soit pendant la saison ou à l’intersaison.

Cela ne vous tente-t-il pas de devenir entraîneur ?
Non. Je suis heureux comme je suis, où je suis. Je me limite aux chevaux. Je n’ai pas envie d’avoir affaire avec les "à côté", c'est-à-dire les finances, les jockeys, entre autres.

Pourquoi les chevaux doivent-ils partir à Poste Lafayette ou à Floréal ?
Le bord de mer nous aide beaucoup dans la récupération des chevaux. Comme vous le savez, tous nos coursiers ne sont pas sains, donc, l’air salin leur fait beaucoup de bien. Après avoir couru les samedis, on les envoie à Poste Lafayette pour récupérer. On n’a pas besoin de les faire travailler. Ils y sont dans un environnement plus agréable. Ils nagent, ils jouent sur le sable et sont gais. Ils récupèrent plus vite. C’est différent de Floréal. Même si la fraîcheur ou le temps humide sont les bienvenus.

Depuis quelque temps, on a remarqué que vous avez fait de nouvelles acquisitions…
Effectivement, il fallait faire un renouvellement de l’effectif, d’où l’achat de nouveaux chevaux.

Emblem Royale vous apporte un autre succès, après avoir ouvert son compteur le 24 juin dernier…
Cela fait tout autant de plaisir qu’il signe une deuxième victoire en 11 sorties, soit la 8e de Raj. On ne pensait pas qu’il serait le coursier avec le plus de victoires à l’écurie. Il y a aussi Blue Jeans qui a ouvert son compteur cette saison. Il rencontre des difficultés à confirmer cette victoire, mais je pense que la classe où il est actuellement est un peu juste pour lui. Quant à mes autres pensionnaires, ils ont été décevants jusqu’ici, à l’image de Pimpernel, en attendant les débuts des autres nouveaux.

Qu’elle est votre rêve en tant que propriétaire ?
Je n’ai pas de futur ou de rêve en tant que propriétaire car, actuellement, je me plais dans mon environnement.

Même de ne pas jouer les premiers rôles au classement des entraîneurs ?
Il vaut mieux être grand chez soi que petit chez les autres ! On s’occupe très bien de notre petit effectif. Mais je souhaite que Raj termine la saison avec au moins 18 victoires.

Comment voyez-vous la situation des courses par rapport à vos débuts  ?
L’argent qui circule autour des courses fait beaucoup de dégâts. Le côté sportif est devenu secondaire.

Quid du niveau de la compétition ?
C’est beaucoup plus élevé aujourd’hui, car les entraîneurs et les propriétaires ont fait beaucoup d’efforts au niveau des acquisitions. Mais, des fois, il n’y pas assez de courses pour la quantité de chevaux. Nous, par exemple, vu notre effectif, nous aurions aimé avoir plus de courses de petites catégories. Le MTC fait déjà beaucoup d’efforts, mais de temps en temps, on aurait pu organiser neuf courses. Dans cette 3e partie de la saison, il y a beaucoup de chevaux qui vont rester à l’écurie, faute de place lors d’une journée de huit courses. Il faudrait que le MTC fasse une demande auprès de la GRA pour qu’il puisse organiser des journées à neuf courses. Cela ne doit pas être systématique, mais optionnel.

Pour rebondir sur la GRA, comment voyez-vous sa relation avec le MTC et son fonctionnement ?
Il faut laisser le MTC faire ce qu’il a besoin de faire, à savoir l’organisation des courses, car c’est une entité qui a plus de 200 ans. Et laisser la GRA continuer à mettre de l’ordre là où il le faut, de faire appliquer les directives selon ses règlements. Mais, malheureusement, des fois, la GRA s’ingère trop dans le rôle du MTC. Par ailleurs, les nouvelles lois qui ont été votées ne vont pas le sens qu’il faut. Cela devient plus compliqué et cela ne va pas arranger les choses. Il faut que chacun fasse son travail séparément et trouve un terrain d’entente par le dialogue.

Quelle place occupent les courses dans la vie des Mauriciens ?
J’ai l’impression que le gouvernement ne réalise pas assez l’importance des courses à Maurice. Les Mauriciens sont de vrais passionnés de ce sport. Regardez, cette saison, chaque samedi c’est bourré de monde. Sans compter ceux qui regardent à la télé. Auparavant, le Mauricien pouvait se divertir avec le football local, mais maintenant ce n’est plus le cas. Les courses génèrent aussi beaucoup d’emplois, directs ou indirects. La fin des courses hippiques à Maurice serait une vraie catastrophe sociale.

Faut-il bouger du Champ de Mars ?
L’idéal est de ne pas rester au Champ de Mars. On peut bouger, mais si c’est pour aller à Quartier Militaire, je le dis avec un grand NON ! à cause du climat pluvieux. On ne pourrait pas organiser plus de 10 journées par an. Je préfère alors Médine dans ce cas-là par rapport au climat. C’est vrai que les infrastructures dans le contexte actuel ne s’y prêtent pas. Dans l’état actuel, c’est très difficile pour le MTC. Il faut que le gouvernement soit partie prenante dans ce projet, sinon c’est foutu. Ensemble avec le MTC, le projet peut aboutir.

Le mot de la fin ?
Si les gens pouvaient venir au Champ de Mars que pour le cheval au lieu d’être présents uniquement pour l’argent, ce serait l’idéal. Je sais que je ne peux pas faire appliquer ma philosophie à tout le monde, mais ce serait un gros plus pour l’avenir des courses à Maurice. Je voudrais pour terminer remercier mon épouse et ma famille pour leur soutien et leur compréhension. Je souhaite aussi bonne continuation à Turf Magazine, qui vient de fêter ses 40 ans d’existence.


Repères
Première acquisition : Regal Threat
Meilleur cheval : From My Heart
Meilleure acquisition : Steel Of Approval
Meilleur jockey à l'œuvre : Anton Marcus
Première victoire : Regal Threat
Victoire memorable : Steel Of Approval
Nombre de victoires : +150