On pensait qu’avec les résultats des dernières élections du Comité central et le retrait des contestataires, le MMM, après la crise qui dure depuis la partielle de Quatre-Bornes, connaîtrait une période de repos.

Il semblerait que non. Hier aux élections du BP, les membres du nouveau CC que l’on croyait bien obéissants ont, semble-t-il, décidé de ne pas respecter les consignes de la direction pourtant clairement exprimées. À tel point que Paul Bérenger a été obligé de reconnaître que les résultats du vote étaient « surprenants ». Au lieu de plébisciter Madan Dulloo, présenté depuis décembre dernier par la direction comme le futur No 2 du parti et le remplaçant de Pradeep Jeeha dans le rôle de la caution vaish, ils ne l’ont tout simplement pas élu.

Déjà, l’assemblée des délégués avait en quelque sorte esquissé la tendance en donnant plus de voix à Satish Boolell qu’à Madan Dulloo et à Ajay Gunness, fidèle secrétaire général chargé de démolir dans la presse les contestataires. Est-ce que finalement malgré le retrait forcé des contestataires du parti, le feu de la remise en question de la direction et de ses stratégies couve-t-il toujours sous la cendre ? En tout cas, il semble évident que l’ombre de Steven Obeegadoo continue à hanter la direction du MMM. Déjà, la semaine dernière, Paul Bérenger avait menacé de sanctions le comité régional du No 17, dont le principal représentant était Steven Obeegadoo, qui avait, selon lui, boycotté les élections du CC. Cette menace a été mise à exécution hier, quand la direction du MMM a interdit aux deux représentants du régional élus mercredi dernier de participer aux élections du Bureau politique. Plus ça va, plus la direction du MMM donne raison aux contestataires quant à son fonctionnement démocratique.

Mais quelle mouche a donc piqué la Speaker pour qu’elle se mette dans une telle colère au Parlement mercredi dernier ? Au début de son mandat, elle avait adopté une attitude de maîtresse d’école traitant les députés, surtout ceux de l’opposition, comme de mauvais élèves. Il y a eu beaucoup d’affrontements verbaux, d’expulsions et même une motion de blâme contre sa manière de diriger les débats avec, selon Paul Bérenger, « une oreille qui entend et l’autre qui est sourde. » Surtout quand il s’agissait de laisser s’exprimer les députés de l’opposition. Les choses s’étaient calmées ces derniers temps, mais mercredi, retrouvant le ton de maîtresse d’école du début, elle a expulsé du Parlement Rajesh Bhagwan, ce qui a décidé l’opposition à faire un walk-out.

Rajesh Bhagwan n’est certainement pas le plus sage des parlementaires de l’opposition et ses remarques incisives contre les ministres sont redoutées. Il est même qualifié de meilleur tireur des députés avec ses questions qui ont révélé plusieurs scandales. Mais mercredi dernier, pendant l’examen en comité du budget, le premier député de Beau-Bassin voulait seulement attirer l’attention de la Speaker sur un comportement. Celui du ministre de la Bonne Gouvernance (!), qui ne répondait pas ou répondait à côté sur les questions d’un député de l’opposition sur le fonctionnement et les dépenses de son ministère. Comme l’ont souligné de nombreux observateurs, l’examen en comité est l’unique occasion permettant à l’opposition d’examiner dans le détail les dépenses des ministères.

Autrefois, cet exercice démocratique pouvait prendre plusieurs semaines, mais cette année, il a été réduit au minimum. Le discours du budget, ses débats et l’examen en comité ont été bouclés — c’est le cas de le dire — en quinze jours. Est-ce dans le but de limiter cet exercice d’examen que la Speaker a expulsé Rajesh Bhagwan ? Ou alors est-ce que ce sont — comme le prétendent certaines sources — ses inquiétudes sur l’affaire MedPoint qui ont rendu nerveuse la Speaker ? En tout cas, en expulsant Rajesh Bhagwan, elle aura réussi un petit exploit : rassembler tous les partis d’opposition parlementaire — qui divergent sur de nombreux points — pour un walk-out.

Il y a quelques jours, le Mouvement patriotique a organisé une de ces manifestations — avec un public venu principalement du numéro 14 — qui semblent être sa principale activité. Lors de cette manifestation, le leader a lancé une phrase qui suscite beaucoup d’interrogations : « Le MP fera partie du prochain gouvernement. » Avec n’importe quelle alliance politique et quel que soit le programme gouvernemental ? Est-ce ainsi que le MP entend se démarquer des autres partis et faire la politique autrement ?