Dans son interview publiée le mois dernier dans Week-End, le Dr Ashwin Pulton disait qu’avec les amendements à la politique du permis de résidence et de travail, il y a désormais à Maurice plus de Sud-Africains que de Franco-Mauriciens. Une amie, bien informée, vient de me dire qu’en fait il y a de plus en plus d’étrangers qui vivent et travaillent — pas toujours légalement — à Maurice.

Et que si l’on finissait par arriver à faire un recensement, on découvrirait que le nombre de personnes vivant à Maurice est plus près de 1,5 million que de 1,2 million. Y aurait-il deux ou trois cent mille étrangers vivant à Maurice ? Le Bureau des statistiques n’a pas publié de chiffres sur ce sujet et le Bureau du Premier ministre, qui délivre les permis aux étrangers, est très discret sur le sujet. Mais c’est vrai qu’on rencontre de plus en plus d’étrangers travaillant à Maurice. Autrefois, un étranger obtenait un permis de travail s’il n’y avait pas de Mauriciens faisant le même job. Cette règle a été modifiée. Aujourd’hui, même les marchands de sorbet obtiennent des permis ! Dans un restaurant sur deux les serveurs sont originaires du Népal, de l’Inde ou d’autres pays d’Asie. Dans les cliniques, les infirmières viennent des Philippines.

Dans les centres commerciaux, il n’est pas rare d’être servi par un Bangladais ou une Malgache qui sont incapables de répondre quand on leur pose des questions en kreol. Les travailleurs étrangers sont évidemment présents dans les usines abandonnées par les ouvriers mauriciens qui trouvent le travail trop dur et mal payé. Beaucoup d’employés de boulangeries sont des étrangers. Si l’on peut comprendre qu’on ne trouve pas à Maurice des personnes très qualifiées dans des domaines pointus, on peut se demander pourquoi les supermarchés sont obligés d’employer des travailleurs étrangers pour vendre des légumes ou de la charcuterie. Mais où sont/vont donc ces travailleurs locaux qu’on est obligé de remplacer par des étrangers ? Y a-t-il un manque avéré de main-d’œuvre locale ou est-ce que c’est plus facile pour les entreprises qui font venir de la main-d’oeuvre étrangère de freiner leurs revendications salariales et leurs conditions de travail ?

À ces travailleurs qui viennent faire le travail que les Mauriciens ne veulent plus faire — c’est le discours officiel, en tout cas — s’ajoutent ceux qui deviennent résidents en achetant une villa, en général haut de gamme, située dans un lotissement avec caméra et clôtures électriques et surveillée par des vigiles et parfois par des chiens de garde.

Ces lotissements, ces ghettos de luxe, sont généralement situés entre deux regroupements de hameaux où résident ce qu’on appelle aujourd’hui le personnel de maison : bonnes, cuisinières, nounous, chauffeurs, jardiniers ou nettoyeurs de piscine. Mais il y aussi chez les acheteurs de permis de résidence du moyen et du bas de gamme qui se comportent avec l’arrogance de ceux qui pensent que l’achat d’un tel permis donne tous les droits. J’entends déjà ceux qui ont pour clients les possesseurs de permis dire que ce texte est une attaque raciste qui va faire les investisseurs quitter le pays et l’économie mauricienne péricliter. Ce n’est absolument pas le cas. Le but de cette chronique est d’obtenir une réponse à une question précise qui devrait intéresser tous les Mauriciens : combien y a-t-il de possesseurs de permis de résidence à Maurice ?

Ces résidents sont de grands consommateurs d’énergie électrique et d’eau potable, pour ne citer que ces deux denrées essentielles. En effet, un propriétaire d’une villa de luxe dans un lotissement qui ne l’est pas moins éclaire tous les recoins de son jardin et change l’eau de sa piscine fréquemment. Avons-nous les moyens de satisfaire ses besoins de résident haut de gamme ou sommes-nous en train de puiser dans les réserves de l’ensemble du pays ? En osant espérer les réponses à ces questions, il est bon de savoir que certains promoteurs envisagent de faire construire plusieurs centaines de villas de luxe, évidemment avec piscines, pour les années à venir.