Dénoncé par Week-End il y a quelques semaines, l’enlaidissement de Grand-Baie – en raison des travaux de réhabilitation de la plage entrepris par le ministère de l’Environnement – suscitent de nombreuses critiques. Et pas seulement d’ordre esthétique, mais surtout d’ordre conceptuel. Certains déplorent la méthode utilisée par les autorités, notamment l’installation d’un mur de pierres dans l’eau. Méthode qui provoquerait à la longue plus de dégâts le long de la côte. La plage de Trou-aux-Biches, où le même principe a été utilisé il y a quelques années, est cité en exemple pour dénoncer les dégâts des pierres dans l’eau.
« Ros, c’est l’ennemi disab », disent les pêcheurs du Nord. « Ministère mem finn appran nou sa », ajoutent-ils. Ils ne comprennent pas la méthode choisie par l’Environnement, qui a érigé un mur de pierres pour contrer l’érosion à Grand-Baie. L’installation de ces rochers, sur plus de 210 mètres de plage, a nécessité un investissement d’environ Rs 19 M. Les travaux, qui ont démarré en mars 2011, devrait prendre fin ce mois-ci. Cette semaine, le ministre de l’Environnement est allé constater de visu l’avancement des travaux.
S’ils sont conscients du problème d’érosion auquel font face pratiquement toutes les plages de Maurice et accueillent favorablement l’initiative de l’Environnement de réhabiliter les plages, certains pêcheurs et d’autres habitants de la région déplorent  le concept de réhabilitation utilisé par les autorités. « Kan mett ros dan delo, li provok plis dégâts divan », disent les pêcheurs. Ces derniers citent en exemple la plage de Trou-aux-Biches, plus précisément près du débarcadère où un mur de pierres a été érigé en 2008. 
« Dépi finn mett sa miray-la, lamer finn manz la plaz environ 30 à 35 mètres », soutiennent-ils. Ces pêcheurs font ressortir qu’une telle démarche relevait des autorités car, effectivement, la plage de Trou-aux-Biches à cet endroit précis où une jetée avait été emménagée dans les années 1970 commençait à s’éroder. « Inn mett la jetée et sa finn coz dégâts lor laplaz ki finn commence manzé. Lerla, ministère inn décide pou crée sa débarcadère-la pou nou et en même temps met enn baraz pou ampess l’érosion. Mais sa finn crée plis dégâts. Zordi inn gaté partou, napli éna la plaz divan nou. Péna place pou passé », disent-ils.
Approche à deux niveaux
Les habitants de la région abondent dans le même sens, indiquant qu’en raison de l’érosion causée par la jetée installée dans la mer, ils ont dû ériger un mur devant leur porte. Or, avec le temps et l’installation du mur de pierres dans le sable à Trou-aux-Biches, cela a provoqué plus de dégâts et, aujourd’hui, les murs installés devant l’entrée des campements sont tombés et il n’existe plus de plage, et encore moins de passage. « Kan mett ros dan la mer, c’est disab ki alé. Letan vague baté, li riss disab-la », expliquent les pêcheurs. 
L’océanographe et ingénieur en environnement Vassen Kauppaymoothoo avance les mêmes propos. Expliquant le phénomène de l’érosion, il fait ressortir qu’elle est due à deux causes majeures, soit : l’énergie transportée et dissipée des vagues, et le relèvement du niveau de la mer. Dans le premier cas, les vagues arrivent sur la côte avec l’énergie qui a été transférée à la mer principalement par le vent. Cette énergie arrive tout d’abord sur la barrière de corail où une bonne partie est dissipée dans les coraux branchus et le reste de l’énergie est dissipé dans le sable plus ou moins fin. Dans le deuxième cas, l’érosion est exacerbée par le relèvement du niveau de la mer. Selon Vassen Kauppaymoothoo, « pour lutter contre érosion, il faut une approche à deux niveaux, c’est-à-dire arriver à circonscrire à la fois l’énergie des vagues et le relèvement du niveau de la mer ».
L’océanographe note qu’actuellement à Maurice « les autorités ont tendance à prendre des mesures parcellaires et inappropriées pour faire face à ce problème », notamment en plaçant – comme c’est le cas à Grand-Baie – des murets, gabions et autres structures solides pour empêcher le sable de partir. Cela, dit-il, met en danger notre économie et les populations côtières. « Or, un aspect important dans la compréhension et la gestion de l’érosion, c’est la notion d’équilibre : une plage de sable est dynamique. C’est quand nous nous lançons dans des constructions de structures côtières solides : gabions, murs, jetées, etc., que nous creusons un chenal », explique l’océanographe. 
Ces intrusions viennent affecter cet équilibre à deux niveaux, notamment en bloquant d’abord le transport naturel du sable et ensuite en modifiant la dissipation de l’énergie des océans. « En plaçant des structures sur les plages, nous causons des problèmes d’érosion graves chez nos voisins, mais également à une échelle plus grande : celle d’une baie ou d’une zone côtière en entier. On peut voir cela très bien à Pointe d’Esny, par exemple. »
De même, en plaçant des structures solides comme des pierres le long de la côte, comme c’est le cas à Grand-Baie et dans l’estuaire de Rivière Noire, l’énergie des vagues est reflétée au lieu d’être absorbée, explique-t-il. « Lorsqu’on met des rochers ou des murs, l’énergie des vagues s’accumule dans l’eau et elle se trouve ainsi reflétée soit vers le large, soit le long de la côte au lieu de se dissiper tranquillement sur du sable. Ce qui cause des dégâts majeurs à toutes les plages de sable des environs », souligne Vassen Kauppaymoothoo. 
Et de faire ressortir que les structures installées le long de la plage de Grand-Baie risquent de causer des phénomènes d’érosion majeurs à la longue. D’autant qu’avec les travaux de réhabilitation des plages, certes nécessaires, certaines parties Maurice se transforme en fortifications rocheuses. Grand-Baie est l’illustre exemple d’une de nos plus belles plages métamorphosée en eye-sore et qu’aucun de nos lointains visiteurs qui auraient fait les 20,000 km ne voudrait voir.
Parallèlement, Trou-aux-Biches, qui a été sacrée la plus belle plage mondiale en 2011, se voit petit à petit mais sûrement dévider de son sable.——————————————————————————————————————————————————
ÉROSION DES PLAGES: Les habitants de Trou-aux-Biches réclament un nouvel accès à la plage
Les habitants de Trou-aux-Biches, plus précisément ceux habitant non loin du débarcadère, voient depuis quelques années, le bout de plage devant leur porte se rétrécir. Aujourd’hui, il n’existe plus de passage entre les campements et la mer de Trou-aux-Biches, la plage ayant été érodée. L’eau de mer s’écrase ainsi contre les murs en pierre érigés justement il y a quelques années pour contrer l’érosion. Les murs sont aujourd’hui en ruine car détruits à la longue par les vagues. Un appel a été lancé au ministère de l’Environnement pour contrer ce problème d’érosion afin que les habitants puissent à nouveau avoir accès à la plage de Trou-aux-Biches, en passant par la plage.
Selon nos informations, les autorités qui ont constaté de visu la situation concèdent que le phénomène d’érosion s’est exacerbée ces dernières années. Elles auraient d’ailleurs érigé en 2008 un mur de pierre pour contrer l’érosion à cet endroit, soit au débarcadère. Pour les habitants, c’est principalement ce mur de pierres qui est la cause de l’érosion exacerbée à Trou-aux-Biches, aujourd’hui privé d’une partie de sa plage. « En cinq-six mois, la mer s’est rapprochée et, aujourd’hui, le bout de plage que nous avions n’existe plus. Il n’y a plus de passage », expliquent les riverains. Ces derniers ajoutent que des personnes qui ont emprunté le passage en passant dans l’eau se sont même blessées sur les rochers qui longent les murs aujourd’hui tombés en ruine. Pour éviter des drames et avoir à nouveau accès à la plage, ils réclament des mesures des autorités. D’où la ligne de communication engagée avec le ministère de l’Environnement et celui du Logement. Si, à ce stade, aucune solution à l’érosion n’a encore été avancée par les responsables, les habitants ont reçu l’aval des autorités pour ériger à nouveau un mur de protection pour leur cour.
Néanmoins, ces travaux nécessitant, comme le dit la loi, un permis Environmental Impact Assessement (EIA), le ministère de l’Environnement a demandé aux habitants de la région d’effectuer un rapport EIA à leurs frais. « C’est une aberration de nous demander de faire nous-mêmes un EIA pour des dégâts que l’Environnement a causés », déplorent-ils. Espérant que le ministère de tutelle revoit sa position, ils demandent également qu’une solution pour contrer l’érosion à Trou-aux-Biches soit vite trouvée, le phénomène rongeant de plus en plus la plage primée la plus belle au monde en 2011.