Kavinien Karupudayyan

Le décès de Radha Viswanathan survenu en début d’année marque la fin d’une époque dans la musique carnatique sud-indienne. Fille de T. Sadasivam, un grand militant pour l’indépendance de l’Inde, elle a été adoptée par M.S. Subbulakshmi à l’âge de deux ans.

Poussée par son père (féru de danse classique), Radha a appris le Bharatanatyam auprès de Vazhavoor Ramiah Pillai et a fait ses débuts devant le grand public à l’âge de 11 ans. Pendant que Radha dansait, sa mère chantait des padams (le padam étant une forme de composition musicale dans la musique carnatique).

Deux épisodes témoignent du lien étroit entre mère et fille. D’abord à 21 ans, Radha n’a pas hésité à abandonner la danse pour accompagner sa mère comme vocaliste. Elle ne l’a plus laissée pendant plus de 60 ans. Les deux répétaient ensemble pour s’imprégner des nuances des diverses compositions, surtout les plus complexes. Radha était si rapide que le grand sire de la musique carnatique moderne, Semmangudi Srinivasa Iyer, dont M. Subbulakshmi et elle étaient des disciples, disait qu’elle possédait une vive mémoire, rapide, semblable au camphre (Karpurabuddhi). Ensuite, quand Radha s’est mariée, elle est partie vivre à Ahmedabad mais très rapidement son époux et elle sont retournés à Madras pour que cette dernière puisse être auprès de sa mère. Elle était en sa compagnie pendant le concert mémorable au siège des Nations unies en 1966. Les deux ont interprété la chanson “Maithreem Bhajata”, composée pour l’occasion par le Paramacharya de Kanchi.

L’anecdote suivante est la preuve ô combien importante de la présence de Radha pour M.S. Subbulakshmi. C’était pendant qu’elles enregistraient le Vishnu Sahasranamam (louanges à Vishnu); arrivée à la ligne suivante ‘Amaaani Maanado Maanyo’, M.S. s’est arrêtée afin de reprendre son souffle. Voilà que les arrangeurs du son ont demandé que la chanson soit enregistrée de nouveau, mais M.S. Subbulakshmi a refusé et avait cette belle phrase: “Let people know that Radha sang along”. Il y avait une telle synchronisation entre les deux que ce soit au niveau de la voix ou de la gestuelle que Radha était souvent décrite comme étant l’autre voix de M.S. Subbulakshmi.

On reprochait souvent à celle-ci de ne pas avoir eu de disciple. En toute humilité, elle se considérait elle-même comme un apprenant. En fait, sa fille s’est révélée être son disciple, qui, dotée d’une prodigieuse mémoire, enregistrait tout.

La fin d’une époque marque résolument le début d’une autre. Les deux petites-filles de Radha Viswanathan, donc arrière petites-filles de M.S. Subbulakshmi, en l’occurrence Aishwarya et Soundarya, montrent des signes prometteuses pour l’avenir. Plus de 700 kritis (compositions) apprises auprès des grands comme Semmangudi Iyer, Musiri ou encore T.Brinda leur ont été transmises par leur grand-mère, qui peut désormais reposer en paix. L’héritage de M.S. Subbulakshmi, elle, perdure pour le plus grand bonheur de tous.