Performance financière, “petroleum hub”, contrat d’approvisionnement de produits pétroliers… Rajanah Dhaliah, General Manager de la State Trading Corporation (STC), apporte quelques précisions sur ces questions. Il explique aussi que la STC peut compter sur 56 jours de stock pour l’essence et 48 jours pour le diesel.

On parle de “petroleum hub” aujourd’hui, un projet hautement controversé. En
quoi Maurice bénéficiera de ce projet ?
Avec les changements prévus sur le marché international, si nous n’avons pas la capacité de desservir l’industrie du “bunkering”, les autres pays de la région prendront position et se saisiront des opportunités qui se présentent. Et finalement, c’est l’économie mauricienne qui en sortira perdante. Bien sûr, nous ne pouvons nous associer à n’importe quel type de développement et nous devons nous assurer que les projets que nous mettons en place répondent non seulement aux aspirations économiques du pays mais aussi aux aspirations environnementales, en termes de développement durable, conformément avec les objectifs du millénaire.

Vous avez clôturé votre année financière le 30 juin dernier. À combien s’élèvent vos bénéfices ?

J’ai envie de vous dire que le rôle de la STC n’est pas de faire des profits. Notre performance ne doit pas se mesurer uniquement en termes de profits, mais aussi en termes de qualité des produits importés et d’amélioration des structures et de conditions d’entreposage. Au 30 juin 2018, la corporation a réalisé un chiffre d’affaires de quelque Rs 27,5 milliards par rapport à Rs 33,6 milliards pour la période de 18 mois se terminant au 30 juin 2017. S’agissant de sa profitabilité, la STC a engrangé des bénéfices de Rs 1,4 milliard pour la période de 18 mois se terminant au 30 juin 2017.

Nous voulons connaître vos profits au 30 juin 2018…

Nous avons fait des profits au 30 juin 2018, mais je ne peux en dire plus à ce stade, j’ai un devoir de réserve. Nous avons envoyé les comptes au bureau de l’Audit et les chiffres devraient être disponibles avant la fin de l’année. Ce qu’il faut savoir, c’est que nous avons amélioré la qualité des produits importés, dont le riz, et les conditions de stockage. En outre, il y a eu deux fois une baisse du prix du gaz. On a aussi baissé le prix de la farine en vue d’apporter un soutien à la population.

Certains observateurs disent qu’il faudrait, pour faire jouer la compétition pleinement, “split” le contrat d’approvisionnement des produits pétroliers en deux, c’est-à-dire importer 50% de nos produits pétroliers de Mangalore Refineries et 50% à travers un appel d’offres international. Quelle est votre position à ce sujet ?

Écoutez, ce contrat a été négocié de gouvernement à gouvernement. Nous en discutons au sein des instances appropriées avec les autorités. Il n’y a rien d’immuable. Le marché pétrolier est tellement dynamique. Ce que je peux vous assurer, c’est que notre priorité est que le pays en sorte gagnant. Nous avons de multiples paramètres à tenir en compte en matière d’approvisionnement pétrolier. Je dois aussi dire que le contrat avec Mangalore Refineries arrive à terme en juillet 2019.

L’année dernière, il y a eu un problème de stockage des produits pétroliers, avec l’intervention du député Soodhun pour obtenir ces produits de l’Arabie saoudite. Nous avons donc un gros problème de stockage ?

L’année dernière, lorsqu’a surgi ce problème, nous avions un terminal en construction. Or, depuis trois mois, le terminal est déjà opérationnel et permet aujourd’hui de stocker 10 000 tonnes métriques de diesel et 15 000 tonnes métriques d’essence, mis à part ce que les pétroliers nous fournissent régulièrement. Aujourd’hui, nous sommes assurés que notre approvisionnement est correct. Ces mesures nous permettent d’être désormais à l’abri d’une pénurie si jamais il y a un retard de bateau ou que la mer est mauvaise par exemple.

De combien de jours de stock disposons-nous ?

Aujourd’hui et selon la capacité actuelle de la STC, nous pouvons compter sur 56 jours de stock pour l’essence et 48 jours pour le diesel. Par ailleurs, la STC dispose de nouvelles facilités de stockage de 16 000 m2 pour le riz et la farine, qui complètent les facilités d’entreposage de 7 500 m2 dans le port et de 1 800 m2 à Roche-Bois, toujours pour le riz et la farine. La consommation du riz ration (long grain) est de quelque 20 000 tonnes métriques par an.

Pour contrôler la pollution des navires, l’International Maritime Organisation a décidé de limiter le taux de soufre de 3,5% à 0,5% dans le fioul maritime à compter de janvier 2020. Quelles seront les conséquences pour Maurice  ?

En effet, tous les bateaux transportant des marchandises et du pétrole n’utiliseront plus du fioul contenant 3,5% de soufre mais 0,5% de soufre. Au niveau mondial, 85% des marchandises sont transportées par voie maritime. L’IMO a imposé comme condition que tous ces bateaux réduisent leur taux de soufre. Pour Maurice, cela représente un changement positif car il recèle des opportunités à saisir pour nous positionner dans ce type de produit. Ce type de produit n’est pas facilement disponible pour le moment. Et on ne sait pas encore quelle sera la situation en janvier 2020.
Parce qu’à ce jour, très peu de raffineries ont investi dans ce type de fioul. Quoi qu’il en soit, c’est un “major event” qui va se produire sur le marché et cela va également impacter les autres produits pétroliers. Dans quelle mesure ? Personne ne peut encore prévoir. On peut toujours spéculer. Ce qui est sûr, c’est que la volatilité observée sur le marché international pour les produits pétroliers jusqu’à maintenant va perdurer dans les années à venir.

Il ne faut pas voir cela comme un problème, mais plutôt comme une opportunité pour Maurice, d’autant que la vision du gouvernement c’est de développer le “bunkering”. Et le nouveau type de fioul avec 0,5% de soufre est un produit du “bunkering”. L’ambition du gouvernement est de transformer Maurice en un “petroleum port” et un “bunkering hub” tout en faisant des investissements dans la capacité de stockage des produits pétroliers dans le port et à Albion. Le soutage est déjà une activité en forte hausse, voyez les chiffres : de janvier à ce jour, le “bunker fuel” s’élevait déjà à 522 000 tonnes, par rapport à 456 000 tonnes métriques pour 2017.
Pour répondre à votre question concernant la décision de l’IMO, nous suivons la situation afin de mettre un maximum de chances de notre côté pour saisir les opportunités et assurer notre développement économique.

Un dernier mot sur les contrats de farine et de GPL ?

Pour ce qui est de la farine, d’ici la fin de l’année, le contrat sera alloué pour l’approvisionnement en 2019 de quelque 103 000 tonnes. S’agissant du gaz ménager, Petredec a eu le contrat cette année de 78 000 tonnes métriques pour la période d’octobre 2018 au 30 septembre 2019.