RAM JOGANAH: Balad Mizikal dan memwar

Quinze standards de la chanson engagée repris en version instrumentale pour l’album Balad Mizikal. Ram Joganah, accompagné d’Alain Remila et de François Bonne, propose une balade dans l’histoire et la mémoire.

Mercredi, c’est au pied du Corps de Garde que sera lancé Balad Mizikal. Sans doute parce qu’il était important pour Ram Joganah de marquer la concrétisation de ce vieux rêve dans l’environnement même où il l’avait imaginé. C’était au tout début, bien avant que son frère Nitish, son voisin Bam, quelques autres camarades et lui-même ne viennent écrire un nouveau chapitre de l’histoire culturelle et musicale de Maurice. Avant Soley Ruz; avant Latanier.

Apprentissage.

À cette époque, dans les familles qui vivaient dans les parages de la montagne, la musique ne s’apprenait pas dans les écoles ou dans les conservatoires. Chez les Joganah, elle faisait déjà partie du quotidien, le père étant lui-même musicien. Ram avait suivi ses pas : “Mo ti koumans par tap-tap lor tou seki mo ti gagne.” Son apprentissage s’est ensuite effectué au gré des expériences et des rencontres. “Nous échangions ce que nous savions. Nous apprenions à jouer en partageant. C’est ainsi que cela se faisait.”

Les instruments n’étaient pas toujours disponibles. Parfois, on les fabriquait. Sur Lafrik mo papa,le battement qui dicte le rythme vient d’un tambour qu’il avait taillé dans un tronc de cocotier recouvert d’un cuir brut. “Avec ce tambour, un bout de bambou, une ravanne, nous faisions bouger des foules.”

Kado.

“Avant d’être chanteur, j’étais musicien.”Cela fait longtemps qu’il rêvait d’un album instrumental. Mais d’autres projets avaient pris le dessus sur celui-là. Ram Joganah attendait aussi le moment opportun qui aurait donné tout son sens à ce rêve. Ce n’est pas tout à fait par hasard que Balad Mizikalsortira ce mercredi. Jeudi, Ram Joganah fêtera ses 60 ans : “Mo finn anvi fer mwa enn kado ek partaz kado-la avek tou dimoun.”

Guitare sèche, harmonica, saxophone et clarinette sont parmi les principaux instruments utilisés pour cet album, que Ram Joganah signe avec ses complices de toujours, Alain Remila et François Bonne. Ensemble, ils reprennent quelques standards de la musique engagée. Parmi la quinzaine de titres : Montagne Berthelot, Sinistrés, Ti pesser, Lété Liver, Zardinier, Dégazé dégazé, Mo dada. On y trouve aussi La rivier Tanier ou encore un pot-pourri de quelques morceaux de Bam Cuttayen.

Ce n’est pas uniquement le fait qu’il va bientôt afficher soixante ans au compteur qui l’a poussé à aller de l’avant avec ce projet. Il confie avoir attendu que les morceaux choisis “rant dan lakaz tou dimoun ek dan tou klas sosial.”

Réflexion.

À travers Balad Mizikal, Ram Joganah espère ramener à la surface certains souvenirs de notre histoire qui sont utiles pour nous interpeller sur de vraies questions. Portant un message profondément mauricien, l’album s’appuie sur une phrase : “Enn linité dan trankilité.” Car dans cette balade lancée à travers l’histoire, l’artiste veut encourager la réflexion et le partage sur des thèmes sur lesquels ses proches et lui se sont prononcés.

S’il a de quoi être heureux de son parcours, une pointe d’amertume demeure néanmoins : “Je suis un peu triste que nous n’ayons pas vu se mettre en place ce que nous souhaitions. Nous avons eu l’occasion de voir à quoi cela pouvait ressembler. J’espère que les jeunes sauront comment faire pour y arriver.” Ce qui l’amène à passer un message :“Profit letan, aret gaspiy letan. Pran bann zafer o serye, aret badine. Aret met gran palto ek fer sanblan ou korek. Ena ankor boukou pou fer.”

Une fois lancé, Balad Mizikalsera disponible chez tous les disquaires, selon des conditions précises pour prévenir toute tentative de piratage. La version DVD de l’album sera aussi prochainement sur le marché.