RAMESH MANRAKHAN (EX-DIRECTEUR DU MAURITIUS EXAMINATIONS SYNDICATE) : « Pression sur les High Demand Schools toujours là ! »

Le début du nouvel examen du Primary School Achievement Certificate (PSAC), le mois prochain, fermera définitivement le chapitre du CPE. Les candidats prendront part les 29 et 30 août à deux matières, soit d’histoire/géo et de sciences. Ramesh Manrakhan, un des premiers officiers du Mauritius Examinations Syndicate, et qui a également occupé le poste de directeur de cet organisme, a été témoin de toutes les péripéties et controverses entourant le CPE . Dans l’entretien qui suit, il livre ses réflexions sur l’admission au collège, liée aux résultats des examens de fin d’études primaires, et ne cache pas sa préférence pour un système privilégiant la régionalisation, initié par l’ancien ministre Steven Obeegadoo et entré en vigueur fin 2002. « On a grandement résolu le problème d’admissions au collège depuis 2002 », dit-il, tout en concédant que la pression sur les « high demand schools » est toujours forte.
Après plus de 30 ans passés dans l’organisation des examens nationaux de fin d’études primaires et secondaires au sein du MES, êtes-vous toujours intéressé par l’actualité dans ce domaine ?
Je ne suis plus dans le giron de l’éducation depuis 2014, mais je porte toujours un intérêt au sujet, particulièrement aux questions liées aux examens. Je m’informe de différentes manières des changements concernant le système d’examens, que ce soit à Maurice ou à l’étranger, et je suis aussi avec intérêt les débats sur les projets de réformes annoncés dans l’éducation en général. Quand j’ai repris ma retraite du MES, en 2003, j’ai offert mes services en tant que consultant à la demande du ministère de l’Education.

Le nouvel examen de fin d’études primaires démarre le mois prochain. Assistons-nous à une grande réforme ?
Il y a certainement quelques changements dans l’organisation des examens au primaire, et il s’agit d’un aspect du plan de réforme du “Nine-Year Schooling”. Il y a un changement d’appellation pour ces examens de fin d’études primaires, le terme CPE étant remplacé par celui de PSAC, pour Primary School Achievement Certificate. Mais dans l’ensemble, les examens classiques sont toujours là. La dose de contrôle continue figurant dans le plan de réforme pour des “core subjects” n’a pu être mise en pratique pour cette première cohorte de candidats pour le PSAC. L’école prend à sa charge l’évaluation en “communication skills” en suivant les “guidelines” donnés par le MES. J’ai cru comprendre que cette évaluation a déjà eu lieu, mais espérons qu’elle s’est déroulée dans de bonnes conditions et dans le respect des normes. Concernant la fourchette de points établie pour indiquer le niveau des candidats dans chaque matière, la notation « A+ » a été enlevée et on revient à la formule de Steven Obeegadoo pour l’octroi du certificat. Il n’y aura pas la mention « failures » sur le “result slips” et tous les élèves, à la sortie du primaire, passeront au secondaire. À mon avis, la décision de faire passer les examens en deux temps, soit au mois d’août et en septembre, est une bonne chose dans la mesure où cela réduira le stress des examens sur les enfants.

Comment alors identifier ceux qui n’ont pas le niveau pour entamer les études secondaires ?
D’après les statistiques pour le CPE, 20% d’enfants  échouaient chaque année aux examens, mais après l’examen de repêchage – le “resit” – un millier d’entre eux réussissait à obtenir leur diplôme parce qu’il ne leur manquait qu’une seule matière. Tandis que les autres n’ont pas acquis, après six ou sept ans d’études au primaire, les notions de base en écriture, lecture et calcul. Outre ceux qui échouaient, il y avait aussi beaucoup de candidats qui, malgré leur diplôme en poche, entraient au secondaire avec un niveau très faible sur le plan académique. Avec la nouvelle formule d’examens, tout le monde entrera au collège indistinctement, mais le “result slip” donnera une indication de la performance du candidat. Je note que le MES a prévu un “resit” pour le PSAC, comme c’était le cas pour le CPE ces dernières années.

Le ministère a-t-il adopté la bonne formule d’admissions en Grade 7 (Form I) ?
Il y a beaucoup de similitudes entre la nouvelle formule et celle proposée par Steven Obeegadoo. Le gros travail pour la mise en œuvre de la régionalisation de l’admission a été fait par le MES dès cette époque et je ne crois pas que les responsables de cet organisme aient eu des difficultés dans les préparatifs ces deux dernières années concernant l’attribution des places l’an prochain car la base était déjà là. On a grandement résolu le problème d’admissions au collège depuis 2002. N’empêche que la pression sur les “high demand schools” est toujours là.

Le retrait des “stars colleges” d’Etat sur la liste d’admission dans la formule de Steven Obeegadoo avait augmenté la demande pour les grands collèges régionaux. Comment le MES a départagé les demandeurs ayant eu les mêmes résultats ? Serait-ce le demi-point ou le quart de point qui a fait la différence ?
Pas du tout. Avant la tenue des examens, le MES avait une base de données avec les adresses de tous les candidats et les collèges se trouvant dans la zone d’éducation où ils habitent. Avec l’aide de cartographes, nous avions fait d’une manière scientifique un “mapping” indiquant les collèges les plus rapprochés de leur domicile. Les critères pour attribuer les places à l’époque étaient clairement définis (grade “aggregate”, choix des parents et proximité de la résidence avec l’école demandée). Dans le cas d’ex aequo, le candidat le plus rapproché de l’école demandée avait priorité, et je donne la garantie qu’il n’y avait pas de “ranking” à l’intérieur des différentes fourchettes de points pour attribuer les places dans tel ou tel collège, comme certaines personnes n’ayant pas obtenu l’école souhaitée à l’époque avaient pu le faire croire. Je maintiens que les points des candidats n’entraient pas en jeu pour départager les candidats, seule la proximité avec l’école – au centimètre près – étant prise en compte. Depuis cette époque, le MES, autant que je sache, pour la régionalisation, a gardé le principe du “mapping”.

D’après votre expérience, environ combien de candidats décrochent chaque année le nombre de points le plus élevé et qui se disputent une place dans les “high demand schools” ?
D’après les statistiques, avec le système de “grade agregate” en vigueur jusqu’à l’an dernier, il y avait environ chaque année 6 000 candidats qui décrochaient 20 à 24 unités, soit les meilleures performances, et qui faisaient une demande pour ces “high demand schools”. En se basant sur ces données, environ le même nombre de candidats pourrait décrocher, dans le nouveau système d’examens, un total “agregate” de 4 unités (la meilleure note) et qui voudront tous aller dans les meilleurs collèges régionaux. Il est bon de savoir que même ceux qui n’ont pas le niveau requis demandent chaque année une place pour ces établissements de renom. Chaque année, lorsqu’on demande aux parents de remplir les formulaires d’admissions en indiquant leur choix de collèges par ordre de préférence, ils inscrivent le meilleur collège en premier, parce qu’ils pensent que leurs enfants obtiendront de meilleurs résultats. Mais lorsque les résultats arrivent, beaucoup d’entre eux sont déçus car ils n’ont pas obtenu les collèges demandés. D’autres sont plus réalistes car ils sont conscients de la performance réelle de leur enfant.

Vous êtes très élogieux envers la réforme de l’ancien ministre de l’Education du MMM. N’y avait-il pas des mécontentements et des appréhensions à l’époque ?
Je n’encense personne, je fais part tout simplement des faits. Il y avait effectivement beaucoup d’interrogations sur l’introduction de la régionalisation en 2002 parce que les parents étaient anxieux par rapport à la qualité et le niveau de l’école qu’obtiendront leurs enfants. Les années suivantes, les parents avaient accepté l’idée. Le gouvernement qui est arrivé juste après a remit les grands collèges d’Etat sur la liste des admissions en introduisant le système de “National Schools”. Mais ils ont gardé aussi le concept de régionalisation. Ce système a bien fonctionné jusqu’ici.

Mais le concept de Form VI Colleges, l’autre partie de la réforme Obeegadoo, a connu peu de succès. Qu’est-ce qui a cloché ?
C’est à partir des premières admissions dans les Form VI Colleges que le problème a surgi. À l’époque, les résultats de SC arrivaient au mois de février et les procédures pour l’admission en Lower VI prenaient beaucoup de temps. Dans la pratique, les autorités ont rencontré beaucoup de problèmes dans l’attribution des places en raison du choix des matières des élèves. Un grand nombre d’entre eux n’a pu obtenir une place dans le Form VI College de leur choix à cause justement de leur combinaison de matières, et cela a créé un certain mécontentement. Une des conséquences a été l’entrée tardive en Lower VI pour beaucoup d’élèves. Peut-être que ce n’était pas encore l’heure pour l’introduction des Form VI Colleges.

Est-ce que ce concept serait mieux accepté aujourd’hui, en y apportant les ajustements nécessaires à partir de la première expérience ?
Il n’y a pas eu suffisamment d’années d’expérience des Form VI Colleges pour pouvoir faire une étude sur la mise en œuvre de ce projet. Dès le changement de gouvernement, les National Schools sont arrivées bien vite.

Pensez-vous que le gouvernement est sur la bonne voie avec l’introduction des académies à partir de 2021 ?
Les Academies offriront des classes de Form IV à VI, mais l’esprit des National Schools reste. D’ailleurs, ce sont les mêmes collèges d’Etat qui sont concernés. Dans le projet de Steven Obeegadoo, l’admission dans les Form VI Colleges se faisait sur la base des résultats de SC, tandis que l’entrée dans les académies dépendra des résultats aux examens, prévus à la fin de la Form III. Après le PSAC, un autre examen compétitif attend les enfants mauriciens après trois années au collège. Je crains fort, comme beaucoup de pédagogues d’ailleurs, que ce nouvel examen en milieu du parcours du secondaire renforce le système des leçons particulières dès l’entrée au collège à cause de la compétition. L’idée d’un examen en Form III date des années 70’ et, à l’époque, l’objectif d’une telle évaluation à mi-parcours du secondaire avait pour but uniquement de faire un suivi de la performance des élèves de Form IV jusqu’aux examens de SC. Le projet n’a pas abouti car les pédagogues n’étaient pas en faveur d’un examen additionnel après le primaire et avant le SC. Le nouvel examen qu’on propose sera un stress additionnel pour les élèves et leurs parents.

Comment donc régler le problème d’admissions dans cette quinzaine de collèges d’Etat à forte demande et baptisés National Schools ?
Je suis pour la régionalisation in toto pour le secondaire. Une solution serait la régionalisation des Forms I to VI Schools – incluant ces collèges dont vous me parlez et qui, depuis 2002, ont eu différentes structures et appellations, soit Form VI Colleges, National College et, à l’avenir, Academy.

La baisse dans la qualité des résultats de SC/HSC de Cambridge préoccupe sérieusement les pédagogues, au point que le ministère a fixé de nouveaux critères pour être admis en Form VI. Comment en est-on arrivé là ? Est-ce que le MES n’aurait pas un rôle à jouer pour redresser la situation ?
Je voudrais dire que même en Angleterre, on enregistre depuis quelques années une baisse dans la performance aux examens de “O- Level” et de “A-Level”. Mais cela ne veut pas dire que nous ne devons pas nous en inquiéter à Maurice. Cependant, il ne faudrait pas surdramatiser le problème, car cela dépend de la cohorte de candidats. On a eu de très bons résultats certaines années. Le MES communique régulièrement aux écoles le rapport des analyses de Cambridge chaque année et les profs doivent prendre les recommandations en considération. Et à chaque fois qu’il y a un changement dans le syllabus dans telle ou telle matière, les experts de Cambridge viennent à Maurice pour des ateliers de travail destinés aux profs. En outre, le MES fait ses propres analyses. D’après ce que j’entends, il y a aussi un manque de “drive” et d’assiduité aux études parmi des candidats. On constate que les “outside/environemental pressures” (nouvelle technologie et pression sociale) influent sur les études. Le ministère de l’Education, qui n’est pas indifférent au problème de baisse de qualité de ces résultats, devrait trouver des solutions ensemble avec les stakeholders.

Vous étiez au MES depuis sa création. Pensez-vous que l’organisme a toutes les ressources dont elle a besoin pour gérer les nombreux examens placés sous sa responsabilité ?
Le MES est bien rôdé dans l’organisation des examens pour le primaire et pour le secondaire; il n’y a aucun doute à ce sujet. Comme vous le dites, le MES se voit confier beaucoup d’examens et, de ce fait, le travail du personnel a augmenté et je crois qu’il y a aussi une certaine pression sur les officiers, particulièrement durant la saison d’examens en fin d’année. Il faut augmenter certainement le personnel. Mais l’organisme doit constamment veiller qu’il soit aux normes internationales et doit utiliser à fond les nouvelles technologies de communication et mettre à profit l’Internet.