RAOUF BUNDHUN : Une vie, un destin

Cette version en français du livre “On the wings of destiny” de Bhishmadev Seebaluck, reprend largement sous le titre “Taqdir – A. Raouf Bundhun – une vie, un destin”, l’oeuvre originale en anglais parue en 2010 aux Editions de l’océan Indien. Toutefois, Raouf Bundhun, l’ancien vice-président de la République de Maurice, dont la vie et l’oeuvre font l’objet de l’ouvrage, a songé à apporter dans la version française certains éléments qui ne figurent pas dans l’oeuvre originale. C’est en la présence du vice-président de la République Paramasivum Pillay Vyapoory, de deux anciens présidents de la République, Cassam Uteem et Karl Offmann, et de M. Jean-Claude de l’Estrac qu’a eu lieu le lancement de «Taqdir – A. Raouf Bundhun – une vie, un destin ».
Ces éléments qui jettent forcément un nouvel éclairage sur l’épisode qui est raconté concernent une dizaine de chapitres dans la présente version. Ainsi, la désignation de Raouf Bundhun comme candidat à la circonscription No 4 Port-Louis Nord/Montagne-Longue pour les élections générales du 7 août 1967, est vouée à une défaite certaine comme le lui confiera plus tard Sir Seewoosagur Ramgoolam. Cet élément nouveau paraît au chapitre 7 (le livre compte 20 chapitres et des annexes).
De même, le chapitre 11 est relevé par le récit qu’en fait Raouf Bundhun de la rencontre entre SSR et Gaëtan Duval dans la capitale française pour la mise en oeuvre de la grande coalition de 1969. Un dernier exemple, parmi tant autres, pour conclure: au chapitre 17, l’allocution prononcée par Raouf Bundhun quand il reçut le Pravasi Bharatiya Samman à Hyderabad, en Inde, est reproduite intégralement.
Enfin, si la version originale compte 18 chapitres, la présente, en français, en compte 20. En effet, le chapitre 8 en anglais An unprecedented blood bath, jugé trop long, est réorganisé, dans la présente version française, en deux chapitres distincts: « Un nouveau régime se met en place » (chapitre 8) et « Un bain de sang sans précédent » (chapitre 9). De son côté, Cassam Uteem, l’ancien président de la République de Maurice, a écrit une nouvelle préface. L’introduction du regretté Bhismadev Seebaluck est conservée. Une introduction générale est ajoutée : elle décrit, avec en filigrane les premiers signes de modernisation de Maurice, les conditions de vie et le réveil politico-syndical de la classe laborieuse au cours de la première moitié du 20e siècle.
Le discours de Sir Seewoosagur Ramgoolam au Conseil Législatif, le 22 août 1967, sur sa motion réclamant l’Indépendance du pays, est reproduit intégralement en annexe, de même que la liste des députés qui avaient voté la motion.
Enfin, contrairement à l’ouvrage en anglais, cette version française est enrichie de nombreuses photos dans le contenu de chaque chapitre.

Vers l’indépendance: mouvance et contexte
L’engagement social et politique de Raouf Bundhun se situe dans le sillage d’un ensemble de développements dans le monde politique, socioculturel et syndical qui agitent le pays dans les années 1930. En effet, la fin des années 1930, qui coïncide avec la naissance de Raouf Bundhun, est marquée par de grands bouleversements à Maurice. Le premier groupe de descendants d’immigrants indiens commence à se tailler une place dans les professions libérales après des études brillantes au Royaume-Uni et en Inde. Dr. Seewoosagur Ramgoolam rentre au pays en 1935, après une absence de 14 ans au cours de laquelle il s’est fait médecin et a consacré une grande partie de son temps à collaborer avec la presse britannique et à s’impliquer dans le mouvement politique en Grande-Bretagne.
La Seconde Guerre mondiale éclate en 1939 avec des effets néfastes dans le monde entier. La scène politique locale bouillonne avec une nouvelle race de politiciens entrant en scène. Le Parti travailliste vient d’être fondé en 1936 par le docteur Maurice Curé. Dans les années 1940, l’espérance de vie est très faible pour les hommes comme pour les femmes et les salaires journaliers pour les ouvriers varient entre 40 et 60 sous  pendant l’entrecoupe. Ces ouvriers agricoles reçoivent aussi quelques aliments de base. Dans ce contexte où la grande misère accable le peuple, un grand mouvement de révolte et d’agitation s’est mis en marche. Des grèves sont organisées. Des coups de feu sont tirés sur une foule revendicatrice, faisant plusieurs morts. Les dirigeants du Parti travailliste sont emprisonnés ou exilés. Mais ces mesures répressives ne peuvent en aucun cas faire reculer la masse de travailleurs qui veulent maintenant élire leurs propres représentants au Conseil législatif.
Et c’est ce qu’ils ont fait lors de l’élection générale de 1948, après que le gouvernement travailliste nouvellement élu en Grande-Bretagne à la fin de la guerre a accédé à la demande du Parti travailliste mauricien pour l’extension du droit de vote à tous les adultes de sexe masculin qui peuvent lire et écrire dans n’importe quelle langue utilisée dans la colonie. En fait, les quinze années (1931-1945) jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale sont marquées par une évolution rapide de la situation politique et sociale dans l’île. Ces années sont marquées par une prise de conscience  identitaire au sein de l’élite indo-mauricienne qui se manifeste en deux temps - la célébration  du centenaire de l’immigration indienne contractuelle en 1935 et la mobilisation menée parallèlement par Dr Seewoosagur Ramgoolam et les frères Basdeo et Sookdeo Bissoondoyal pour émanciper la masse indo-mauricienne par le biais, d’une part, d’une révolution culturelle axée sur la promotion de l’hindouisme et des langues indiennes et, d’autre part, de l’éducation dans les écoles publiques.
Le tribun et son pays en cheminement parallèle
Raouf Bundhun, né le 14 janvier 1937, âgé de dix ans au moment des élections historiques de 1948, devient ainsi un témoin privilégié du développement politique, social et économique du pays, et il contribuera plus tard activement à ses progrès.
En fait, l’engagement politique de Raouf Bundhun est précoce. Il s’intéresse dès son jeune âge à la chose politique. Déjà, à l’âge de 11 ans, il suit l’actualité politique en écoutant les notables du village parler des élections générales de 1948. En 1953, lorsqu’ont lieu de nouvelles élections générales, Raouf collectionne les pamphlets des différents partis politiques que son père apporte à la maison. C’était ainsi qu’il découvre que les trois candidats du Parti travailliste portent les numéros 1 (Aunauth Beejadhur), 5 (Seewoosagur Ramgoolam) et 8 (Harilal Vaghjee). Il dévore aussi les articles publiés dans le quotidien Advance, journal du Parti travailliste auquel son père est abonné. Plus tard, il militera au sein du CAM (Comité d’Action Musulman) de Sir Abdool Razack Mohamed, puis du Parti Travailliste dont les rênes sont tenues par le Dr Seewoosagur Ramgoolam depuis 1952 (à cette époque Raouf, jeune adolescent, était au secondaire).
Ces changements  sont venus à point nommé pour de jeunes loups comme Raouf Bundhun, séduits par la chose politique. La politique dans son sens le plus noble du terme, comme l’art de se mettre au service du peuple. C’est ainsi, qu’en 1967, élu du Parti de l’Indépendance, commencera pour lui une carrière publique qui  l’occupera pendant une bonne quarantaine d’années jusqu’à gravir les marches de la vice-présidence de la République de Maurice.

— Le livre est sorti des presses de Caractère Ltée avec les bons offices de BM Publications, et se vend à Rs 350 l’exemplaire. Traduction de Breejan Burrun.