JEAN MAURICE LABOUR

L’action de l’Ong Affirmative Action a mis sur la place publique internationale et locale la question de la discrimination raciale à l’Île Maurice. Cette discrimination ne peut se mesurer qu’en procédant au recensement ethnique dans tous les secteurs de la société : dans l’emploi public et privé du haut en bas de l’échelle salariale, dans l’engagement politique, dans les organismes d’aides sociales, dans les milieux défavorisés, dans les prisons etc. Cette comptabilité statistique fait peur à la plupart de nos politiciens qui trouvent que comptabiliser la population mauricienne selon ses appartenances ethniques c’est menacer le tissu social fragile de notre pays, c’est exciter à la haine raciale. L’Attorney General l’a plaidé devant le comité de l’ONU contre la discrimination raciale. Il s’est fait « brosser la tête » par ce comité qui, dans ses recommandations finales a insisté pour que des statistiques soient compilées et soumises au comité: «  the Committee recommends that the State party provide statistics, disaggregated by sex, on the socioeconomic situation and representation in education, employment, health, housing, and political life of ethnic groups, including Creoles, Chagossians, people of African descent, and migrant workers, in order to provide it with an empirical basis to evaluate the equal enjoyment of rights under the Convention. »

Dans leur opposition au recensement ethnique, il y a une immense hypocrisie de la part des politiciens, de leurs partis et de ceux qui maintiennent et profitent du système politique mis en place depuis l’indépendance. Ceux-là mêmes qui ont le plus bénéficié du Best Loser System fondé sur la classification ethnique sont aujourd’hui ceux qui fustigent le recensement ethnique ! Ces mêmes politiciens, qui se sont maintenus au pouvoir pendant des générations, sur la base d’un calcul scientifique de l’appartenance castéiste et communale des circonscriptions pour placer leurs candidats selon les mêmes couleurs de la circonscription, viennent aujourd’hui s’indigner des statistiques ethniques ! Ceux-là mêmes qui vendent dans le monde entier l’Île Maurice arc-en-ciel ont peur d’en regarder les couleurs différentes qui en font la beauté ! Ils prennent Singapour pour modèle de réussite dans tous les domaines, mais on ne veut pas en prendre les exigences. Il ne leur reste plus qu’à fermer les stations météorologiques de peur que la réalité du climat ne vienne perturber la fragilité de nos infrastructures !!!

Le recensement ethnique existe à Singapour ; c’est même un pilier de la construction de la nation dans la mesure où il est utilisé de manière édifiante et intelligente.

Par exemple, dans la politique de logement de l’État singapourien, l’allocation des maisons se fait par quota ethnique. Si dans une région X, la proportion ethnique est de 80% pour les chinois, 16% pour les Malais et 4% pour les Indiens, les maisons dans un ensemble résidentiel se trouvant dans cette région seront allouées selon cette proportion.

La raison étant que cette politique favorise non seulement le vivre ensemble mais elle l’impose !

Je ne pense pas que Singapour soit un exemple de pays divisé, bien au contraire.

Cinquante ans après l’Indépendance, avons-nous atteint la maturité d’une saine interculturalité qui fait la beauté de notre arc-en-ciel mauricien où aucune des couleurs ne mangera les autres ? Continuerons-nous à coexister pacifiquement dans des compartiments étanches, en nous gargarisant de slogans creux juste bons pour nous vendre à l’étranger ? Au risque que dans les grandes surfaces du toc du XXIe siècle naissant, le rayon mauricien soit le plus achalandé!