À ceux qui pensent à Maurice que la recherche ne donne rien et ne mérite pas qu’on y investisse, le Prof Theeshan Bahorun, directeur du Centre for Biomedical and Biomaterials Research (CBBR), les invite à venir voir ce qui se fait dans son laboratoire à Réduit et à prendre connaissance des résultats obtenus jusqu’ici sur le diabète, le cancer, et la pharmacologie marine. « Nous sommes maintenant au bord de la commercialisation de certains produits qui peuvent aider à guérir (sic) ces deux maladies dont le taux de prévalence est très élevé dans notre pays », souligne-t-il, avant d’encourager le gouvernement à créer d’autres postes dédiés à la recherche.
Le Prof Theeshan Bahorun et son équipe comprenant une vingtaine de professionnels de la recherche travaillent sous un programme de « National Research Chair » mis en place en 2012 avec divers objectifs, dont le développement de la recherche, du “capacity building” en termes d’infrastructure et des compétences humaines pour la recherche et le développement. Trois thématiques, à savoir le cancer, le diabète et la pharmacologie marine, sont inscrites sous son mandat qui a trait à la santé. Le diabète affecte 24 % de la population, avec autant de patients prédiabétiques, et le cancer a atteint les 13 % de décès dans notre pays. De même, notre vaste ressource marine est favorablement exploitée en vue de trouver des composés qui peuvent mener au développement de médicaments.
« Pour le diabète, nous avons mené des études cliniques sur la papaye fermentée et le thé vert qui nous ont donné des résultats montrant que ces deux produits diminuent l’incidence des marqueurs du diabète chez les patients prédiabétiques », déclare le Prof Theeshan Bahorun. Selon lui, cette étude est unique dans le monde « car il n’est pas facile d’avoir environ 200 patients qui restent pendant 16 semaines sur une étude complète ». Des résultats intéressants, ajoute-t-il, ont été obtenus de cette étude. Le chercheur dit aussi avoir travaillé sur des citrons locaux, dont deux, le tangor et le tangelo (clémentines), seraient anti-diabète, de même que la “pomegranate” locale « dans laquelle nous avons découvert, dans une partie de sa peau, un élément hautement antidiabétique ». Il ajoute : « Nous avons maintenant le potentiel de développer ces composés en des gélules qu’on peut commercialiser. Si mon contrat est renouvelé en décembre, je démarrerai immédiatement cet axe de la commercialisation de ce produit. »
 
Une grande avancée
Le directeur du CBBR parle de 13 % de décès chaque année à Maurice qui seraient liés au cancer. Il indique avoir travaillé, à cet effet, sur le champignon local (le pleurote) « qui nous a donné des résultats extraordinaires ». « Nous l’avons fait dans sur un animal, soit un rat. Nous avons découvert que cet animal atteint d’un cancer meurt dans un mois. Mais, lorsque nous le nourrissons de ce champignon, 92 % de son cancer est guéri. Son foie infecté devient propre. C’est extraordinaire, c’est une grande avancée », déclare notre interlocuteur. Il dit aussi avoir travaillé sur une cinquantaine de plantes endémiques qui empêcheraient la prolifération des cellules cancéreuses. « Nous avons eu un bon résultat avec le bois de pomme duquel nous avons isolé deux composés qui sont anticancéreux. Nous travaillons aussi sur un élément qui peut devenir un marqueur précoce du cancer. Cela fera beaucoup de bien à notre santé et à la recherche », fait-il ressortir.
Quant à la pharmacologie marine, le Prof Theeshan Bahorun déplore que le vaste océan entourant l’île Maurice ne soit pas suffisamment exploité. « Nous avons commencé à travailler sur de nombreuses espèces d’algues et des éponges de mer. Nous avons découvert qu’une des éponges comporte des éléments antibiotiques. C’est banal diront certaines personnes mais mis en co-culture avec des antibiotiques classiques, nous avons trouvé que les extraits de l’éponge en question augmentent l’efficacité des antibiotiques classiques. Cette éponge augmenterait ainsi l’efficacité de ces médicaments et elle serait aussi anticancéreuse », explique-t-il.
Pour toutes ces raisons, soutient le Prof Theeshan Bahorun, le programme « National Research and Innovation Chair » doit se poursuivre. « Au cas contraire, we are back to square one et les investissements de l’ordre de Rs 40 millions injectés dans ces travaux depuis 2012 tomberont à l’eau », dit-il.