Filbert Bayi a fait le trou. Il ne sera jamais rejoint lors de la finale des Jeux du Commonwealth en 1974

Il demeure un des athlètes africains les plus talentueux et renommés des années 1970. Pour preuve, son record du 1500 m réalisé aux Jeux du Commonwealth en 1974 et chiffré à 3’32″2 tient toujours. Le Tanzanien Filbert Bayi n’oubliera pas de sitôt cette course d’anthologie qui lui avait permis d’inscrire son nom sur les tablettes des records du monde. Un record alors détenu par l’Américain Jim Ryun en 3’33″1 et qui sera finalement amélioré par un centième par Sebastian Coe cinq ans plus tard. Filbert Bayi se trouve actuellement à Maurice dans le cadre d’un séminaire organisé par la Commonwealth Games Association. L’occasion de revivre les moments forts de sa carrière.

Aujourd’hui secrétaire général du Comité olympique tanzanien, Filbert Bayi est d’avis que sa victoire aux dépens du Kenyan Kip Keino aux Jeux d’Afrique de Lagos en 1973 a constitué un déclic, lui qui n’avait pas fait forte impression au 1500 m et au 3000 m steeple aux Jeux Olympiques de Munich une année plus tôt. « J’ai toujours voulu devenir un champion et j’étais vraiment prêt pour aborder ces Jeux du Commonwealth,. D’autant que je m’étais entraîné au rythme de six fois la semaine, dont deux séances très dures. J’ai adopté la même tactique que lors des séries, soit partir en tête, et cela a marché », relate-t-il. À l’arrivée, ce chrono de 3’32″2 qui n’a toujours pas été amélioré au niveau du Commonwealth. Comme pour prouver sa forme étincelante, Filbert Bayi devait améliorer le record du monde du mile une année plus tard en 3’51″ à Kingston en Jamaïque.

Ici en compagnie de sa compatriote Lucy Michael, le secrétaire du Comité olympique tanzanien
est présent au séminaire organisé par la Commonwealth Games Association

Malheureusement, le boycott de son pays des Jeux Olympiques de Montréal en 1976 devait le priver du bonheur de se retrouver sur la plus haute marche du podium. « Cela demeure mon plus grand regret. J’aurais pu devenir champion olympique, car le vainqueur, à savoir le Néo-Zélandais John Walker, n’avait réalisé que 3’39. » Filbert Bayi tentera de nouveau sa chance aux JO de Moscou en 1980, mais se fera devancer par le Polonais Bronislaw Malinowski au 3000 m steeple. Auparavant, il avait de nouveau décroché l’or aux Jeux d’Afrique et s’était retrouvé à la deuxième place aux Jeux du Commonwealth à Edmonton, devancé par l’Anglais David Moorcroft.

« À cette époque, nous nous battions pour le prestige, mais pas pour le gain financier. Tout était au stade amateur », relate Filbert Bayi, également membre du comité technique de la fédération internationale, lui qui a découvert le goût de la course à pied dès son plus jeune âge à travers la chasse. « Cela m’a permis d’être plus endurant », affirme-t-il. S’il a mis un terme à sa carrière en 1980, il n’en demeure pas moins qu’il a su transmettre sa passion. C’est ainsi qu’après avoir décroché sa maîtrise à l’Université de l’Oklahoma aux États-Unis, il a lancé sa fondation basée à Mkuza, de même que des écoles primaires et secondaires à Kimara et Kibaha. « Nous avons établi des programmes de préparation en vue des Jeux Olympiques 2024 et mon souhait qu’un des élèves de ces institutions décroche l’or olympique. » Une façon sans doute d’obtenir une certaine revanche sur l’histoire.


Une course d’anthologie

« The race that stopped a nation » ou encore « One of the greatest middle-distance races of all times » : ainsi était décrite la course du 1500 m, dernière épreuve des Jeux du Commonwealth tenus à Christchurch en Nouvelle-Zélande le 2 février 1974. Au départ de la finale, plusieurs coureurs de renom, à l’instar de trois médaillés des Jeux Olympiques de 1972, à savoir Rod Dixon, Ben Jipcho et Mike Boit, de même que l’Anglais Brendan Foster, médaillé de bronze aux précédents Jeux du Commonwealth, Suleiman Nyambui, médaillé d’argent au 5000 m aux JO de Moscou en 1980, John Walker, qui évoluait devant son public, l’Australien Graham Crouch et Filbert Bayi.

Après avoir été victime de bousculade lors des JO de 1972, ce dernier ne voulait cette fois prendre aucun risque. Prenant les commandes dès le départ, il s’était alors dit « Catch me if you can ! » Après avoir couvert les premiers 400 m en 54″4, le Tanzanien était alors conscient que la consécration était possible et que le record du monde pouvait être amélioré. Ses autres temps de passage étant de 1’51″8 au 800 m et 2’50″4 au 1200 m. À l’amorce du dernier tour, le peloton revenait sur lui, mais Bayi repartait de plus belle, tout en gardant des ressources pour les 50 derniers mètres.

Dans la ligne droite, Walker revenait le plus fort, mais échouait de peu. Avec un chrono de 3’32″2, Filbert Bayi venait de signer un nouveau record du monde. Afin de démontrer la qualité de cette épreuve, cinq autres coureurs avaient amélioré leurs records nationaux. « Every citizen in Tanzania went crazy to celebrate my achievement », devait par la suite déclarer Filbert Bayi.