(RE)DÉCOUVRIR MAURICE - POSTE DE FLACQ : Souvenir des sixties

Poste de Flacq est un petit village côtier situé dans la région de Flacq. Selon les statistiques, environ 2 000 personnes y vivent. La majorité d’entre eux gagnent leur vie grâce aux produits de la mer qu’ils vendent aux grands groupes hôteliers. Bien qu’étant isolé dans un coin de l’île, il demeure un des villages emblématiques de l’Est.


Retour en arrière
Bordé par la mer, Poste de Flacq est doté d’une atmosphère agréable grâce aux alizés qui le balaient. Selon un ouvrage de Bhurdwaz Mungur et Breejan Burrun, durant la période où les Hollandais se sont installés à Maurice, le bourg avait pour nom “Haaven Voor de Sloep”, qui signifie “port endormi”. Le nord de cette escale s’appelait “Walvis Hoeck”, qui signifie “Whale Point”. Plus tard, quand les Français se sont emparés de Maurice, ils ont changé le nom et c’est à ce moment-là que le village a reçu le nom de Poste de Flacq. Le nom est inspiré de l’existence d’un poste de surveillance militaire.
De plus, selon la légende, les catholiques mènent le corps du défunt jusqu’au cimetière en bateau. “Tou lanterman ti pe al par bato pou al anter simtier St Géran. A lepok ti pe bizin gale ek rame pou amenn lekor. Ti pe bizin fer li koumsa akoz simin ti tro long. Pa ti fasil pou amenn lekor ziska simtier”, dit Victor Sakir, 59 ans, originaire de la localité. Maintenant, les villageois préfèrent laisser les services funèbres s’occuper des obsèques de leurs proches. Peu de gens ont recours à cette coutume. “Avant, pour aller au cimetière, les gens prenaient trois ou quatre bateaux. Certains ont gardé cette tradition. Ma mère m’a toujours dit que le jour où elle mourrait, elle aurait aimé que son cercueil soit acheminé en bateau”.


Le four à chaux
Âgé de 70 ans, Marc Rose a passé la majeure partie de sa vie à travailler dans le four à chaux de Poste de Flacq, qui appartenait à la propriété de Constance La Gaieté. “Il n’y a pas plus dur que ce métier ! Je me suis mis à bosser ici dès mes 14 ans. Donc imaginez un peu ce que cela représente pour moi. Ceux qui ont bossé avec moi à l’époque sont tous morts”, dit le doyen.
Aujourd’hui en ruine, le four à chaux a connu de belles années. “Avec le temps, le four à chaux s’est détérioré et est maintenant effondré. La fermeture a eu lieu dans les années 1970. À un moment donné, le débarcadère était aussi un lieu où on déposait le sable qu’on extrayait en mer. Depuis bientôt un mois, on veut le rénover car il fait partie du patrimoine”, confie-t-il. À droite, l’autre bâtiment en état de délabrement servait d’entrepôt. C’était là que les camions venaient récupérer le produit fini.
Le four à chaux était un four de calcination dans lequel les coraux étaient transformés en chaux. La chaux était utilisée dans des champs de canne pour faire passer l’eau pour irriguer la canne à sucre. Elle était aussi utilisée par les laboureurs pour réparer leurs maisons. “On mélangeait la chaux et la terre afin d’avoir une substance similaire au ciment. Avant, il n’y avait pas de ciment comme on en a aujourd’hui”. Il était nécessaire d’attendre trois jours pour faire cuire la chaux. “Les pêcheurs allaient chercher les coraux en mer puis les chaufourniers les taillaient avec une hache”.
Ressassant ses souvenirs, le chaufournier s’en souvient comme si c’était hier. “On devait attacher une corde tout en haut pour descendre de la tour afin de mieux placer le bois car en le lançant au bas, tout était éparpillé. Il fallait bien tout mettre en ordre. Et laissez-moi vous dire qu’on le portait tout en haut et ce, sans protection. On utilisait le bois provenant du filao, de l’acacia et de l’eucalyptus, entre autres. Ensuite, il fallait placer les coraux au-dessus afin qu’ils deviennent de la chaux. Le charbon de terre était aussi utilisé pour mieux faire brûler les coraux”.
Le métier étant à risque, Marc Rose s’est plusieurs fois brûlé. En effet, la chaux est obtenue par combustion des coraux à environ 900˚ C. “Avec la chaleur qu’il y avait au bas, on était obligé de fabriquer des chaussures en goni par faute de moyens pour ne pas se brûler les pieds. C’était un gagne-pain dangereux. On pouvait se brûler à tout moment en descendant jusqu’au four”.


Les années 60
Née à Poste de Flacq, plus précisément au débarcadère, Frésia Sakir, 87 ans, a tout vécu et connu en vivant au cœur de cette région nautique. “Après le passage du cyclone Carol en 1960, tout a changé. Plusieurs maisons ont été détruites et des gens d’ailleurs sont venus habiter ici. L’État leur a fourni des maisons EDC”, témoigne-t-elle.
“Avant il faisait bon vivre ici. Ce n’était pas comme aujourd’hui. Les gens vivaient autrement. On était gâtés par la mer. Il fallait juste savoir pêcher pour se nourrir. Mon mari et moi, nous vendions des huîtres à nos temps perdus pour se faire plus de sous pour nourrir nos 15 enfants. Chez nous la pêche, c’est une histoire de famille. D’ailleurs, mon fils Victor pêche depuis ses 9 ans. En sus de cela, pendant de nombreuses années, j’ai bossé comme bonne à tout faire chez les blancs et mon mari assurait la sécurité d’une maison de plage”, raconte la dame.
Au fil des années, elle a su défier les difficultés de la vie. “Dans quinze jours, je fêterai mes 88 ans”, se réjouit-elle. Son fils Victor Sakir, assis à l’autre bout du salon soutient les dires de sa mère. “Lontan dimounn ti viv enn lot manier. Nou ti viv dan lakorite”, dit ce fournisseur de fruits de mer aux hôtels de la région. Regrettant l’atmosphère d’auparavant, il n’hésite pas à en dire plus : “Avec les constructions de maisons NHDC, d’autres gens sont venus vivre à Poste de Flacq. Ils ont tout apporté dans leurs bagages au sens propre comme au sens figuré”.


Du couvent à l’école
Au centre du village se situe l’école primaire RCA de Poste de Flacq. Le bâtiment principal était autrefois un couvent géré par les religieuses de Notre-Dame du Bon secours depuis 1930. Depuis, le bâtiment a été rénové et le chemin de fer a été remplacé, avant qu’il ne soit converti en école.