(RE)DÉCOUVRIR MAURICE - POUDRE D’OR : L’Eldorado mauricien

Moins fréquenté que les autres régions balnéaires du nord, Poudre d’Or, petit village situé au nord-nord-est de Maurice, n’en est pas moins dénué d’attraits. Bien qu’étant enfoui sur la carte, il a souvent été cité après le naufrage du légendaire St-Géran. Il est connu pour la générosité et la chaleur de ses habitants et pour être le village des pêcheurs.
La révélation du nom de Poudre d’Or
Selon l’ouvrage de Guy Rouillard paru en 1994, Le Quartier de Poudre d’Or, le nom du village est évoqué sur une feuille datée du 24 et 26 mars 1734 révélant la capture d’esclaves fugitifs. Ce même document indique que cette arrestation se déroula à la Rivière des Citronniers. Sur la carte de l’Isle de France par l’Abbé de la Caille en 1763, cette rivière est définie sous le nom de la Rivière de la Poudre. Une décennie plus tard, le village est nommé Poudre d’Or suivant la carte réalisée par Jacques Nicolas Bellin. Depuis, le nom est resté tel quel.

Loïs Jean-Pierre, pêcheur de 79 ans
Robuste et actif, Loïs Jean-Pierre nous conduit à l’arrière-cour de sa maison ayant pour vue le débarcadère de Poudre d’Or. “Metie peser pa enn metie fasil. Mo fer li depi plis ki 40 an. Malgre so difikilte, bann zen dan landroi kontign fer li e ena vinn dimand mwa consey. Tan ki mo pou ena couraz, mo pu kontign fer li. Si mo pa al la pes, mo pou bizin ran mo carte”, dit le senior à Scope.
Auparavant il y avait des gueules pavées en abondance, maintenant il n’y en a plus dans nos lagons. J’adorais les pêcher. Mais qu’est-ce que c’est dur de les attraper ! Pour les avoir, il fallait utiliser des appâts tels que des “boulevaves” (ressemblant à un oursin) et des “mouke”(des petites coquilles), entre autres, confie celui qui a été initié par son beau-père au métier de pêcheur. “Mo ti la pesa ek la line e nazie. Mo pose nazie e lendemin ki mo al pran li”. ʺ
À l’aube de ses 80 ans, il n’hésite pas à aller à plus de dix mètres de profondeur pour mieux pêcher. “On utilise une drague pour soulever le casier. Même si on est à plusieurs pêcheurs en mer, je sais pertinemment quel casier est le mien”. Il suffit d’un repère pour le localiser. Entre pêcheurs, ils sont solidaires. Personne ne pique le casier qui ne lui appartient pas.
Évoquant ses débuts de pêcheur, il raconte : “Avant, les poissons se vendaient à Rs 5 le kilo et les pêcheurs en ramenaient autour de quarante kilos. Il ne manquait jamais de poissons. Maintenant quand un pêcheur part à la pêche, il revient avec deux kilos de poissons”.

Larzan pa ti inportan, tou zafer ti pe partaze
Avec un brin de trémolo dans la voix, Loïs Jean-Pierre admet qu’avant, il faisait de bon de vivre à Poudre d’Or. “Lontan avan vann pwason ek banian, ti pe kapav donn dimounn pwason ek angiy kado, aster nepli ena tousala. Sakenn ti pe partaz seki li ena. Si mo al kot marsan brinzel, mo ti pe donn li pwason e li donn mwa brinzel kado. Larzan pa ti inportan, tou zafer ti pe partaze e ti bo marse”.
Avant, peu de gens résidaient dans le quartier. Comme dans la plupart des patelins de l’île, il a une histoire chargée. Les années ont passé mais les souvenirs restent. “Nou ti mizer me nou ti ris an manze. Mo rapel letan kot ti pe bizin rod diboi pou kwi manze. Delo nou pa ti ena, ti pe bizin al labours pou gagn delà”, confie ce père de famille qui a su élever ses huit enfants grâce à la pêche.

Sérénité
Un peu plus bas, face à l’île d’Ambre au large de la plage Paul et Virginie, Eddy Parmessur, 58 ans, natif de Poudre d’Or, nous attend pour nous raconter la face cachée de la commune côtière. Pour lui, elle est loin de la foule déchaînée. Ce n’en était pas moins le chef-lieu de la région Rivière du Rempart dans les années 1700. “Il y avait un hôpital, des casernes, le moulin Baudot et le centre Lazaret où on gardait en quarantaine ceux qui avaient contracté la lèpre”.
Marchant le long de la plage, il nous indique que la plage d’en face s’appelle Banc Bazire. “Avant même la construction du front de mer en 2007, les gens d’ici et d’ailleurs aimaient venir ici pour se relaxer. Il n’y a pas à chercher midi à quatorze heures, l’atmosphère est paisible ! On est peut-être un petit village loin de tout mais on essaie d’améliorer notre quotidien. Bientôt, il y aura une plantation de concombres de mer et une ferme marine sera construite”.

Du vieux au neuf
Garnisseur à ses temps perdus, Dev Dewdanee, 55 ans, est celui qui redonne vie aux vieux meubles des habitants du quartier. “Cela fait un bon bout de temps que je m’adonne au métier de garnisseur pour arrondir mes fins de mois. Aujourd’hui, je suis fier de dire que grâce à ça, j’ai pu payer les frais d’études d’université de mes filles”.
Ce qu’il lui a permis de continuer, c’est le soutien constant de tous, que ce soit la famille ou le voisinage. “Les gens d’ici me donnent du travail de garnissage à faire. Ce qui me plaît par-dessus tout, c’est qu’on vit tous en harmonie. On est tous prêts à aider”.

Les Flore, musiciens de bout en bout
Qui ne connaît pas les Flore à Poudre d’Or ? À peine le nom de cette famille est-il cité que les habitants de la localité nous montrent leur demeure. Depuis 1968 et de génération en génération, les Flore ne cessent de divertir les gens du village, et même ceux d’ailleurs, en chansons. Leur groupe musical s’appelle Les Nordistes.Au tout début, nous étions Les Supermen. Avec mes six frères et ma sœur, nous jouions ici, dans le Nord et à Flacq. On joue tous d’un instrument et ma sœur chantait. La musique est pour nous une histoire de famille. Nos enfants ont pris la relève. À leur tour, ils font perdurer notre tradition familiale, dit Gérard Flore.
À l’époque, on jouait souvent bénévolement et quand on se faisait un peu d’argent en jouant dans des soirées, on économisait nos sous pour pouvoir acheter d’autres instruments de musique, révèle Clency Flore. Souvent réunis au nom de la musique sous leur manguier, ils jouent de temps en temps pour le plus grand plaisir des alentours. “Quand on était gamins, on n’avait qu’une guitare à la maison et c’est avec cette même guitare que l’on a appris à aimer la musique. Elle fait partie de nous. C’était une évidence puisque notre père était ébéniste et réparait des guitares”. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas demain la veille qu’ils arrêteront de faire de la musique.