Rideau sur les travaux de la Commission d’enquête sur la drogue ! Du moins, pour cette année 2017, qui aura été certainement très riche en découvertes et trouvailles. On pense essentiellement, ici, au défilé des hommes en robe noire qui se sont succédé devant l’ancien juge Lam Shang Leen. Autant le concéder d’emblée : qu’il y ait des pourris parmi nos flics et les gardes-chiourmes, cela ne choque plus vraiment. De même, qu’il y ait des crapules parmi les hommes de loi, non plus. Mais quelques informations révélées sur certains d’entre eux, devant la Commission laissent pantois…
Pas uniquement parce que la quasi-majorité de ceux des membres du judiciaire qui ont fait face à Lam Shang Leen a concédé qu’elle ne s’acquittait pas de leurs taxes (sic!). Mais principalement parce que nombre d’entre eux se retrouvent dans le collimateur de la Commission et de son équipe d’enquêteurs, sous la houlette du ASP Hector Tuyau, pour leurs ramifications avec nul autre que des… barons de la drogue ! Rien de mal, évidemment, pour un avocat de défendre un citoyen quel que soit le délit ou le crime. Puisqu’il s’agit d’un droit humain fondamental. Il est nullement interdit aux avocats de défendre les droits de nos compatriotes qui sont trouvés coupables, par la justice, d’importation, de trafic et de distribution de produits illicites.
Mais où le bât blesse, c’est quand, d’une part, des “proceeds of crime” de ces marchands de la mort, comprenez l’argent récolté de la vente des stupéfiants, finissent dans les caisses et comptes bancaires de ces honorables membres de la profession légale ! Et de l’autre, s’il s’avère que certains de ces hommes de loi tremperaient dans des combines en vue de faciliter le blanchiment de l’argent sale émanant du trafic. Double infraction au code d’éthique de la profession ! Plusieurs éléments troublants, révélés devant la Commission Lam Shang Leen, évoquent fortement ces possibilités.
L’argument capital c’est, bien évidemment, le fait que ces ténors du barreau, et dans certains cas, leurs juniors, sont payés grassement. L’argent versé aux avocats provient, inévitablement, de la vente de la drogue. Ce fait, déjà, interpelle et dérange. Parce que, évidemment, d’où proviendrait l’argent pour les honoraires des avocats si ce n’est de la vente du Brown Sugar, drogues synthétiques et autres substances illicites ? Reste, à l’homme de loi en question de faire preuve de prudence et d’honnêteté face à cet état de choses. Si sa crédibilité et sa réputation lui tiennent à cœur, il saura faire les bons choix qui s’imposent.
De fait, certains membres de la profession légale refusent carrément les affaires liées à la drogue. C’est un choix. D’autres acceptent, moyennant des conditions claires et transparentes imposées aux payeurs — parents ou proches des trafiquants, le plus souvent — pour justifier la source de l’argent. Mais comment éviter que certains biaisent ? Exemple: la somme prévue pour les honoraires (qui atteint souvent les montants astronomiques) est versée sur un compte bancaire, puis virée sur celui de l’avocat. Ou alors l’homme de loi requiert la signature d’un document attestant que “cet argent ne provient pas du trafic de la drogue”. Et jusqu’à quel point peut-on vraiment être sûr qu’il ne s’agit pas de “proceeds of crime”; émanant, donc, de la vente de la drogue ? Combien d’avocats se donnent la peine de vérifier la source de l’argent ? Ou ne serait-ce, pour certains, qu’une “parade” ?
Un autre aspect mis au jour par la Commission Lam Shang Leen : les imbrications pour favoriser le blanchiment d’argent. Parmi : l’arsenal légal qui serait aisément usé et abusé pour permettre aux parrains de tranquillement disposer de leurs capitaux mal acquis. Et comment réagir quand, de leurs propres aveux, Peroumal Veeren et Siddick Islam se vantent devant Lam Shang Leen qu’ils ont “payé des avocats de l’argent de la drogue” ? Trafic, pressions, intimidations, omerta, blanchiment et, bien évidemment, politique : un cocktail explosif. Que la Commission Lam Shang Leen, telle l’équipe de Costner, Connery et Garcia dans l’excellent classique de De Palma, Les Incorruptibles (1987), contant la traque d’Al Capone par Elliot Ness, se démène pour désamorcer !
Oui, certes, Peroumal Veeren, Siddick Islam, Curly Chowrimootoo, Gro Derek et consorts croupissent déjà en taule. Et, malgré cela, tout porte à croire qu’ils sont loin d’avoir arrêté leurs activités frauduleuses. Les témoignages des uns et des autres des officiers de police et des gardes-chiourmes épinglés par Lam Shang Leen, par les bons soins de l’ASP Hector Tuyau et ses fins limiers, en attestent. Que ceux convoqués s’abritent derrière les “je ne sais pas”, “mo pa rapel” et autres “mo zougader” qui sont légion lors des auditions, ils ont été identifiés comme “suspects” par la Commission Lam Shang Leen.
Entretemps, les travaux de cette année ont permis de jeter un autre regard sur la profession légale; du moins, sur certains des éléments qui n’ont pas fait preuve de rigueur et dont les manquements rejaillissent sur l’ensemble de la profession, hélas !…
Husna RAMJANALLY