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RÉFLEXIONS: La Compulsion d’échec

Quel grand mystère qu'en politique comme en amour, certains êtres passionnés se trouvent toute leur vie durant dans un itinéraire d'échec !
On pourra invoquer les déterminations de l'histoire, les impondérables qui annihilent les plus fines convictions et stratégies, le poids des institutions et des interdits sociaux qui figent les rapports de forces. Il y a de cela, ce courant de l'histoire qui semble toujours aller dans le même sens sauf à certains moments clé comme nous le sommes aujourd'hui concernant la réforme électorale. Sans doute est-il plus aisé de déchiffrer le pourquoi des échecs à répétition au niveau institutionnel de certaines réformes qu'au niveau des personnes. Mais les institutions sont tributaires de dynamiques personnelles qui, groupées, favorisent l'émergence de nouvelles configurations sociales, culturelles, économiques et politiques.
N'ayons pas la prétention d'analyser en justesse ces comportements d'échec à répétition du point de vue de la dynamique ou de l'économie individuelle. Nous en offrons ici un éclairage partiel et partial.
L'échec à répétition : une opposition entre le conscient et l'inconscient
N'ayons pas peur des mots. L'échec à répétition est une névrose. Elle fait intervenir de manière frappante la dimension de l'inconscient. Elle démontre l'opposition entre le désir conscient, ici la réussite, en amour comme en politique et l'inconscient où se nouent la peur de ne pas être reconnu à sa juste valeur, le sentiment d'insécurité et d'angoisse provoqué par la peur de l'échec. Et nous le savons, tout conflit entre un désir conscient et son antagoniste inconscient se résout souvent par un insuccès. L'échec ainsi résout un conflit mais cette résolution entraîne une satisfaction temporaire, d'où une raison supplémentaire de renouveler l'expérience. Par ailleurs, les conséquences de l'échec sont organisées en bénéfices secondaires et représentent un facteur supplémentaire pour la poursuite des échecs.
Trahisons des amis, rapports amoureux, collaborations politiques, alliances, mésalliances se terminant dramatiquement : nous tendons à reproduire, dans différents scénarios et à plusieurs occasions, le même type de conflit qui correspond aux premiers conflits infantiles. Parmi les facteurs qui sont à l'origine de la compulsion de répétition, on trouve les situations d'angoisse qui proviennent de nos toutes premières expériences. Il s'agit d'angoisses persécutrices et dépressives (cf. Mélanie Klein) et de sentiments de culpabilité qui nous obligent à répéter encore et toujours une certaine conduite envers nous-mêmes et les autres pour nous défendre contre ces dangers fantasmés au début de la vie. Nous les attribuons à la "malchance" ou au « destin », sans vouloir percevoir ni comprendre le degré de notre propre participation active - si inconsciente soit-elle - dans l'enchaînement des événements de la situation.
C'est dans ce sens que Freud (1932) écrivait : « Il y a des gens qui répètent toujours, à leurs dépens, les mêmes réactions sans les corriger ou qui semblent eux-mêmes poursuivis par un destin inexorable alors qu'un examen plus précis nous enseigne qu'eux-mêmes sans le savoir, se préparent ce destin. Nous attribuons alors à la compulsion de répétition le caractère démoniaque. »
Dans cette perspective, on peut invoquer une certaine pathologie narcissique et une problématique qui se situe notamment dans le violent conflit qui oppose l'idéal du moi au moi-réalité. C'est une grande souffrance causée par l'impossibilité douloureuse de satisfaire le vœu illusoire d'un Autrui signifiant. Aussi, le moi « déficient », ne possédant pas la capacité de combler le désir de l'autre, ne pouvant pas ressembler aux attentes projetées, se trouve, en dépit de sa défense et de sa résistance, sévèrement jugé et soumis aux attaques du Surmoi.
Sans vouloir faire de parallèle, nous savons que la réponse par l'échec est une réaction banale chez l'enfant ou l'adolescent sous le coup d'une situation dont la signification lui échappe et qui se trouve par le mensonge et le silence des adultes, plongé dans une atmosphère de mystère, d'angoisse et de complot.
Nous ne pouvons guère aujourd'hui continuer dans l’insuccès comme mécanisme d'itération négative pour résoudre les contradictions qui nous échappent ou que nous refusons de voir. De la compulsion, nous devons absolument passer à la libération : celle du choix.


Commentaires

Bonne leçon de psychanalyse.
Il est grand temps que nos décideurs politiques aillent chez un psychologue ou même psychiatre. Mais à leurs âges…. ???