Parvèz Dookhy, Vice-président du Ralliement Citoyen pour la Patrie

La question peut paraître osée car la réponse, d’un point de vue juridique, est connue. La République a été proclamée en 1991 et est entrée en vigueur en 1992. Pour autant, notre République n’a-t-elle pas été qu’un changement sémantique opéré au sein d’une Constitution reproduisant en écrit la philosophie de l’exercice du pouvoir de la monarchie anglaise ?

En 1991, la République a consisté essentiellement en le remplacement du terme « Gouverneur général » par celui du « Président » et à l’énonciation des règles prévoyant la désignation du président et d’un vice-président. Or, une République n’est pas une simple coquille habillant un État. Il s’agit de l’équilibre de l’organisation des pouvoirs, des valeurs fondamentales que ces derniers doivent véhiculer et l’adhésion ferme de la Nation à l’ensemble de ces principes. Le citoyen est alors une émanation de la Nation.

Force est de constater que nous n’avons nullement un équilibre des pouvoirs. Le président est l’obligé du Premier ministre et n’a, par son mode de désignation, aucune autorité morale nécessaire à l’exercice de ses fonctions. L’organe législatif n’a pas l’autonomie essentielle à son fonctionnement.

La « République » de Maurice ne fait référence à aucune devise caractérisant une règle de conduite quelconque. Ce n’est que dans notre armoirie (coat of arms), imaginée en 1906 par Johann Van Der Puf, alors maire d’Amsterdam, qu’on retrouve une proclamation historique « Stella Clavisque Maris Indici ».

La création de notre État ne s’est, hélas, pas accompagnée de l’émergence de la Nation mauricienne. L’État, par sa faiblesse, a engendré un repli communautaire amplifié par un fanatisme pur et dur importé d’autres horizons. L’intolérance est le nouveau paradigme de l’action et des revendications de certaines forces vives influentes et l’État, faiblissant, est souvent contraint de s’y soumettre.

Le citoyen n’est plus, dans une telle déconfiguration de la République, un composant d’une structure sociale et politique mais un simple individu appartenant à un pays en bénéficiant des droits s’y attachant. Il s’agit d’un élément mercantile dont le prix a tout récemment été fixé par le Premier ministre !

Loin d’avoir été érigés en une République, nous n’avons été que sous administration des blocs politiques successifs depuis notre indépendance. Face à un État faible, une République sans substance, notre pays se dirige vers une balkanisation sociétale.