Un an déjà depuis l’installation de Lalyans Lepep à l’Hôtel du gouvernement et les retombées de l’opération Netwayaz se font sentir sur le plan politique. Toutefois, la résistance s’organise dans des institutions au point où le nouveau cheval de bataille du leader du MSM, Pravind Jugnauth, devient qu’il existe « dans les institutions une mafia, qui mette bâton dans la roue ». Il se garde de citer ceux qui tirent les ficelles et encore moins les institutions concernées. Mais il est un fait indéniable que la MBC, la station de radio et de télévision nationale, la vitrine audiovisuelle du pays, peut revendiquer le titre de la citadelle de la résistance avec le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, quasiment jetant les armes pour faire état de la nécessité d’une « purge des couloirs de la Maison et de la Radio nationales ». Pourtant, dès mars de cette année, les autorités sont en présence d’un audit complet de la maladministration minant cette institution. Pourtant, rien n’a changé, car la MBC est depuis plusieurs mois sans un directeur général et sans un conseil d’administration conforme aux dispositions du MBC Act. Deux autres secteurs majeurs de l’économie, soit l’électricité et le transport en commun, n’ont pu se débarrasser de la gangrène, pour ne pas dire des tares politiques, qui les affecte depuis des années. Les derniers chiffres enregistrés par le Central Electricity Board (CEB), en date du 8 décembre, tirent, s’il y a lieu encore, la sonnette d’alarme quant aux dangers qui guettent la fourniture d’énergie dans le pays en l’absence de toute décision officiellement relative à la mise à exécution du projet de réhabilitation de la centrale thermique de Saint-Louis avec l’installation de quatre moteurs de 15 MW chacun. Le transport en commun, un des vecteurs socio-économiques de nature cruciale, continue à bouger fixe au point où face à des pressions du Fonds monétaire international (FMI) pour une rationalisation du budget des subsides, le gouvernement se met à parler du poids de Rs 2 milliards par an pour assurer le programme du transport gratuit.
Du 11 décembre de l’année dernière, date de la démission en catastrophe de l’ancien directeur général, Dan Callikan, à ce jour, la situation n’aura guère évolué de manière positive à la MBC. Le tableau sombre dressé en mars dernier par le Public Sector Efficiency Bureau sous le contrôle du ministère de la Bonne Gouvernance, fait état de déficit accumulé de Rs 1,1 milliard, dont des déficits de plus de Rs 100 millions par an depuis 2009/10, soit Rs 233 millions en 2012, Rs 196,4 millions en 2011, ou encore Rs 185,7 millions l’année dernière.
Ce rapport d’audit met en garde contre le fait que « the Corporation (MBC) cannot continue on its journey in the current operating practices as this will no doubt lead to a financial disaster and will end up as huge burden on the government who will have no option than to inject taxpayer’s money for the survival of the MBC ». Mais à ce jour, en l’absence d’un patron à la tête de la MBC, rares sont les signes d’un éventuel redressement de ce secteur.
Plus grave demeure le fait que le National Audit Office a refusé « to express an opinion on the financial statements of the MBC for the periods ended 31 December 2010 and 2011, the worst of all adverse audit report ». Les bilans financiers des deux derniers exercices n’ont pas encore été soumis à l’Audit. Le Public Sector Efficiency Bureau n’a pas eu accès aux chiffres pour les années financières d’avant 2012. « Quite surprisingly, its previous computerised system had crashed just before we started », lit-on à la page 8 du rapport. Pour preuve de résistance, il ne pouvait y avoir mieux.
D’un autre point de vue, la situation a connu une nette détérioration sur le plan des liquidités depuis 2007/08, année au cours de laquell la MBC affichait pour la dernière fois un solde positif de la balance bancaire de Rs 86 millions. Au 31 décembre dernier, l’endettement de la MBC se chiffrait à Rs 987,9 millions. De 2006/07 à décembre dernier, les revenus encaissés par la MBC se montaient à Rs 5,3 milliards, dont Rs 4,9 milliards sous forme de Licence Fees des abonnés.
Etablissant les principales causes de la détérioration de la situation financière, le rapport du Public Sector Efficiency Bureau fait état d’une hausse des coûts d’opération de Rs 271 millions, soit 57% de Rs 477 millions en 2006/07 à Rs 748 millions en 2014, d’un budget des salaires qui a plus que doublé, passant de Rs 187 millions à Rs 397 millions. Dans une tentative de contourner les procédures, la précédente direction générale de la MBC est venue de l’avant en s’appuyant sur la formule de recrutement des Freelance, avec 207 embauches entre 2011 et 2014, dont 138 pour la seule année 2012. Au 31 décembre dernier, le nombre d’employés de la MBC était de 576, dont « 150 employees from contract and 22 from freelance were either converted or promoted to permanent and pensionable posts ».
A ce chapitre à la page 29 du rapport, le Public Sector Efficiency Bureau souligne que « a pertinent observation is that most of the contractual employees and a substantial number of freelance have become permanent staff over a very short lapse of time. Thus, recruitment at the MBC were reserved only to people who, in one way or another, are known and connected to certain persons ». Des exemples sont cités, dont ce Helper promu au poste de Producer/Senior Producer le 20 août 2013 et ce producteur employé à plein temps, qui bénéficie également des Freelance Fee en sus de ses salaires.
Le bal des Increments
Trois exercices de promotion furent menés entre mars 2013 et avril 2014, avec 253 employés sur 412 promus, soit plus de 60%. « Assignment of duties were allocated to staff who were acting as courtiers to the Executive Management Team, at the whim and caprices of the former Team Leader Finance and Marketing with the blessings of the former Director General. This practice was adopted with a view to ensuring that these officers will be eligible as per the first intake note, thus bypassing perhaps other more deserving officers. »
En sus de cela, il y a eu le bal des Increments aux protégés de l’ancienne direction, soit 134 employés au total, dont un record de 21 Increments sur les salaires de base, alors que d’autres, soit une bonne vingtaine, avec une moyenne de dix Increments sur leurs salaires. Dans un cas, un employé a bénéficié d’ajustements de salaires de Rs 14 000 en moins d’une année dans aucune justification, passant de Rs 30 980 en 2013 à Rs 44 980 en 2014.
Un autre domaine de maladministration et de pratiques abusives à la MBC se révèle être l’allocation de contrats pour des biens et services, dont principalement l’approvisionnement en films pour les chaînes de télévision de la MBC, soit des dépenses annuelles de Rs 115 millions. « This was centralized at the level of the Team Leader Finance and Marketing. She was the only person involved in finalizing the purchasing agreement through a process of negotiation that is discreet to herself », dénonce le rapport du Public Sector Efficiency Bureau, surpris de l’absence de tout « record of negotiations », au chapitre des droits d’auteurs.
Au cours de ces six dernières années, la MBC a dépensé la somme de Rs 635 millions pour ces films, répartis comme suit de juillet à décembre 2010 : Rs 185 millions 2011 : Rs 143 millions 2012 : Rs 102 millions 2013 : Rs 114 millions 2014 : Rs 91 millions.
D’autre part, de 2010 à 2014, sur un total de 240 exercices de Procurement, au moins 110 ont été effectués « without a competitive bidding exercise ». 60% des contrats ainsi alloués au cours de ces sept dernières années ont été adjugés à quatre fournisseurs seulement sans compter que la sélection de films et de programmes par le Program Manager et les Channel Coordinators était systématiquement rejetée par la Team Leader Finance and Marketing comme ce fut le cas en 2013 où tous les programmes sportifs furent rejetés et 50% du choix des films occidentaux pas retenus. « The current method employed permitted award of contract to a fake and fraudulent supplier/rights holder who were not assessed technically by program manager and channel coordinators », note l’audit special, qui révèle que ce contrat de Rs 40 millions avec une compagnie indienne portait sur la retransmission des 70 matches de la FA Cup en 2009. Cette société indienne ne détenait aucun droit de retransmission de la Football Association.
Parmi les autres lacunes et manquements notés, le Public Sector Efficiency Bureau relève l’absence de contrôle sur des équipements et autres Assets de la MBC évalués à Rs 600 millions avec une note d’avertissement sans complaisance à l’effet que « it’s high time for the Board of the MBC to take appropriate measures to be able to meet the challenges in the light of the forthcoming severe competition in this sector ».
Cela remonte à neuf mois déjà et la résistance au changement pour le meilleur s’est encore renforcée en l’absence de décisions pour la désignation d’un Board, digne de ce nom, et d’un directeur général. Dans la conjoncture, la MBC, qui se trouve à la croisée des chemins, dispose de deux options, soit améliorer sa capacité d’améliorer son potentiel de générer des revenus, soit de s’embarquer dans un Cost Cuttting Programme avec ce que cela comporte comme licenciements.
La question qui se pose est la volonté et le prix politiques à payer pour partir à l’assaut de la principale citadelle de résistance vu que « on account of its very poor image among the public at large, it will be very difficult for the MBC to market and substanyiate an increase in the TV licence. So the only option is the cost cutting programme ». Le message a été transmis aux membres du personnel lors de la fête de fin d’année, vendredi. Mais il reste à identifier le commando pour mener à bien la purge annoncée par sir Anerood Jugnauth à la télévision ce même vendredi…