Paul Bérenger se dit sceptique que les travaux du comité inter-ministériel présidé par Xavier Duval chargé de se pencher sur la réforme électroale n’aboutissent à du concret. Alors que, déclare le leader de l’Opposition, un projet de réforme électorale est en lui-même difficile à conçevoir, il s’étonne que le comité institué sera aussi chargé de plancher sur plusieurs autres questions complexes. Ce qui lui fait dire que l’on veut, en fait, « noyer le poisson. » D’autant que le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth continue toujours d’entretenir ses a priori par rapport au principe d’une réforme électorale. Pour le leader du MMM, tout aurait été mis en branle sciemment en vue de faire porter le chapeau du non aboutissement de la réforme électorale au Pm adjoint et leader du PMSD, Xavier Duval, qui présidera le comité inter-ministériel.
Paul Bérenger revient, une fois encore, sur l’avis légal émis le 3 décembre par le Sollicitor General suppléant par rapport aux pouvoirs de nomination de la présidence de la République. Il rappelle, dans la foulée, avoir subséquemment adressé une correspondance à la Présidente, Mme Ameenah Gurib-Fakim, le 7 décembre, date à laquelle la nouvelle Ombudsperson for Children, Rita Venkatasawmy, devait prêter serment devant Mme Monique Ohsan-Bellepeau qui assurait la suppléance à la présidence en l’absence de la titulaire qui était en visite officielle à l’étranger.
Le leader de l’Opposition explique sa démarche par le fait que, comme le prévoit la loi, la nouvelle Ombudsperson for Children avait été nommée par la présidence de la République après consultations avec le Pm et le leader de l’Opposition. Un mode de nomination qui, souligne-t-il, est anticonstitutionnel si l’on s’en tient à l’avis légal du 3 décembre émis par l’Ag Sollicitor General. Paul Bérenger poursuit en indiquant que la présidente p.i. de la République l’a informé, le même jour, que la présidence solliciterait un conseil légal pour tirer au clair toute la question.
Alors que depuis, la présidente de la République est de retour au pays, le chef de l’Opposition déclare n’avoir toujours pas été mieux renseigné quant à ce qui sera désormais entrepris pour démêler cet écheveau constitutionnel et légal. Ce qui, dit-il, crée une situation malsaine. Paul Bérenger revient, à cet égard, sur ce qu’il considère avoir été le comportement « honteux » du Pm. Il rappelle, entre autres, que quand il était président de la République sous le Prime ministership de Navin Ramgoolam, sir Anerood ne s’était pas privé pour passer outre du souhait exprimé par le chef du gouvernement d’alors au moment des nominations sur la Public Service Commission (PSC).
Réforme électorale: « Noyer le poisson »
« Il vient aujourd’hui se déjuger en affirmant que c’est le choix du Pm qui tient en droit », s’insurge Paul Bérenger. Alors que, dit-il, la réaction de la Présidente, Mme Gurib-Fakim se fait toujours attendre, le leader de l’Opposition souhaite, une fois encore, un amendement à la Constitution en vue de préciser clairement dans la loi suprême du pays les situations où c’est la présidence qui nomme après consultations avec le Pm et le leader de l’Opposition. « Il y va de la dignité de la présidence et de l’actuelle titulaire qui se retrouve dans une situation embarrassante depuis que cet avis légal a été émis par l’Ag Sollicitor General », dit-il.
Comme pour souligner encore plus la « situation embarrassante » dans laquelle la Présidente se retrouve, selon lui, désormais bien malgré elle, le leader de l’Opposition explique que si jamais la question devait être portée en Justice, la présidence y serait éventuellement mêlée. Une situation qui serait alors loin d’être saine, dit-il. D’où le souhait de Paul Bérenger pour un amendement constitutionnel en vue d’une totale clarification de la situation sans la moindre ambiguïté.
Par rapport à l’annonce, vendredi, de la mise sur pied d’un comité inter-ministériel présidé par le Pm adjoint, ministre du Tourisme et leader du PMSD, Xavier Duval pour se pencher sur la réforme électorale, le leader du MMM se montre sceptique que ses travaux débouchent sur du concret. Paul Bérenger soupçonne, en effet, que l’on veuille « noyer le poisson. » Ce qui, regrette-t-il, ne pourra que constituer « une trahison de plus » de la part du gouvernement Lepep.
Alors que, dit-il, élaborer rien qu’un projet de réforme électorale constitue un « difficile exercice » à réaliser, le chef de l’Opposition s’étonne que l’on ait choisi, en même temps, de confier à ce comité présidé par le ministre Duval de travailler la loi sur le financement des partis politiques, de concevoir une loi contre le transfugisme et de faire des recommandations visant à accroître les pouvoirs de la Commission électorale. Paul Bérenger soupçonne, ainsi, qu’avec un tel « work-load », l’on finira par rendre le leader du PMSD et président du comité inter-ministériel, Xavier Duval, responsable de l’échec des travaux.
« Il est clair que tout cela ne marchera pas », soutient le leader du MMM qui en veut, notamment, pour preuve les a priori qu’exprime encore sir Anerood Jugnauth à propos de la  réforme électorale. Paul Bérenger voit, donc, en Xavier Duval le bouc émissaire tout trouvé pour porter l’échec des travaux du comité inter-ministériel. Il ne manque pas, non plus, d’attribuer, une fois encore, au MSM l’échec de l’aboutissement du projet de réforme électorale du gouvernement MSM/MMM de 2000/2005 « qui, comble d’ironie, avait été conçu par Ivan Collendavelloo », alors député MMM.
Pour le leader de l’Opposition, si le gouvernement veut être réellement pris au sérieux, il se devait de prendre pour base de départ de tout projet de réforme électorale tout le travail en ce sens depuis 2000/2005 « en le fignolant. » Il estime aussi important que le débat soit porté sur la place publique en vue de la plus large concertation.
Économie: même scepticisme pour la relance
Même scepticisme du chef de l’Opposition quant à une relance de l’économie après la nouvelle rencontre du Pm avec les représentants du secteur privé, cette semaine. « Tout un tralala pour rien! », commente-t-il à cet effet. Paul Bérenger juge, en revanche, alarmant les derniers chiffres officiels. Alors que, rappelle-t-il, par exemple, le taux de croissance avait été de l’ordre de 3,5% en 2014, lors de la présentation du budget en début d’année, le ministre des Finances avait, entre autres, prévu un taux de 4,1% pour 2015. Or, souligne le leader de l’Opposition, les officiels du Fonds Monétaire International (FMI), dans l’île ces derniers jours, ont confirmé un chiffre de croissance de seulement 3,2% pour cette année.
Dans ses projections de croissance, rappelle encore Paul Bérenger, le FMI ne prévoit qu’un taux de 3,8% pour 2016. Un chiffre qui, dit-il, est bien en dessous des 5,3% que prévoyait le ministre Lutchmeenaraidoo dans son budget pour l’année financière 2015/2016. Le leader de l’Opposition trouve qu’une lecture entre les lignes des prévisions économiques du FMI laisse percevoir une grave détérioration du déficit budgétaire. Paul Bérenger évoque encore le taux conséquent d’endettement (64%), un niveau en infraction avec la loi sur la gestion de la dette publique qui doit être maintenue en dessous de 50%. Il prévoit, de même, une baisse encore plus prononcée de l’investissement direct étranger à la faveur de la hausse du taux d’intérêt aux États-Unis.
Par rapport aux six grands projets d’investissements étrangers sur lesquels table le gouvernement – quatre à capitaux chinois et deux financés par des entreprises de Dubaï –, le leader de l’Opposition s’attarde surtout sur le projet chinois d’un nouveau port de pêche à Bain-des-Dames, dans le voisinage immédiat du port qui, dit-il, est susceptible de « soulever des vagues diplomatiques. » Paul Bérenger enchaîne avec les petits planteurs qui, affirme-t-il, sont restés sur leur faim en dépit de l’annonce faite cette semaine par le ministre de tutelle, Mahen Seeruttun, concernant une enveloppe de Rs 1100 par tonne de sucre produite.
Par rapport au secteur sucrier, le leader de l’Opposition parle, en fait, « d’absence de véritable stratégie comme dans le cas de la production d’électricité. » Il en veut pour preuve la prise de « mesures ad-hoc. » Paul Bérenger explique, à cet effet, qu’après avoir puisé des caisses du Sugar Insurance Fund Board (SIFB) pour soulager les petits planteurs, c’est dorénavant à partir des fonds du Central Electricity Board (CEB) que l’on puisera à cette fin. Le chef de l’Opposition, qui rappelle les difficultés que rencontrent les petits planteurs à la faveur de la baisse des prix garantis sur le marché européens, appelle ces derniers – qui abandonnent de plus en plus les terres sous culture de la canne – à ne pas désespérer.
Paul Bérenger ne manque pas d’évoquer le risque que représente l’abandon de la culture de la canne par un nombre toujours plus grand de petits planteurs en rappelant l’apport de la bagasse à la production d’électricité. Pour lui, plutôt que d’une gestion sur une base ad-hoc, une véritable stratégie pour le secteur sucrier aurait dû être mise en place en tenant compte des intérêts de l’ensemble des parties concernées, dont les petits planteurs.
Interrogé, le chef de l’Opposition juge, par ailleurs, que le Pm a fait preuve, à plusieurs égards, de « mesquinerie » en disant « des bêtises » dans ses réponses aux journalistes de l’audiovisuel qui l’interrogeaient, vendredi soir.