Une récente tentative d’évasion d’un groupe de filles incarcérées au RYC a retenu l’attention. D’une part, les autorités, dont l’ Ombudsperson for the Children, Rita Venkatasawmy, et la ministre des Institutions réformatrices, Fazila Daureeawoo, sont montées au créneau pour déplorer « un système archaïque, qui ne répond plus aux normes internationales de réhabilitation et de réforme ». Et, de l’autre, moins mises en exergue, les voix de certains officiers qui lancent un appel à la ministre Daureeawoo pour « venir constater les conditions insalubres, voire dangereuses, dans lesquelles nous sommes contraints de travailler. »
« Chaotique ». Voilà ce que déclarent ces officiers quand ils évoquent l’actuelle situation au RYC (Girls). « On n’en peut plus, témoignent-ils. Quand les filles explosent et font du désordre, elles s’en prennent à nous. Dès lors, à notre niveau nous n’avons aucun moyen de nous défendre. Nous ne sommes pas employés par la prison et nous ne savons plus vers qui nous tourner ». Des officiers du RYC soutiennent que ces actes de rébellion surviennent surtout de nuit, durant le “night shift” (qui commence à 18h et se termine le lendemain matin à 8h). « Les “ring leaders” et celles de ces filles incarcérées qui font du raffut ont bien cerné les faiblesses du système. Elles savent que pour les deux “shifts” de jour, il y a des officiers, des hauts gradés qui sont présents. Or, pour le “night shift”, il n’y a que quatre officiers et pas de “supervisors” ».
Les officiers qui ont souhaité s’exprimer se dissocient d’emblée des accusations portées contre certains collègues qui agresseraient et se comporteraient mal avec les filles. « Nous sommes conscients que nous ne sommes pas parfaits, mais nous n’avons jamais eu des gestes déplacés ou eu recours à des punitions quelconque envers elles ». La perception, poursuivent nos interlocuteurs, « que les officiers sont les “ennemis” des filles est forte parce qu’il existe des clans et des conflits internes qui nourrissent cela ». D’où leur appel à la ministre de tutelle, Fazila Daureeawoo de « venir à notre rencontre ». « Nous souhaitons qu’elle constate dans quelles conditions dégradantes et inhumaines nous sommes forcés de travailler tous les jours ».
Ces officiers relatent que « quand il y a des actes de rébellion, les filles s’en prennent en premier aux effectifs personnels des officiers qui se trouvent dans nos casiers. De l’argent, des portables et autres effets personnels ont disparu. Lors de ces incidents, les cadenas ont été forcés, tant pour les casiers des officiers que pour ceux d’autres détenues ».
Sur la même lancée, ces officiers expliquent qu’ils n’arrivent pas « à faire régner la discipline, car si nous leur parlons un peu fort, les filles font appel aux représentants des Droits de l’Homme et à la Ombudsperson for the Children, et nous, on se fait taper dessus ». Ces officiers se disent, de plus, « déçus par Rita Venkatasawmy… On l’a appelée à plusieurs reprises quand il y a eu des incidents, mais elle n’est pas venue nous voir. Ses officiers sont venus rendre visite aux filles, mais elle ne nous écoute pas ».
De même, continuent nos interlocuteurs, « les ‘ressource persons’ comme les psys, thérapeutes, enseignants ou professeur de zumba, entre autres, qui sont sollicités pour animer des classes et des activités, sont découragés ; leurs cours ne sont fréquentés que par quelques éléments ». Selon ces officiers, « bann gran-la mont latet lezot ek anpes zot swiv klas ».