DIPLAL MAROAM

Le président américain, Donald Trump, refusant de serrer la main à la speaker du Congrès, Nancy Pelosi, et cette dernière déchirant devant les caméras une copie du discours du premier sur l’état de l’Union le 4 février dans le sillage des procédures de destitution du président pour abus de pouvoir et entrave aux travaux du Congrès – procédures qui se sont néanmoins soldées par l’acquittement, précipité, il est vrai, par la décision du Sénat à majorité républicaine, de ne convoquer aucun témoin –, démontrent la profonde animosité qui anime la situation politique actuelle aux États-Unis à l’approche de la présidentielle de novembre prochain. Une situation qui reflète, dans une grande mesure, la méfiance ambiante qui caractérise également la scène internationale et régit le monde dans lequel nous vivons.

« La confiance au sein des pays et entre eux est en déclin. Une réalité que nous observons dans les rues du monde entier alors que les gens expriment leur frustration et sentiment que la classe politique est déconnectée, incapable ou refusant de tenir ses promesses ». Constat cinglant de nul autre que le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, au début de ce mois. En effet, de nombreuses sociétés sont en proie ces jours-ci à une agitation profonde latente ou ouverte sur tous les continents. La politique traditionnelle ayant manifestement failli à sa mission fondamentale d’améliorer la qualité de vie et de sauvegarder la sécurité de tout un chacun, les citoyens se mobilisent et veulent passer à autre chose. Ainsi, le phénomène Bernie Sanders aux États-Unis, l’antre même du capitalisme et la montée en puissance de l’extrême droite en Europe ne sont certainement pas le fruit du hasard.

D’autre part, le recul américain dans les affaires mondiales ces dernières années et son retrait de plusieurs accords – sur le climat, le nucléaire, etc. –, ajoutés à une Europe fragmentée et fragilisée davantage par le Brexit ont laissé un boulevard d’opportunités à la Russie pour étendre son influence dans de nombreux dossiers brûlants – la Syrie, la Libye, le Venezuela, l’Iran, la Corée du Nord, l’Ukraine, etc. Selon toute vraisemblance, la confiance des Occidentaux à l’égard de Moscou n’a jamais été rétablie plus de trente ans après la chute du mur de Berlin. L’on n’efface pas, sans volonté politique intransigeante, plus de sept décennies (1917-1989) d’histoire de rivalité idéologique et d’un demi-siècle de guerre froide. Même au siège des Nations unies à New York, la guerre froide n’a jamais vraiment disparu ; les conflits s’y réglant rarement et même lorsque la tension était à son apogée en janvier dernier entre les États-Unis et l’Iran, le Conseil de sécurité avait simplement joué aux abonnés absents. Le sempiternel clivage au sein de cet organisme avec d’une part les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France et de l’autre, la Russie et la Chine s’est même accentué ces dernières années et le conflit commercial entre Washington et Pékin concernant les tarifs douaniers n’est pas pour arranger les choses. Ces deux « mondes » se regardent toujours en chiens de faïence, chacun avec ses stratégies géopolitiques et militaires et ses règles commerciales et financières propres à lui. De sorte que les accolades et embrassades trompeuses qui cachent mal les sourires improvisés lors des rencontres bi- ou multilatérales ne sont que pour la galerie.

Par ailleurs, plus de 75 ans après la Seconde Guerre mondiale alors que le monde a connu une mutation remarquable, que ce soit sur le plan démographique ou économique et que la planète est confrontée à de multiples défis de taille, tels le changement climatique, les maladies nouvelles, les inégalités grandissantes, etc., l’ONU n’a point connu de changements majeurs pour s’adapter à l’ère du temps. Le Conseil de sécurité avec ses cinq membres permanents dotés d’un droit de véto est resté figé alors que la voix des pays du sud demeure toujours inaudible dans ce grand concert des nations. Seuls les puissants ont voix au chapitre et font même fi de l’opinion de la majorité à l’instar de celle exprimée sur les Chagos. L’ONU a été fondée en octobre 1945 par 51 pays déterminés alors à préserver la paix à travers la coopération internationale et la sécurité collective. Aujourd’hui, la quasi-totalité de la planète en fait partie. Vu l’état actuel de ce monde, la question que l’on se pose : l’Organisation joue-t-elle vraiment son rôle comme il se doit ?