Le plaidoyer au sommet pour un meilleur codéveloppement de Madagascar et de Maurice dans le cadre des relations bilatérales qui datent de 1968 a concrètement abouti hier matin avec la confirmation de la réimplantation d’une filiale de la Compagnie Mauricienne de Textile (CMT) dans la Grande île. Il est prévu que celle-ci, qui sera opérationnelle dès juillet prochain, générera quelque 6 000 emplois pour des investissements de l’ordre de plus de Rs 1 milliard. C’est ce qu’a laissé entendre le directeur général de la CMT, François Woo, lors d’une visite du président malgache, Hery Rajaonarimampianina, invité d’honneur aux célébrations de la fête nationale.
C’est par une visite à l’Aapravasi Ghat, haut lieu de mémoire de l’arrivée des premiers travailleurs engagés venus d’Inde sous la colonisation britannique, qu’a démarré dans la matinée d’hier la journée de l’invité d’honneur de l’État mauricien aux célébrations de la fête nationale. Tout souriant, Hery Rajaonarimampianina, qui était accompagné du ministre de l’Intégration sociale, Pritviraj Roopun, devait notamment être accueilli à son arrivée par le ministre des Arts et de la Culture, Santaram Baboo, et le lord-maire, Oumar Khooleegan.
La tâche de lui servir de guide lors de cette visite à ce site désormais classé au patrimoine mondial est revenue à la muséologue et responsable de la Technical Unit auprès de l’Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTU), Corinne Forest. Après avoir notamment visité le Centre d’interprétation Beekrumsing Ramlallah, Hery Rajaonarimampianina devait procéder à un dépôt de gerbes. Direction ensuite La Tour Koenig pour une visite à CMT Ltée qui vient d’annoncer sa prochaine réimplantation à Madagascar.
Une première expérience de ce fleuron de l’industrie textile mauricienne de s’y implanter devait se solder par un échec que la direction de la CMT impute à l’instabilité politique chronique d’alors sur place. En présence, entre autres, du ministre des Affaires étrangères, Étienne Sinatambou, François Woo s’est dit heureux d’apprendre de la bouche même du président malgache que les choses ont, depuis, positivement évolué.
« Madagascar a changé. Nous sommes prêts à vous accueillir à bras ouverts en vous procurant tout le soutien nécessaire », devait-il, comme pour faire comprendre que le temps de l’instabilité politique chronique dans la Grande île est chose du passé. « Non seulement Maurice et Madagascar partagent un même destin, nos intérêts sont tout autant liés », a-t-il ajouté.
« La CMT ne quitte pas pour autant Maurice »
Le directeur général de la CMT s’est dit tout autant heureux que le chef de l’Etat malgache ait mis l’accent sur la complémentarité de nos deux îles en matière de développement économique. « A la CMT, nous apporterons notre contribution en vue de ce développement en complémentarité de Madagascar et de Maurice ». Concrètement, l’entreprise mauricienne de textile compte reprendre ses activités dans la Grande île dès juillet prochain.
Un investissement initial de $ 10 millions (quelque Rs 360 millions) a été consenti pour la première phase de ce redémarrage des activités, avec la mise en opération dans un premier temps de 60 chaînes de production et l’embauche de 2 500 salariés d’ici à la fin de l’année. La société mauricienne envisage en phase II d’investir une somme additionnelle de $ 20 millions (quelque Rs 720 millions) pour la mise en place de 90 chaînes additionnelles de production devant nécessiter la création d’encore 3 500 emplois.
« La CMT ne quitte pas pour autant Maurice », a quand même tenu à préciser François Woo. Et de souligner que l’entreprise mauricienne n’a d’objectif que de « grandir à Madagascar ». Il a expliqué que dans le cadre de la création de sa filiale malgache, soit, la Compagnie Malagasy de Textile, la CMT s’emploiera désormais à concentrer à Maurice ses activités de textile à proprement parler et à délocaliser à Madagascar celles de transformation.
Après une visite à l’ambassade de son pays à Maurice et un déjeuner à la State House offert en son honneur par la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, le président malgache a visité dans l’après-midi d’hier le technopôle de Socota Phoenicia à Phoenix. Il a été accueilli par son compatriote, le PDG du Groupe Socota, Salim Ismail. Ce dernier a rappelé comment au départ Socota à Maurice était engagé dans le textile. Depuis, la société a changé de filière d’activité pour s’embarquer dans le secteur des biotechnologies, plus généralement les sciences de la vie, « secteur mondialement en forte croissance et appelé à devenir un des grands marchés de demain ».
« Le secteur privé, cheville ouvrière du développement économique »
Salim Ismail devait insister sur les opportunités de coopération régionale dans le domaine du développement des biotechnologies compte tenu de la richesse de la biodiversité des îles, à commencer par Madagascar. Le PDG du groupe Socota a tenu à révéler que ce n’est nulle autre que l’actuelle présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, scientifique dont la renommée s’étend au-delà des frontières mauriciennes et pionnière en la matière, qui a inspiré le groupe Socota à se lancer dans le domaine des biotechnologies.
Intervenant à son tour, Hery Rajaonarimampianina a trouvé en l’exemple de réussite de son compatriote Salim Ismail la preuve que des entrepreneurs malgaches sont susceptibles de réussir. « Le PDG du groupe Socota est un grand capitaine d’industrie qui, contre vents et marées, s’est toujours obstiné à aller encore plus haut ». Citant en exemple le créneau d’activité de Socota à Maurice avec son bio-parc, le président malgache n’a pas manqué de souligner qu’en dépit du poid de l’âge, Salim Ismail continue d’innover en gardant un esprit jeune.
À Phoenix comme à La Tour Koenig dans la matinée, le président de Madagascar n’a cessé par ailleurs de louer l’esprit d’entreprise des Mauriciens. « Comme Maurice nous l’a prouvé, c’est le secteur privé qui est la cheville ouvrière du développement économique. Nous pouvons le faire aussi à Madagascar ».