RELATIONS MINISTRE DE LA SANTÉ-ONG : Gayan chez PILS pour que « cesse la guerre »

Pour Anil Gayan, quand qu'il demande des comptes et de la transparence, « on dit que le ministre est méchant ». Face aux critiques lancées des deux côtés depuis des mois, il dit souhaiter que s'arrête la « guerre » entre les ONG et lui.
Accompagné d'une délégation de son ministère, Anil Gayan était dans les locaux de PILS vendredi. Tandis que l'association lui a présenté son travail, ses comptes et sa stratégie, le ministre s'est appesanti sur les critiques qu'il a subies relativement aux programmes de méthadone et d'échange de seringues. Cette rencontre suivait une invitation lancée par PILS après des mois de tension. Elle avait aussi été évoquée au Parlement, mardi, par le leader de l'opposition puisque le ministre n'y avait pas encore répondu.
« Nous ne sommes pas en guerre contre les ONG, mais il semblerait que les ONG aient déclaré la guerre au ministère et surtout au ministre », a dit Anil Gayan au conseil d'administration et aux employés de PILS qu'il rencontrait vendredi après-midi. Une heure de discussion sur des sujets sensibles et quelques-uns des désaccords qui les ont opposés ces derniers mois. Le ministre de la Santé explique avoir choisi le ton de la « franchise » pour que « cesse la guerre ».
Accueillant Anil Gayan dans ses locaux pour expliquer son travail, PILS s'est aussi dit disposée à repartir sur de nouvelles bases avec le ministère. Nilen Vencadsamy, président du conseil d'administration de l'ONG, rappelle : « Nous avons le même objectif, l'intérêt du pays. Je souhaite que le ministère et les ONG se concertent davantage et que nous parlions d'une même voix en faveur de la santé publique. Aujourd'hui, nous avons les moyens pour vaincre le VIH/Sida. En isolation, PILS et le ministère n'y parviendront pas, il faut travailler main dans la main. »
À l'origine de cette rencontre, une invitation lancée par PILS au ministre Gayan après des mois de friction entre ce dernier, cette ONG et d'autres associations engagées dans la lutte contre la drogue et le VIH/Sida. Les différends concernaient surtout les décisions souvent unilatérales du gouvernement au sujet de la distribution de la méthadone, du programme d'échange de seringues, entre autres.
Pour Nilen Vencadsamy, au fil du temps, la tension n'a cessé d'augmenter. « Il y a eu une escalade par presse interposée avec des déclarations faites des deux côtés ». Mardi au Parlement, Paul Bérenger avait critiqué Anil Gayan de n'avoir pas encore répondu à l'invitation de PILS.
« Je n'ai pas voulu être ministre de la Santé »
Vendredi, le ministre s'est surtout appesanti sur les critiques qu'il a essuyées lors d'une conférence de presse tenue par les ONG à la municipalité de Port-Louis. Actifs sur le terrain, les intervenants avaient vivement déploré les nouvelles mesures imposées par le ministère au niveau de la réduction des risques. Anil Gayan s'insurge d'avoir été « insulté ».
Il estime que « nous sommes élus pour travailler dans l'intérêt du peuple. Vous, vous n'avez pas été élus. Ça ne vous donne pas le droit d'insulter le ministre ». Il explique avoir plusieurs dossiers sous sa responsabilités dans la gestion des affaires touchant à la Santé. « Je n'ai pas voulu être ministre de la santé, mais je le suis. J'ai des comptes à rendre vis-à-vis du gouvernement et du pays ».
« Vous donnez l'impression que la méthadone et le Sida sont les seules priorités », reproche-il à l'ONG. « Chacun veut défendre sa propre paroisse. Moi, ma paroisse, c'est le pays ». Au départ de la rencontre, il avait toutefois salué PILS pour le travail que mène cette association depuis 20 ans.
Anil Gayan est d'avis que les ONG ne sont pas d'accord qu'il leur demande des comptes. « Quand je pose une question, on me répond autre chose. Après on dit que je suis méchant ». Le ministre précise que toutes les associations sont accountable dans leurs actions. En réaction, PILS qui, à travers son directeur, Nicolas Ritter, avait débuté la rencontre par une présentation des activités et des comptes de l'association, a invité le ministre à passer en revue ses livres de comptes. « Nous vous garantissons toute la transparence nécessaire », a ajouté Nilen Vencadsamy.
Anil Gayan a demandé à l'ONG de ne plus tenir de conférence de presse du genre et de faire remonter les informations nécessaires au niveau de son ministère. Les membres de PILS ont choisi de saisir la perche pour une meilleure collaboration et n'ont pas répondu aux critiques essuyées en disant « préférer regarder vers l'avenir ». Des rencontres régulières avec les officiers du ministère ont été demandées par Nilen Vencadsamy, tandis qu'il reste un fait que les deux parties partagent des visions différentes sur plusieurs dossiers.


Méthadone : Gayan tient les ONG responsables de l'échec
Pour Anil Gayan, « le programme de la méthadone n'a pas marché parce que les ONG n'ont pas joué le jeu dans leur rôle d'accompagnement psychosocial des patients. Quand je dis ça, on dit que je suis méchant ».
Il accuse aussi les associations de ne pas avoir été sur le terrain pour sensibiliser ceux qui importunaient le voisinage sur les sites de distribution. En fonction de la nouvelle approche du ministère qui veut mettre un terme à ce programme, le rôle des ONG est en ce moment « d'aller sur le terrain pour décourager les drogués d'entrer sur la méthadone ».


Un observatoire des drogues pour Maurice
Toutes les données touchant aux drogues recueillies par différentes instances sur le terrain seront compilées et analysées par l'Observatoire des drogues. Instaurée au niveau du ministère de la Santé, cette instance sera en mesure de faire un état des lieux permanent de la situation à différents niveaux. L'objectif, a expliqué Anil Gayan vendredi dans les locaux de son ministère, sera de permettre au pays de prendre les mesures appropriées pour une lutte ciblée contre les drogues. Plusieurs ministères et organismes gouvernementaux sont engagés dans ce projet. Un appel a aussi été lancé aux ONG.