RELATIONS PM/PRESSE : En mode décrispation

“Mo oulé ki nou ena enn relation respectable”, plaide Pravind Jugnauth
  • Les responsables de presse prônent le respect mutuel et critiquent les manquements de sa politique de communication

Après quelques semaines de relations tendues entre le pouvoir et la presse, le Premier ministre semble enclin à un assainissement de ses rapports avec les médias. En mode décrispation, il s’est remis à communiquer avec les journalistes sur le terrain et a rencontré les responsables des médias au PMO pour un dialogue constructif.
Déjà, jeudi soir – lors de la réception organisée par l’ambassade de Chine pour marquer l’arrivée du nouvel ambassadeur Sun Gongyi et de son conseiller politique Gong Yufeng –, Pravind Jugnauth s’est adressé aux journalistes présents sur un ton détendu. Le PM s’est d’ailleurs déplacé de son propre gré à la rencontre des journalistes que les gardes du corps placent désormais à chaque sortie premier ministérielle dans un parc en vue de limiter les mouvements. Face à quelques remarques sans méchanceté de quelques journalistes quant au traitement qu’il accordait depuis quelques semaines à la presse, le chef du gouvernement a fait comprendre que son attitude découle du ton agressif de certains journalistes pour lui poser des questions qui, selon lui, ressemblent plus à des allégations qu’à des questions. Il a ajouté qu’il a toujours répondu bienveillamment aux questions des journalistes à l’issue de ses différentes sorties officielles. Cela, dit-il, selon ses observations, contrairement à ce qui se fait à l’étranger, citant la France, Singapour et l’Inde en exemple. “Ena enn façon pose question!”, dit-il, affirmant dans le sillage qu’il n’a jamais proféré de menaces contre la presse, mais qu’au contraire, “mo pez sakenn mo bann mots kan mo dir kiksoz, et seki mo dir mo assumé.”
Il lui fut rappelé que tel avait été le cas.
Les gardes du corps plus cool
Si sa garde rapprochée a augmenté en effectifs, c’est pour assurer sa protection, dit-il, soulignant que c’est un mal nécessaire dans le combat qu’il s’est engagé contre la mafia de la drogue. À ce sujet, s’agissant de ses propos concernant “certains journalistes qui sont en contact avec la mafia de la drogue”, Pravind Jugnauth insiste: “Oui, mo ena l’information fiable et mo pou dire seki ena en temps et lieu.” En attendant, il espère une relation plus respectueuse avec les journalistes, “comme mo finn toujours ena avec zot tout, tout letan.” Une manière pour lui de briser la glace et d’amener, sans doute, ses gardes du corps à être moins rustres envers les journalistes.
Vendredi, à l’Espérance/Quartier Militaire où il participait aux célébrations nationales dans le cadre de la fête Ganesh Chaturthi, Pravind Jugnauth a répondu à la sollicitation des journalistes pour exprimer son appréciation quant à la réunion qu’il avait eue, quelques heures auparavant, avec les directeurs de presse. D’emblée, il a fait ressortir qu’il avait sollicité cette rencontre au vu de la situation ces derniers temps avec les journalistes, sur le terrain principalement. Pravind Jugnauth a conclu “sakenn ena so point de vue lors différents sujets mais mo oulé ki nou ena enn relation respectable.”


À LA TREASURY HOUSE : Rencontre cordiale et sans concession
L’initiative du PM de rencontrer les responsables des médias mauriciens et de rédactions a permis de lever la tension qui s’était installée entre ces deux institutions après des dérapages qui ont eu lieu sur le terrain entre Pravind Jugnauth et certains journalistes depuis son retour de Rodrigues après les graves allégations à son encontre à la commission Lam Shan Leen.D’emblée, le Premier ministre devait dire qu’il n’était point allergique aux critiques et que chacun était libre d’exprimer ses vues même s’il ne les partageait pas. Il s’attend seulement à ce que cela se passe dans le respect des règles.
Les représentants de la presse ont, eux, exprimé leur désaccord avec une nouvelle tentative de réglementation du fonctionnement de la presse comme annoncée par un ministre lors d’une émission de radio en début de semaine. Ils ont aussi exprimé leur opposition à la nomination du nouveau président du Media Trust parce qu’il n’émanait pas d’une proposition de la profession comme ça été le cas dans le passé. Mais il a surtout été question de la faillite de la communication gouvernementale et celle plus précise du PM lui-même. Autre point sur lequel les médias ont insisté: la nature normale de la situation conflictuelle des relations gouvernement/presse. Mais il y a eu unanimité sur le fait que cela doit se passer dans le cadre d’un respect mutuel à la hauteur des rôles de chacune des institutions du Premier ministre et la presse.
En conclusion, le PM, très attentif aux propositions, conseils et mises en garde, s’est dit satisfait de la réunion et a ajouté qu’il ferait le point sur sa vision des choses après avoir rencontré d’autres intervenants de la presse, n’excluant pas d’autres rencontres de ce type.