RELIGION: Avortement : la position de l’Islam face à ce défi de la modernité…

L'avortement est interdit à Maurice. Le débat autour de la légalisation de l’avortement à Maurice a toujours suscité de vives polémiques. Sujet sensible et délicat certes d’une part, mais, d’une importance capitale indéniable d’autre part, l’avortement se situe au cœur des débats et jouit d’un statut prépondérant car cela concerne l’essence même de l’homme : son droit d’exister.
Alors que certains acteurs de l’hémicycle appartenant à la communauté musulmane tentent d’interpréter à leur manière un discours et d’assumer une prise de position qui ne froisse pas les sensibilités religieuses, d’autres ne savent même pas à quoi s’en tenir. Pourtant, l’Islam se positionne en ce qui concerne l’avortement légiféré par la Charia – le droit musulman.
Tout d'abord, il est nécessaire de rappeler que la vie du fœtus, à l'instar de la vie humaine en général, est sacrée en Islam. A ce titre, elle se doit d'être conservée et protégée dans la mesure du possible.
L'avortement après l'insufflation de l'âme (« Nafkh our roûh »)
Dans un certain nombre de Hadiths (traditions prophétiques) authentiques où sont détaillées les différentes étapes du développement embryonnaire, le Prophète Muhammad (Que la paix soit sur lui) affirme que l'âme est insufflée (« nafkh our roûh ») dans le fœtus au terme du quatrième mois de grossesse (120 jours).
C'est justement en raison de ce genre de Hadiths que les savants musulmans considèrent unanimement que, passé la limite de quatre mois (120 jours), l'avortement est strictement interdit.
Cependant, si le fait de conserver ce fœtus met la vie de la mère en danger, et qu'il ne soit pas possible de la sauver sans le retirer, dans ce cas, certains oulémas affirment que l'avortement est toléré, même si la vie a déjà été insufflée, en vertu de la règle en Islam, qui veut que, lorsqu'on est obligé de choisir entre deux maux, on doit opter pour le moindre des deux. Dans ce cas précis, il est évident que la mort de la mère est une perte beaucoup plus grande que celle du fœtus. Qui plus est, la vie de la mère est une réalité, alors que la naissance du futur enfant n'est encore, à ce stade, qu'espérée. (Référence : « Fatâwa Mou'âsirah » du Cheikh Yusuf Qardawi, président de l'Union internationale des savants musulmans (oulémas) et expert en droit musulman – Volume 2 / Page 547)
Les différentes positions des 4 écoles juridiques de l’Islam concernant l’avortement
La jurisprudence islamique est répartie en quatre écoles juridiques (Madh'hab) principales pour l’Islam sunnite qui traitent du droit musulman.
L'avortement avant l'insufflation de l'âme (« Nafkh our roûh ») :
Ecole hanafite : Si l'âme n'a pas encore été insufflée et le futur enfant se trouve encore à l'état embryonnaire, selon l'école hanafite, la femme peut avorter dans un cas de grande nécessité (réelle et reconnue) et pour une raison valable. Si une femme avorte sans raison valable alors que les membres et les organes du fœtus avaient déjà commencé à se former, elle subira le péché d'avoir commis un crime, comme le mentionne explicitement Ibné Âbidine Châmi (1783–1836) dans son ouvrage de référence de l'école hanafite, « Raddoul Mouhtâr » (Volume 5 – Page 519).
Les raisons valables pour un avortement peuvent être de deux types :
Les facteurs qui sont en rapport avec le fœtus. Exemples : une malformation décelée du fœtus ; la présence chez lui d'une déficience importante ; le fort risque qu'il soit atteint d’une maladie génétique grave héritée des parents. Néanmoins, dans ce genre de cas, la décision éventuelle d'une interruption de grossesse devra être fondée sur un diagnostic médical fiable et digne de confiance, et non pas sur de simples suppositions.
Les facteurs qui sont en rapport avec la mère. Exemples : la présence du fœtus met en danger la vie ou la santé mentale de la future mère ; la femme étant handicapée physiquement ou mentalement, elle ne pourra pas élever correctement un éventuel enfant, et il n'y a personne non plus de sa famille pour le faire à sa place ; la femme est tombée enceinte à la suite d'un viol et elle ne désire pas garder cet enfant. (Réf : « Al Halâl wal Harâm » de Cheikh Khâlid Sayfoullâh – savant hanafite contemporain de renom de l’Inde - Pages 309 / 310)
Ecole hanbalite : Selon le rapport du Dr. Professeur Cheikh Mustafa al-Wahba Zuhayli, expert en droit musulman et en philosophie du droit, l'avis de l'école hanbalite sur cette question est similaire à celle de l'école hanafite. (Référence : « Al Fiqh oul Islâmiy » – Page 2648)
Ecole chaféite : L’on note principalement trois avis qui sont rapportés de l'école chaféite concernant l'interruption de la grossesse avant l'insufflation de l'âme. L’opinion à retenir est celle qui est relativement proche de la prise de position des hanafites. Et c'est là l'avis qui a la préférence du célèbre juriste chaféite, Al Ramali.
Ecole mâlékite : L'avis le plus fiable au sein de l'école malékite est que l'avortement est interdit depuis le début même de la grossesse. (Réf : « Al-Qawaaneen al-Fiqhiyyah » de Ibn Djizzi – Page 141 – “Al Fiqh oul Islâmiy”)
A ce sujet, bon nombre de savants contemporains ont adopté une position qui, finalement, va dans le sens de celle qu’ont définie les experts de l'école hanafite.
Le Dr Cheikh Mustafa al-Wahba Zuhayli – qui est aussi le président du conseil de jurisprudence islamique de la faculté de la charia à l’université de Damas – écrit ceci : « Et je donne préférence (à l'avis stipulant) l'interdiction de l'avortement depuis le début de la grossesse, sauf en cas de nécessité ou dans le cadre d'une raison valable (...) » (Réf : “Al Fiqh oul Islâmiy” – Page 2647)
Par ailleurs, une Fatwa, émise par “The Islamic Fiqh Committee of the Muslim World League” lors de sa 12e session qui s'est déroulée à la Mecque le 10 février 1990, stipule que, s'il est établi de façon certaine par un comité de médecins digne de confiance que le fœtus est mal formé, et que cette malformation ne pourra être traitée par la suite par les spécialistes, l'avortement est permis avec l'accord des parents et dans la limite des 120 jours de grossesse.
Donc, la position musulmane est très claire, indistinctement des différents partis politiques. Cependant, c’est aberrant de constater que beaucoup de nos politiciens de foi musulmane à Maurice n’ont pas une grande connaissance des préceptes de leur religion.


Commentaires

This article has been very enlightening on so many aspects. We might have been aware of only the basics on the subject of abortion in Islam, but the clear explanation of the different schools of thought has indeed been very beneficial.

Abortion isnt a game... life isn't in human's hand! wOuld u like to be killed before tasting life? People need to learn to fight their temptation rather than getting busy in changing this world to a mOre chaotic one! yOu dn't wna a child then just don't get in sins! n if u r too poor to bear a child then control!

Being poor and having sex is not sinful.

Unwanted pregnancies do not occur in only poor families or out of wedlock. They also occur in well to do families where the parents are married to each other. Methods of 'control' or contraception are not always 100% reliable.

Then why don't those families kill their 1 to 3 years old children rather than that in their womb? It would be the same.It would mean murdering in anyway. Once pregnancy crosses 120 days, the foetus is already a child.Its already a living being. Pregnancy is a fact and there's no U-turn. It is God's or u may call it destiny's decision!

To each their own prerogative, at the end of the day it all comes down to the woman's decision and her living with the repercussions of that decision.

Abortion should be free, legal and readily available in the Republic of Mauritius. People who are against abortion should not use it.

Some women might be against abortion but can be forced into it, 'free, legal and readily available' abortion will only bring abuse of the service.

There are abuses right now. Can we have 100% control?

Some kind of control is better than none.