L’hémorragie politique du Mouvement n’a pas été arrêtée depuis au moins 2005. Le parti

Parvèz Dookhy

n’a connu que des défaites, à toutes les élections depuis que Paul Bérenger, chef absolu du Mouvement, a été candidat à sa propre succession au poste de Premier ministre en 2005. Au fil des déconvenues électorales, parfois sévères comme celles de décembre 2014, certains dirigeants ont voulu se faire entendre sans succès. Toute contestation d’une décision arrêtée par le Maître est écrasée et son auteur qualifié dans la foulée de traître.

Le MMM a connu une conquête électorale fulgurante. Créé en 1969, le parti a fait son entrée au Parlement une année plus tard de la manière la plus spectaculaire dans l’histoire des élections partielles. Il a remporté une majorité relative aux élections législatives en 1976 et a pu rafler tous les sièges à pourvoir aux élections de 1982 avec son partenaire électoral.

Cependant, l’Histoire du MMM, loin d’être celle « d’un combat » comme l’indiquait sa publication phare en 1983, est celle d’un drame au sens d’Antigone.

Le MMM a vite été une rupture par rapport à lui-même, à son essence. Né en partie de la trahison du PMSD, opposition parlementaire au sortir de l’Indépendance, le MMM a été rattrapé par cette même tentation : la trahison.

La trahison récurrente pratiquée par le parti, dans l’idée de conquérir au plus vite l’électorat et le pouvoir, a conduit à sa faillite : faillite idéologique, morale et numérique.

Paul Bérenger a une lecture figée de l’affrontement politique. Il serait convaincu que son appartenance communautaire est un handicap insurmontable pour que son parti puisse remporter seul les élections et le porter à la Primature. Il en a fait une réelle fixation. Par voie de conséquence, il est constamment à la recherche de tous les accommodements possibles : partage de la Primature, présidentialisation du régime pour un bicéphalisme capable de le couvrir ethniquement…

Néanmoins, en reniant son idéologie originelle (un seul peuple, une seule nation) et son slogan de départ (remplacer la lutte des races par la lutte des classes), le MMM a perdu toute ligne de conduite, toute crédibilité et l’adhésion populaire qu’il a pu susciter dans le passé.

Il n’y a pas au MMM de contestataires ou de frondeurs face aux incongruités et errements de son Maître. Telle une secte, Paul Bérenger en est le Gourou. Ceux qui ne partagent pas la décision du Chef ne peuvent la contester. La seule issue qui leur est réservée, c’est la porte de sortie. Le parti ne connaît plus de débat interne nécessaire à l’animation de sa vie politique interne.

Ainsi, le MMM a connu régulièrement des scissions, dissidences et retraits et est incapable aujourd’hui de se renouveler. Le parti n’a plus de force de frappe idéologique et n’est plus en situation de présenter une offre d’alternance.

Affaibli, il ne reste aujourd’hui au MMM qu’un ultime dilemme faute de pouvoir se refonder : trahir ou mourir. That’s the question !