RENAUD LAVILLENIE, MÉDAILLÉ D'ARGENT AUX J.O 2016 À RIO : « L'ambiance a gâché la fête »

Son année 2016 aura été marquée par une médaille d'argent en saut à la perche aux Jeux olympiques de Rio, en août, au stade olympique de Brésil, et notamment par les larmes versées sur le podium à cause du traitement infligé par la foule brésilienne, le sifflant et le huant. Renaud Lavilleni est venu se ressourcer dans le sud de Maurice, à l'hôtel Dinarobin, comme il l'avait fait après les JO de Londres. Week-End l'a rencontré vendredi pour un entretien exclusif lors duquel le Français revient sur les événements qui ont marqué sa riche carrière, et Rio, un chapitre que le perchiste de 30 ans affirme avoir clôturé.

Vous n'êtes donc pas à votre première visite sur l'île !
La première fois je suis venu en 2012 après les Jeux olympiques de Londres pour des vacances. J'étais un peu plus au nord (ndlr : Pointe-aux-Canonniers). Après je suis revenu en 2013. Là par contre, c'était pour faire du sport avec un groupe de personnes. On était hébergé à Flic-en-Flac, à peu près une demi-heure du stade (ndlr : Germain Commarmond à Bambous). Et maintenant je suis à ma troisième visite. On (ndlr ; avec sa dulciné Anaïs) est arrivé depuis mercredi pour des vacances et on repart ce mercredi. Le but est de se lâcher et aussi de faire le plein d'énergie avant que je reprenne les entraînements à la fin de ce mois-ci.

Est-ce que les sifflés du public brésilien vous ont poussé à faire un break ?   
Non pas du tout. De toute façon, ces vacances étaient prévues d'avance. Même avant Rio j'avais prévu de couper beaucoup parce que je savais qu'à un moment donné, il faut penser à autre chose, se changer les idées et se ressourcer. Et à Rio, il n'y a pas eu que du négatif.

La page des JO de Rio est-elle tournée ?
Oui, oui (convaincant). Déjà il a fallu la tourner pour finir ma saison car j'avais des compétitions en approche, notamment la Ligue de diamant. Et puis pour avancer, il fallait que je passe à autre chose. Il faut aussi que je pense au futur, voir où je veux aller l'année prochaine et me fixer différents objectifs sportifs. D'où l'importance de faire le point sur ce qui s'est passé à ces olympiades brésiliennes et de passer à autres choses.

« Ce n'est pas du tout l'image qui doit ressortir de l'esprit olympique »

D'ailleurs, quelle leçon tirez-vous de ces JO ?
Le côté positif est que j'ai réussi à faire un des meilleurs concours qu'en championnat et j'y ai répondu présent, malgré les contextes quand même un peu particulier. Si on ne revient pas sur ce qui s'est passé sur la fin, je suis content d'avoir été en mesure de me battre jusqu'au bout et d'être capable de gagner une deuxième médaille olympique dans ma discipline, ce qui n'est pas donné. J'avais franchi toutes mes barres aux premiers essais jusqu'au 5m98, qui était à ce moment-là le record olympique.

Mais les sifflets brésiliens ont gâché la fête…
Bien évidemment, l'ambiance a gâché la fête (de vive voix). Quand je vois l'ensemble des JO, malheureusement, je ne suis pas le seul athlète à avoir vécu une olympiade dans ces conditions. Forcément, c'est dommage. Mais bon, j'ai juste envie de passer à autre chose et de ne plus y penser car ce n'est pas du tout l'image qui doit ressortir de l'esprit olympique.

Vous êtes-vous senti soutenu au moment des faits ?
Le soutien donne une dimension complètement différente par rapport à ce qu'on fait. L'avantage d'avoir un appui, que ce soit de votre entourage ou bien du public, vous permet d'aller au-delà de la performance sportive. En d'autres mots, cela nous permet de nous accrocher quand les choses se passent mal et aussi d'envisager d'aller plus loin. Au Brésil cela m'a été vital, mais pas que, puisque cela m'est essentiel pour la suite de ma carrière. Il y a énormément de personnes qui n'ont pas apprécié ce que j'ai vécu. Mais grâce à leur soutien, ils ont prouvé que le sport peut aussi être magnifique.

Si l'épisode de Rio est oublié, quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?
Ma médaille d'or aux JO de Londres en 2012. Cela a été quelque chose qui m'a marqué à vie d'où mon tatouage (du logo des J.O) sur mon avant-bras droit. J'avais envie de marquer le coup. Puis il y a mon record du monde (6 m 16) qui reste l'un de mes plus beaux souvenirs. Battre l'ancienne marque de Sergey Bubka, qui était à 6 m 15, (ndlr : détenu pendant 21 ans) dès mon premier essai a été une étape importante car c'était le jour où j'étais capable de faire un de mes meilleurs sauts de ma vie. C'était une performance pure. Elle m'a aidé par la suite à nourrir l'histoire de ma discipline.

Changeons maintenant de sujet. Quels sont vos prochains objectifs ?
À long terme, de me préparer pour les JO de Tokyo en 2020 et, à court terme, les championnats d'Europe où je vais me préparer pour essayer de remporter le titre pour la cinquième fois d'affilée. Puis il y a les championnats du monde l'été prochain à Londres. Ce sont donc des objectifs continus visant à aller chercher le plus de médailles possible tout en tentant de sauter le plus haut possible. Et tout récemment j'ai remporté ma septième Ligue de diamant d'affilée à Zurich. Et pour pouvoir la gagner, il vous faut être régulièrement très bon compte tenu de la concurrence. Cela a été très encourageant pour moi d'avoir terminé la saison avec un beau succès comme celui-là.

« Montrer que je suis toujours là »
 

De bon augure pour la suite alors ?
Oui bien sûre. De très bon augure même. C'est ce qui me permet de continuer à prendre du plaisir lors de compétitions, d'entretenir la motivation et l'envie d'aller s'entraîner pour les prochains rendez-vous à venir. J'ai toujours cette envie de montrer que je suis toujours là et prêt à atteindre le sommet de mon sport.

Jusqu'où placez-vous la barre ?
Je n'ai pas d'idée, ni de limite. Je ne sais pas jusqu'où je peux aller. Mais j'espère ressauter aussi haut dans un futur proche. Je pense à un 6m20 d'abord ça change d'unité et puis c'est plus symbolique. Cependant aux entraînements je suis dans les 5m95. Tout ça pour dire que les objectifs et l'intensité aux entraînements ne sont pas les mêmes qu'aux compétitions où on met toute notre énergie à réaliser le saut le plus haut sur très peu d'essais. Par contre aux entraînements, on se focalise beaucoup plus sur des sauts répétitifs pour soigner l'aspect technique.

Par ailleurs, quels sont les autres sports que vous pratiquez ?
(Rire). Je fais de la moto sur piste. Ce n'est pas forcément compatible, mais la vitesse me permet de faire le plein d'adrénaline et de sensation forte sur des périodes où j'ai très peu d'actualité athlétique. Je pratique pas mal de vélo tout-terrain également, ce qui est bénéfique puisqu'il contribue à ma préparation physique tout en me procurant du plaisir. Je fais aussi du surf. Mais j'ai à l'idée de m'essayer au kitesurf.

Qu'est-ce qui vous motive ?
Mon objectif c'est d'être en mesure de donner un maximum de ce que j'ai pu faire et pourquoi ne pas aller plus haut dans la recherche ultime de performance et dans le dépassement de soi. Aussi de ne pas avoir de regrets pour quoi que ce soit. Faire ce que j'aime au quotidien me motive avant tout et de le faire au plus haut niveau est une chose qui est juste incroyable. Cela m'a permis d'ouvrir d'autres horizons qui étaient jusque-là assez éloignés de mon quotidien, visiter des endroits incroyables dans le monde que beaucoup ne voient que par des vidéos et des photos. Mon envie est de pouvoir vivre ma vie et d'en profiter au maximum.