Six rouleaux (1m30x10m) sur lesquels ont été peints des têtes d’esclaves, une installation avec 50 tiges cannes à sucre suspendues et au sol du sable où sont posant de bateaux : installation, peinture, vidéo, aquarelle, performance… L’installation impressionne par sa taille, la suspension à l’envers, la dimension graphique. L’artiste camerounais Barthélémy Toguo mêle toutes les disciplines pour rendre hommage à « une communauté qui a subi la violence, à ceux qui ont travaillé, sacrifié leur liberté… ». Sur ses rouleaux, il a peint des têtes d’esclaves dans des positions de souffrance, de torture, le rêve brisé. Il devient passeur de messages et accompagne ses peintures de textes d’écrivains locaux et étrangers qui ont travaillé sur la thématique de la déportation et de l’esclavage. L’exposition de Barthélémy Toguo est visible jusqu’au 9 avril 2016 à la Galerie de l’IFM, Rose-Hill. L’artiste nous a imaginé une construction scénique pour exploiter un sujet douloureux, dit-il, « l’esclavage et la colonisation ».
Ses oeuvres figurent de manière métaphorique le destin de ces hommes et femmes marques par l’épreuve de la traite négrière. « J’ai juste voulu travailler un sujet lourd qui fait partie de l’histoire de cette île, pour mieux s’intégrer quand on aura pardonné… », nous dit le plasticien. Et d’ajouter : « Mon travail a une dimension sociale… c’est un travail qui compatit aux maux, à la souffrance des peuples… Tout acte artistique est politique… »
Une oeuvre poétique et politique sur la souffrance des esclaves. Voilà sa manière d’être « artiste contemporain » et d’aborder les problématiques d’aujourd’hui à travers une variété de médiums ! Il s’est épuisé à remodeler la galerie de l’IFM, à transformer l’île en matière de création. Il s’explique sur les médiums qui incarnent le plus ses idées. C’est de sa formation artistique que provient le choix du médium approprié pour matérialiser ses idées. La peinture, le dessin, les rouleaux, les maquettes de bateaux, la performance dans les champs de canne : l’oeuvre dans son ensemble aborde le thème de l’arrachement.
Barthélémy Toguo nous parle de sa manière d’investir l’espace : « Jai découvert une sorte de white cube, j’ai voulu imaginer une création qui prendrait tout l’espace… l’idée de cette adaptation sur les cannes était la plus adaptée… par cet investissement total de l’espace, je pense appréhender le mieux le spectateur à travers les problématiques que j’aborde et qu’il y ait plus d’émotion par la multiplicité de ces visages… »