RENCONTRE - BORIS DIAW ET ELIZABETH RIFFIOD : Le basket, de mère à fils

Du haut de leurs 2 mètres de haut chacun, Elizabeth Riffiod et son fils Boris Diaw ont les pieds bien sur terre. Le temps d’une rencontre hautement spéciale… sur un terrain de basket, mère et fils, deux basketteurs de renom, nous invitent dans leur petit univers, en toute intimité. Une famille ordinaire née avec un ballon de basket dans la main…

“Bon maman, c’est bon. Si ça continue, on ne finira jamais !”,lance Boris Diaw à sa mère, un chouïa moqueur. À cet instant, ce ne sont ni le célèbre joueur de NBA ni l’ex-recordwoman du nombre de sélections pour l’équipe de France (247 matchs) que nous interviewons. Mais bel et bien une mère et un fils des plus normaux. Une complicité touchante, entre cette mère qui ne voulait pas que son fils fasse du basket comme elle, et pourtant…

Un géant parmi les hommes. Boris Diaw, un brin timide, intimide. De son nom complet Boris Babacar Diaw-Riffiod, en escale à Maurice à l’occasion du FIBA Africa U16 Championship Men 2017 qui s’est déroulé du 13 au 22 juillet, il se balade sur le terrain. Alors qu’il se mêle à la foule, en toute simplicité, l’on serait loin de se douter de son palmarès éloquent. Comptant parmi les plus grands joueurs de basket de son temps, le Français a su garder la tête bien sur les épaules. Et ce, grâce aux conseils de sa mère, Elizabeth Riffiod, qui n’est jamais très loin.

 

“Je suis mes expériences.”

Avec une aisance déconcertante, il nous parle de son parcours sportif, mais de sa vie surtout. “Qui est Boris Diaw ?”

“Plein de choses”,nous lance-t-il en un grand éclat de rire. Assis au premier rang, les mains croisées entre les deux jambes, il ne lâche pas les jeunes joueurs maliens et malgaches du regard. En effet, c’est sur un terrain de basket que l’on s’est donné rendez-vous. Un univers dans lequel Boris Diaw a passé la quasi-totalité de sa vie.

“Je suis mes expériences. J’ai essayé de faire plusieurs choses dans ma vie. Je suis plein de choses”,rigole-t-il. En T-shirt et short, Boris Diaw reste concentré. Il apprécie le match, comme l’on apprécierait un bon vin…

 

Un choix naturel, voire instinctif.

“Ma mère ne me parlait jamais de basket !”,lâche Boris Diaw. “Non, ma mère ne voulait pas que je fasse du basket à la base, de peur que je ne m’en lasse plus tard”, confie-t-il. Surprenant aveu pour ce sportif de haut niveau, qui a pourtant découvert ce sport grâce à cette dernière. “Je fais ce sport depuis que je suis né. J’ai vu ma mère sur le terrain depuis que je suis tout petit, je l’ai suivie sur le terrain lors de ses entraînements. C’était donc naturel de choisir le basket”, dit-il.

Sur le terrain à Phoenix, les jeunes joueurs sont intimidés de jouer devant leur idole et jettent de temps à autre un regard sur le basketteur, qui a commencé à jouer pour la NBA à l’âge de 21 ans seulement. Avoir une mère basketteuse a sûrement dû l’aider à gravir les échelons ? “Oui, certainement, avoir ma mère déjà dans le domaine m’a aidé à me développer, mais il y a plusieurs joueurs de haut niveau qui ne sont pas forcément des fils de”, dit Boris Diaw en toute modestie.

 

Rythme et concentration.

Bien au-delà du simple fait de dunker et de marquer des points, Boris Diaw nous parle d’esprit d’équipe et de rythme. “Je suis curieux de nature. J’aime apprendre et découvrir de nouvelles choses”, nous dit-il. Une curiosité qui l’amènera à essayer plusieurs sports, dont le judo, le foot, le handball ou encore l’escrime. “Je suis content de voir ces petits jeunes jouer. A leur âge, j’étais pareil. Ce sport donne un point de concentration, il permet de se fixer des objectifs, donc forcément cela aide les jeunes à ne pas se disperser, et à ne pas consommer de drogue par exemple”, nous explique-t-il.

Jamais très loin, sa mère regarde elle aussi le match, attentivement. Toute aussi joviale, elle ne cache pas sa fierté d’être la maman de Boris Diaw. “Vous avez vu ses photos sur instagram ? Oh, il en fait de très belles”, nous confie-t-elle. Elizabeth Riffiod, qui a fêté son anniversaire sur le sol mauricien la semaine dernière, est une maman qui aime ses enfants et ça se voit. D’ailleurs, sa carrière de sportive de haut niveau, elle y a mis un terme pour eux.

De ses grands yeux bleus, elle nous montre la photo de ses deux fils, Boris et Martin, qu’elle garde précieusement dans son porte-monnaie. Sur la photo, deux petites bouilles d’ange, devenues aujourd’hui de vrais sportifs.

Elle nous raconte qu’elle a découvert la basket tard, soit “à 21 ans”. Malgré son parcours assez atypique, elle monte les échelons et devient l’une des meilleures joueuses de l’histoire du basket français. Elle décidera de tout arrêter à la naissance de ses fils mais continuera d’évoluer au sein de petites équipes régionales.

 

Elizabeth Riffiod, mère avant tout.

“En fait, j’ai fait le parcours dans le sens inverse, en commençant par le plus grand pour aller au plus petit”,dit-elle en rigolant. Détenant un doctorat en Sociologie, Elizabeth Riffiod a de l’esprit. Mais mère avant tout, elle prodiguera de précieux conseils à ses fils sur la vie, sur la discipline, l’humilité. Soit des valeurs sportives qu’elle a tenu à transmettre assez instinctivement.

“Ah non ! Je ne parlais jamais de basket à Boris !”,dit-elle, à son tour. “Je ne crois pas que le basket soit héréditaire dans le sens propre du terme, mais je pense qu’à force d’avoir été exposé aux femmes de l’équipe régionale avec laquelle j’évoluais, il a pris goût à ce sport. Même si sa réelle source d’inspiration reste, selon moi, les joueurs noirs américains de l’époque”, soutient-elle.

“Boris ne continuera pas le basket, c’est certain. D’ailleurs, il lui reste quelques années avant la retraite. Je pense qu’il devrait faire autre chose, il est tellement doué dans d’autres domaines”,confie la mère.

Le match est fini. Mère et fils posent pour une photo souvenir, avec pour toile de fond le visage de petits joueurs heureux. Mais dans la foule de petites têtes souriantes amassée autour de Boris Diaw, sa mère qui s’est éloignée le regarde au loin.

Le sourire aux lèvres, Elizabeth Riffiod n’est pas peu fière d’avoir vu son fils lui désobéir pour suivre cette voie-là. “Il aime ce qu’il fait, un point c’est tout. Il ne s’est pas posé de questions”, dit-elle. Héréditaire ou non, c’est une évidence : le basket coule dans les veines de cette petite famille française. Comme dirait l’adage, telle mère, tel fils…


Fiche bio

Boris Diaw, la star du basket français

Boris Diaw est né le 16 avril 1982 dans une famille de sportifs. Ses parents, Issa Diaw, désormais avocat et sa mère Elzabeth Riffiod se sont rencontrés à des Jeux olympiques. L’un étant un ancien champion de saut en hauteur sénégalais et l’autre la meilleure joueuse “pivot” de l’histoire du basket féminin français. Boris Diaw a commencé le basket à l’âge de 13 ans avec les US Talence. Capitaine de l’équipe de France, il a joué pour les San Antonio Spurs, la NBA Franchise et les Utah Jazz, entre autres. Philanthrope, il crée avec ses proches une association, Babac’Ards, qui vient en aide aux enfants sénégalais, en organisant annuellement des camps de basket. L’association mène également des actions auprès des enfants atteints de cancer à Dakar et sponsorise des académies de basket au Pérou.