Claude Onesta, entraîneur de l’équipe de France de handball, est venu se recharger les batteries à Maurice à l’hôtel Le Paradis au Morne durant la semaine écoulée. Après avoir remporté un troisième titre mondial en février dernier au Qatar et à l’approche de l’Euro et les Jeux Olympiques de Rio l’année prochaine, des vacances s’imposent. Mais dans peu de temps, l’entraîneur le plus titré du handball français reprendra son bâton de Pellerin. Et une fois de plus, il misera sur ses principes de management qui a déjà conduit la France à deux médailles d’or aux Jeux Olympiques, trois médailles d’or aux Championnats d’Europe et trois médailles d’or aux Championnats du monde. Récit d’un homme pour qui, la bonne gouvernance est la clé du succès.
Au fil des années, Claude Onesta s’est métamorphosé en un manageur. Les aspects techniques et tactiques, il les délègue désormais à ses entraîneurs adjoints. Ce qui l’intéresse, c’est la gestion humaine qu’il considère comme un challenge qui le passionne à rassembler et unir les joueurs pour former une équipe gagnante. Et c’est ce qu’il fait avec l’équipe de France depuis qu’il a pris les rênes en 2001. En instaurant à son équipe un management collégial et participatif, il est parvenu à responsabiliser et susciter chez ses joueurs, une coopération, un engagement et une volonté de réussir les plus affirmés. En créant ce dynamisme, il permet à chaque membre de l’équipe de fonctionner ensemble.
Cela étant dit, les joueurs accèdent à une forme d’autonomie, libre de créer leur propre style de jeu. Ils n’attendent pas  que leur entraîneur leur donne les consignes, ils prennent l’initiative eux-mêmes.  Ce qui naturellement, les rend plus soudés et les mènent conjointement à trouver les meilleures solutions possibles lorsque des difficultés se mettent en travers de leur chemin pendant les matches. « Quand on s’associe les uns aux autres, on a un niveau de performance supérieure à ce qu’on aurait eu seul. Avoir des joueurs différents dans l’effectif est également essentiel car ils nous permettent d’avoir plusieurs cordes à notre arc. Et c’est très enrichissant pour l’équipe », fait-il ressortir avant d’ajouter que l’union fait la force. Et c’est ce qui explique en partie, la réussite des Bleus.
Les difficultés
Mais le succès ne se tient pas uniquement à ses talents de meneur d’hommes. Selon le Français, les qualités des joueurs y sont également liées. « Si les joueurs n’ont pas de qualités, vous pouvez avoir tout le système que vous voulez, les résultats resteront médiocres.» Malgré qu’il enchaîne les bons résultats, Claude Onesta avoue qu’il fait souvent face à des difficultés. « Certes, le handball est un sport collectif, mais avec des carrières individuelles. Ce qui signifie que chacun gère, au travers de sa propre notoriété, sa valeur contractuelle, dans le marché des joueurs. Par conséquent, chacun d’entre eux mettra en avant le maximum d’atouts pour espérer valoir plus.»
Des égos à double tranchant car cela peut être bénéfique comme cela peut aussi être un désavantage car les joueurs ont tendance à s’égarer. Et c’est là que le chef intervient. Il n’hésite pas à intervenir pour les ramener à l’ordre en prenant la décision la plus collective possible pour le bien de l’équipe. « Mon style, ils  y adhèrent tous. Mais cela ne veut pas dire qu’il fait l’unanimité. Mais vu que ma recette rapporte ses fruits, personne n’ose la remettre en question », lâche-t-il. Claude Onesta est un magnat du collectif à tel point qu’en 2008, il refuse la médaille de la Légion d’honneur, suite à la victoire aux Jeux olympiques de Pékin. Pour lui, il n’était pas question d’accepter seul, cette décoration alors que toute son équipe était derrière cet exploit. « Je l’aurais pris à condition que toutes les personnes de mon effectif obtiennent eux aussi cette distinction », confie-t-il.
Terminer en beauté
Après 14 ans passés sur les bancs de l’équipe de France, le sélectionneur des Bleus estime qu’il est maintenant temps de tirer sa révérence. Cependant, il compte sortir par la grande porte en réalisant un triplé consécutif aux JO. Mais l’évènement incontournable reste les Championnats de monde qui se feront en France en 2017. « Ces mondiaux sont un rendez-vous qui nous est cher car cela va être le moment de confirmer chez nous devant notre publique, tout ce que nous avons accompli partout dans le monde. Le titre aura plus de valeur à nos yeux », confirme Claude Onesta. Mais avant d’y penser, aux mondiaux, les handballeurs français s’attaqueront dès janvier prochain, à l’Euro 2016 en Pologne puis aux JO de Rio au mois d’août.
Pour que le succès perdure, Claude Onesta dit qu’il faut constamment innover et faire en sorte que le groupe prend du plaisir tout en s’épanouissant. Ainsi, pour le sélectionneur des Bleus, l’Euro va être la mise en place des joueurs qui dans les 12 mois à venir, seront le joueurs qui auront un rôle dans les deux autres compétions à venir. « L’Euro servira de tremplin pour les jeunes joueurs qui sont encore un peu tendres. Et il faut que dès maintenant on leur donne des responsabilités, étant donné que certains des cadres de l’équipe arrivent en fin de cycle, y compris moi. » Claude Onesta, après les mondiaux de 2017, trouve qu’il est temps pour lui de laisser la chance aux autres de faire leur preuve au poste de sélectionneur de l’équipe de France. « Après tout, je ne serai pas entraîneur toute ma vie. Je compte jouir de la vie et venir plus souvent à Maurice pour profiter du paradis. »