RENCONTRE - IL FAIT LE TOUR DU MONDE DEPUIS 40 ANS : Joachim Campe, un globe-trotter à Port-Louis

Parcourir le monde pendant plus de quarante ans : ce défi, Joachim Campe, un globe-trotter allemand, l’a relevé avec panache. Il y a plus de quarante ans, il a embarqué sa famille pour un long voyage sur son voilier, le St Michel. À 79 ans, le navigateur continue à sillonner le monde. En escale à Maurice pour une semaine, il a jeté l’ancre au Caudan. Rencontre avec cet homme au vécu peu ordinaire.
“Ce serait bien de faire le tour du bateau avant de commencer l’entretien”, nous dit-il en français, avec un accent allemand. “J’ai appris à parler français et d’autres langues au cours de mes voyages. Et puis, ma première femme était française.” Cet aventurier allemand de 79 ans a vécu dans son bateau pendant très longtemps et a fait le tour du monde pendant plus de quarante ans. Il est allé, entre autres, en France, au Canada, à New York, en Floride, aux Bahamas, au Mexique, à Belize, au Honduras, au Panama, en Colombie, dans les îles Galapagos, en Polynésie Française, en Australie, au Brésil, en Thaïlande, au Sri Lanka et à Maurice… “Il y en a tellement que j’ai du mal à m’en souvenir.”
Amarré dans la rade du Caudan Waterfront, le voilier de Joachim Campe est reconnaissable grâce à sa marque d’identification, le St Michel. “C’est avec ce bateau que j’ai fait mes plus longs voyages. Il a été baptisé St Michel car avec ma première femme, nous avons escaladé le Mont St Michel en France. Pour arriver au bout, nous avons grimpé un mur probablement interdit. Je peux vous dire que la vue tout en haut était incroyable. Nous avons aperçu un bateau au loin et j’ai dit à mon épouse que le nôtre s’appellera St Michel.”

Documentaires.
Un bateau qui lui a permis de vivre son rêve et d’aller à la conquête de l’aventure. “C’est mon quatrième bateau. Mon premier, je l’ai acheté à 22 ans. C’était un tout petit. Si je vous dis leurs noms, vous allez rire. Je les ai souvent nommés après les femmes que j’ai connues dans ma vie. L’un d’eux s’appelait Eva.”
Empruntant les marches du voilier, il nous fait signe de nous déchausser. “Cette fois, vous pouvez descendre avec les chaussures. La prochaine fois que vous entrerez à l’intérieur d’un bateau, retenez cette leçon ! C’est le code des marins.” Sur le même ton, le navigateur nous confie à quel point l’océan l’a forgé et fait partie de son quotidien. “Découvrir de nouveaux horizons m’a toujours fasciné. J’ai une profonde curiosité pour le voyage et la mer. J’aime l’aventure. La première fois que j’ai commencé à explorer le globe avec ma famille, j’avais 37 ans.”
L’explorateur est resté sept ans aux États-Unis, en Tahiti et au Brésil. Il a parcouru à pied les terres africaines et a fait des photos des tribus pour un musée. “Pas seulement parce que j’étais payé pour le faire mais parce que cela me tenait à cœur de me rendre sur le continent africain.”
Pour son plus grand voyage, il a réalisé des documentaires d’une heure sur sa vie en mer, ses enfants et les pays qu’ils ont visités. “Cela m’a permis d’avoir des sous pour mes autres voyages. J’ai vendu les films en France et au Danemark, entre autres. J’étais étonné qu’il soit vendu en Namibie.” Il a réalisé treize documentaires. “J’ai eu un contrat avec la télévision allemande pour le faire. J’avais tourné un film autour des volcans. Je suis allé voir le directeur de la chaîne pour le lui montrer et j’ai décroché le contrat.”

Dernier voyage.
L’explorateur a tout connu en traversant tous les océans. “Pour ma plus grande tournée, le point de départ était La Rochelle en France. Le jour où nous devions partir, il y avait un avis de tempête. Les gens m’ont dit que c’était dangereux et que j’étais fou de mettre ma famille en danger. Le plus petit avait trois ans. Ils m’ont dit qu’ils allaient informer les policiers. Je n’ai pas eu peur des menaces. Les jours suivants, il a fait beau. J’avais eu raison de partir dans un temps aussi merdique. Sept ans plus tard, quand nous sommes retournés en France, ces mêmes personnes m’ont félicité”, confie celui qui a fait escale à Maurice, il y a 35 ans.
“Je suis conscient du danger qui nous guette en mer, mais j’aime ça. Je suis heureux d’avoir vécu tout ça et de le vivre encore. Dans les moments d’incertitude, I take power around me and use them to comfort me.”
Venir à Maurice a été périlleux. Raison pour laquelle il ne voyage jamais seul. Pour ce voyage, il est accompagné de son jeune coéquipier, Hugh Evans. “In the Indian Ocean, waves are unpleasant. Quand je m’aperçois que je suis toujours en vie après toutes ces péripéties, je me rends compte que j’ai eu de la chance.”
Désireux de partager sa passion pour le voyage, il raconte chaque passage de sa vie en mer sur son blog (www.joachimsailtheoceans.com) et compte écrire un livre. “Ce sera mon dernier voyage en quittant Maurice. Cela me prendra plusieurs années, mais je suis motivé. Je veux bien naviguer jusqu’en Argentine et surtout visiter le canal Beagle, situé entre le Chili et l’Argentine. It will be my way to say goodbye to the world.”
Solide et courageux à son âge, il veut être un exemple pour les autres. “Je veux encourager les personnes âgées à faire le tour du monde au lieu qu’elles restent chez elles et passent leur temps à s’affaler sur leurs canapés.”

Hugh Evans, son coéquipier
Ce jeune Australien étudiant en génie mécanique a pris une année sabbatique pour vivre l’aventure. “J’en avais marre de l’université. J’avais envie d’autre chose et je trouvais cela intéressant de parcourir le monde en bateau.” Il voyage avec Joachim Campe depuis quatre mois. “J’ai connu Monsieur Campe en faisant des recherches sur le Net, en allant sur le site findacrew.net. Avec lui, je suis allé en Thaïlande, à Sumatra, en Indonésie, à Rodrigues et à Maurice.”

Des enfants qui aiment la mer
“Heureusement pour moi, mes enfants ont toujours aimé la mer et aimé parcourir le monde avec moi. L’éducation n’a jamais été un problème. Comme moi, ils ont appris en écoutant les autres. Mon aîné, Sylvestre Campe, a suivi mes pas. Il est aujourd’hui réalisateur de films documentaires au Brésil. He is even better than me. Tous mes enfants vivent hors d’Allemagne, they are all inspired by me. Today, they are thankful to me.”