RENCONTRE—RAJKAMAL CHINTAMUNEE, CHANTEUR BHOJPURI : Sur un nouveau tempo

La musique et le chant, c’est une histoire de famille. Rajkamal chante souvent en duo avec sa fille Vivha

La phrase fétiche de Rajkamal Chintamunee est la suivante : “Si d’autres ont réussi, Kamal peut le faire aussi.” Il se la répète sans cesse quand il a un projet en tête. C’est à Triolet que Scope a rencontré cet ancien World Championship Disco dancer. Une chose est sûre : il n’a pas perdu le rythme. Aujourd’hui, c’est dans la peau d’un rappeur qu’il fait parler de lui. Avec les 42,000 vues de Kamkarwa, son dernier titre sur YouTube, et sa première place depuis deux mois au classement de Bhojpuri Dhamaka sur la MBC, Rajkamal Chintamunee est bien parti pour révolutionner la musique bhojpuri.
De nombreux cadres à photos retracent un à un les étapes de son parcours d’ancien danseur disco. Sans oublier les trophées ornant un meuble dans la pièce d’entrée. Rajkamal Chintamunee n’est pas un homme ordinaire, comme il voudrait nous le faire croire. Il suffit de lui laisser la parole pour s’apercevoir que cet habitant de Triolet ne fait jamais rien au hasard. “Je me donne toujours les chances et l’opportunité de faire les choses avec passion. Ma plus belle récompense est de toucher les gens autour de moi. Si je peux aussi proposer des trucs originaux, je ne recule devant rien pour aller au bout de mes projets.”

Toucher la jeune génération.
Le déclic pour le chant remonte à 2013, durant une longue période de convalescence suite à un accident de la route. Les semaines passées sur un lit d’hôpital “m’ont permis de voir l’unité des Mauriciens. Enn vre Morisien, kwrar mwa, li trouv dan lopital. Parski laba, pena kouler, pena relizion, pena ras. Dans la souffrance, nous pouvons compter l’un sur l’autre.” La plume de Brijlall Ramdin décrit cette expérience et Rajkamal Chintamunee décide de se lancer dans cette aventure de chanteur avec un premier titre, Aspatal. “Je voulais faire une musique bhojpuri différente de ce que nous avons pu entendre jusqu’à présent. Il fallait la remettre au goût du jour pour toucher la jeune génération, qui ne connaît pas grand-chose de cette partie de notre culture. La transmission est une chose importante, que nous avons trop tendance à négliger.”
L’audace lui a permis de se dépasser. D’abord, en faisant ses premiers pas dans le monde artistique dans une troupe théâtrale. Il découvre la danse durant son passage dans le circuit hôtelier, en exerçant comme bar cleaner à l’hôtel Trou aux Biches. “Les étrangers avaient une avance sur nous. Fan de Michael Jackson, de John Travolta, entre autres, j’ai commencé à reproduire les choses que je voyais, tout en y apportant mes propres idées.” Il fait montre de son talent lors des mariages.
Un jour, un de ses cousins lui annonce qu’il y a une compétition de danse organisée par Cocorico Malibu. Réticent au départ, Rajkamal Chintamunee finit par tenter l’aventure et se classe troisième. L’année suivante, il participe à nouveau, mais sans grand succès. En 1989, la chance lui sourit enfin. Il décroche son billet pour l’Angleterre, où se tient la compétition du World Disco Championship, qui réunit 52 pays. Il termine quatrième. À son retour, la reconnaissance n’est pas ce qu’il espérait. Cela ne l’empêche pas de poursuivre dans cette voie. “Je n’ai jamais entrepris des choses pour me faire un nom. Cela n’a jamais été dans mes intentions. Je garderai ce principe tout le temps. Mo pa kontan grander. Mo tou letan sa ti dimounn-la, mwa”.

Un nouveau chemin.
En 1994, il fait partie de ceux qui créent les Bhojpuri Boys. L’ancien disco dancer n’est pas peu fier d’être derrière la fameuse chorégraphie de Eh langaro. Une parenthèse de sa vie qu’il souhaite aujourd’hui mettre de côté, ainsi que quelques autres échecs et déceptions. “On ne réussit pas dans sa vie. Ce qui compte, c’est de se relever et prendre un nouveau chemin.”
À 52 ans, Rajkamal Chintamunee se déhanche sur d’autres tempos. Il s’est hissé parmi les chanteurs les plus populaires de bhojpuri à Maurice grâce à des titres tels que Hello Hello (qui a cartonné au hit-parade de Bhojpuri Top 5 de la MBC), Azadi, Jawani, Marjhoka, Bhojpuri Hamarmaa, ou récemment avec Kamkarwa, où il s’est mis au rap.
L’habitant de Triolet va de succès en succès, même s’il a choisi de ne pas faire de prestations lors des mariages et autres événements. “Se dimounn ki pe fer mwa gagn sikse. J’ai été surpris de voir que mon dernier clip a atteint plus de 42,000 vues sur YouTube.” De quoi l’encourager à persévérer et à mettre les bouchées doubles pour compléter Tu Yaad Awele, un nouveau titre qu’il annonce “aussi surprenant et novateur”.
Rajkamal Chintamunee est un autodidacte. “Je me laisse guider et inspirer par ma passion. Je n’ai rien appris, ni n’ai-je suivi des cours. Mo’nn aprann sa ar mo dada. Je suis né dans une famille très traditionnelle. Chaque matin, on devait réciter des prières. Nous le faisions souvent par le chant. J’ai dû développer ce don à cette époque, sans le savoir.”
Son objectif est “d’encourager d’autres à croire en leur talent. Surtout les jeunes. Je suis convaincu que seule la musique pourra unir le monde et qu’elle a la capacité de faire de nous de bons humains”.