FIROZ GHANTY

Une évolution fondée sur la survie Sujet de son environnement comme les autres espèces, l’Homme, un animal par essence, un mammifère de l’ordre des primates, pour survivre doit évoluer. Par nécessité donc, il développe la station verticale, l’intelligence, un langage articulé caractérisé par un cerveau volumineux et la conscience. Rien ne le prédestinait à survivre. Il aurait pu disparaître comme d’autres espèces, mais par sa capacité à s’adapter, par sa volonté de pouvoir, il réussit à se hisser au-dessus des autres en créant les conditions nécessaires à sa propagation exponentielle sur toute la planète.

De l’Etat Sauvage donc il avancera vers l’Homme tel qu’il est en ce XXIe siècle. Avec la Conscience, l’Homme se pense, perçoit son existence, celle de l’Autre et du monde extérieur. Il se fait Objet de sa Destinée, du But à atteindre, c’est-à-dire la suprématie absolue de l’Espèce sur tout ce qui l’entoure. Refusant de se concevoir simplement comme un des éléments qui composent un vaste Ensemble dans lequel il est inscrit a priori et de trouver une place aux côtés des autres éléments, il veut en être le Maître. Il ne peut assumer le Non-Sens de sa vie, de la Vie, de la Mort, la Finitude de l’existence individuelle. Pour se justifier et justifier son Existence, il s’octroie le devoir, la mission de domestiquer, de dompter, de soumettre, de contraindre, d’apprivoiser le monde et son environnement pour les rendre utilisables à sa soif insatiable de survivre et de tenter désespérément de se soustraire à sa Condition. Pour donner du sens à son existence il invente une Réalité Supérieure, Dieu, qui en retour lui confie cette responsabilité. Dès lors il peut s’abriter, se réfugier et se soumettre à ce prétexte inventé pour être moins seul, avoir moins peur de son inutilité et sévir sans contraintes. Il transfère l’autorité et la responsabilité de son Existence à cette Réalité Supérieure dont le Sommet de la Hiérarchie sociale tire son autorité. Il se croit le centre de l’Univers où il se place par sa vision égocentrée et étriquée. Il est la Progéniture des Dieux.

Au fil de son cheminement l’Homme malgré sa Nature Violente, sa Brutalité et sa Cruauté, craint la Mort qu’il tente de repousser par tous les moyens, faute de pouvoir l’éliminer, de la conjurer. Par la recherche médicale et scientifique il la repousse le plus loin possible; l’espérance de vie s’est améliorée. Mais pour l’amadouer et l’intégrer à la Vie il lui confère un caractère Sacré par la Tradition, la Coutume, le Rituel, le Cimetière. Il invente l’Héritage, la Réincarnation, la Rédemption, la Récompense, le Purgatoire, le Paradis, l’Enfer et toutes les constructions mentales et culturelles imaginables pour espérer se survivre à lui-même. Pour survivre donc, et assurer la pérennité de l’Espèce, il procrée et se projette dans sa progéniture, dans sa descendance croyant atteindre l’Infini. Il voudrait effacer cette seule Certitude que la Vie mène inéluctablement à la Mort. La Vie ce n’est que le Temps qui s’écoule entre Naître et Mourir.

La vie c’est le temps qu’on prend pour mourir et pendant lequel on s’arrange avec ce qu’on a, comme on peut, pour s’occuper. La Vie tue ! Codification de la violence Alors il s’organise en société divisée en classes sous la tutelle de l’Etat et instaure la Justice pour la codification de sa Violence qui, de son bras armé, réprime par la Punition, la Censure, la prison, la Peine de Mort, ceux qui refusent de courber l’Echine face à l’Autorité, à l’Ordre, au Pouvoir et à la Hiérarchie. L’Etat détient le monopole de la Violence. L’Etat, dont l’expression est le Gouvernement, est entendu ici comme l’ensemble des pouvoirs publics, l’appareil d’Etat avec ses agences et ses délégations de pouvoir. C’est aussi tous les modèles d’autorité politique, c’est-à-dire les superstructures au-dessus de l’immense majorité des populations que constituent les peuples, les nations. L’Etat, qu’importe sa forme ou son système de représentation et d’exercice de l’autorité, commençant par la chefferie pour ensuite se transformer en monarchie absolue, monarchie héréditaire, monarchie constitutionnelle, monarchie parlementaire, démocratie fédérale, démocratie parlementaire bourgeoise, république bourgeoise, multipartisme, parti unique, démocratie populaire, république populaire, dictature, régime militaire, etc., a pour vocation de maintenir la cohésion d’une population et de son territoire. Dans des temps reculés le monopole de la violence était détenu par le meneur de la meute, devenu chef tribal, puis chef de guerre, les évolutions sociétales feront du roi le dépositaire de ce pouvoir et comme en plus il détenait déjà le pouvoir de Droit Divin, rien ne pouvait le remettre en cause. Puis c’est à l’Etat que ce pouvoir est transmis, d’où les instruments de répression.

Salvador Dali, Prémonition de la guerre civile (1936

Cet ordre social représenté par les chefs politiques, les classes dirigeantes à qui le peuple cède le pouvoir, use de la Violence contre l’Autre, l’ennemi intérieur, le dissident, le révolté, le marginal. Fonctionnant sur les mêmes principes que le racisme, c’est-à-dire inférioriser l’Autre pour le soumettre ou le tuer, l’Etat dans ses diverses acceptions, le qualifie de Terroriste, de Psychopathe, de subversif, de menace à l’ordre. À l’intérieur, des lois limitent les libertés individuelles pour laisser libre court à l’exploitation des masses au seul bénéfice des classes qui détiennent le pouvoir réel. La Raison d’Etat, l’intérêt national, autorise à soumettre tout ce qui constitue un obstacle aux intérêts politico-économiques des classes dirigeantes dont il n’est que le vassal. L’Etat qualifie de subversion, de sédition, d’atteinte à sa sécurité tout ce qui tente de contrarier son autorité. Ce monopole de la violence est délégué aux Instruments de Répression de l’Etat que sont la police, la police politique, les renseignements, les troupes anti-émeutes, etc. C’est la violence de classe. Il existe d’autres expressions de la violence à l’intérieur des sociétés, celle de l’individu, telles l’homicide, le viol, les agressions diverses, la criminalité, etc.

Mais la plus marquante est la violence politique des masses exploitées qui aspirent à renverser le pouvoir en place, espérant construire une société moins oppressive. Cette violence-là – la violence révolutionnaire – est juste, mais elle finit toujours par reconstruire un Etat qui pratique la violence d’Etat à nouveau contre ses oppositions. À l’extérieur l’Etat s’arroge le droit de faire la guerre, d’user de la Violence. Violence qui s’exerce dans le cadre de Conventions Internationales imposées par les plus forts pour légitimer le Meurtre de Masse, l’Ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays pour faire main basse sur des ressources vitales pour sa survie. Dans des systèmes politico-religieux l’Autre est qualifié d’Incroyant, de Mécréant, en vue de fabriquer le prétexte moral pour l’assassiner. Généralisation du contrôle des individus et des masses L’Homme Moderne est la somme des expériences accumulées qui induisent les mutations biologiques qui lui permettent de s’adapter constamment. C’est ce concours de circonstances mécaniques de l’expérience, des mutations et d’adaptation récurrentes et cycliques qui poussent l’Homme à aller de plus en plus loin dans la maîtrise de son existence. Les avancées technologiques, scientifiques, médicales, etc., lui ont permis de construire des sociétés de plus en plus sécurisées, protégées des intempéries, des autres prédateurs, plus élaborées pour de meilleures conditions de vie, de sophistication, du confort pour de plus en plus de larges couches de populations. Il a inventé la politique, l’économie, l’information, la machine, l’industrie, la production de masse des biens de consommation, des services collectifs, etc., pour garantir sa survie, sa suprématie, son hégémonie, sa prédominance tyrannique et génétique sur tout le reste. Résumons, pour sa survie l’Homme s’est adapté, s’est métamorphosé biologiquement, a maîtrisé son environnement, a profondément modifié son mode de vie. La technologie supplée à de nombreuses tâches pénibles qui dispensent l’Homme d’une partie du labeur manuel. Quand nous parlons de l’Homme, nous devons préciser de manière catégorique que ce terme ne recouvre pas tous les hommes, parce qu’ils se distinguent en différentes populations, de cultures infiniment différentes et que l’évolution s’est faite de manière différente.

Ce qui nous amène à un constat irréfutable, l’Homme Occidental par son évolution spécifique s’est imposé en maîtrisant des techniques et des outils, même quand il ne les a inventées, mais se les a appropriées. Il a créé un modèle social qui lui convenait par nécessité, mais ce modèle, pour survivre, a besoin de s’étendre et de soumettre l’ensemble de ce qui constitue l’Espèce. « Chaque fois que les colonialistes nous invitent à une collaboration pour un progrès commun de nos peuples, ils ont une arrière-pensée d’arriver, avec le temps, de nous supplanter. » Cheikh Anta Diop – in Nations Nègres et Culture. Il a voulu imposer son système à la planète entière en tentant de détruire tous les autres modèles existant pour les supplanter. Il a quasiment réussi. Edouard Glissant parle de « … colonisation presque réussie… », – in Le Discours Antillais, à propos de la Martinique comme exemple type d’un processus de déculturation et de destruction psychologique. Il n’est nul besoin de revenir sur les monstruosités et les conséquences indéniables de ces Crimes contre l’Humanité que sont le colonialisme, l’esclavage, l’engagisme, le capitalisme et l’impérialisme.

Ce rappel de la Marche de l’Espèce, de l’Homme, de la Traversée du Temps et du Mouvement de l’Histoire pour en arriver au présent et interroger l’Homme Contemporain sur lui-même et son Devenir. Qu’est-ce qui a changé chez lui malgré son évolution depuis le primate ? Rien, si ce n’est la forme. En le regardant au fond des yeux on retrouve la Bête, le Prédateur, l’Être de Violence et de Pouvoir. Tout cela à la fois, par nécessité nous l’avons compris, mais cela n’empêche que dans les faits, l’Homme est le pur produit d’une propension génétique, du déterminisme originel de cette obsession de survivre à tout dans tout ce qu’il entreprend.

À SUIVRE ………………………