Par : ALAIN JEANNOT

Depuis 2008, je célèbre la Journée internationale de la Non-violence à travers une activité sensibilisatrice bénévole mais cette année, je l’ai combinée à la Journée des personnes âgées célébrée la veille. Un atelier de travail, au cours duquel la sécurité de nos aînés était abordée, fut organisé. Il faut dire qu’avec plus de 900 cas de maltraitance enregistrés par an, cette forme de violence ne pouvait être réduite sous silence.
Les exigences de nos emplois du temps nous ayant privés de moments privilégiés, ma femme et moi décidâmes de déjeuner en tête à tête à Rivière-Noire en ce 2 octobre. Ces instants de partage étaient certes agréables mais j’avais toujours dans un coin de la tête cette idée qu’il fallait conscientiser pour cette journée de la non-violence. Comment allais-je réconcilier cette sortie avec mes aspirations philanthropiques ? La réponse me vint au retour lorsque nous abordâmes les Salines de Tamarin.
Comme la journée de la non-violence est associée à l’anniversaire de la naissance de Mahatma Gandhi, l’idée de faire une vidéo sur la fameuse Marche du sel de Gandhi me vint lorsque je vis les petits monticules de sel blanc se défiler devant moi par ce temps radieux. C’est dire que le fruit ne tombe jamais très loin de l’arbre !
« Moi, je vais m’arrêter là pour faire une vidéo dans le cadre de la journée de la non-violence », fis-je à ma femme. Habituée à mes imprévus, elle esquissa un sourire et se prêta au rôle de cameraman. Je mis de l’ordre dans mes idées et nous nous dirigeâmes à l’intérieur des Salines, après avoir pris permission avec une gentille préposée.
En quelques minutes, je fis mon exposé sous le cadrage expert de ma dulcinée avec les pittoresques salines en toile de fond. Là, je brossai le tableau de cette fameuse marche du sel long d’un peu moins de 400 kilomètres que Gandhi entreprit avec quelques amis d’Ahmedabad, rassemblant en cours de route des milliers de sympathisants pour défier l’injuste taxe sur le sel des Britanniques en ramassant symboliquement du sel sur les plages de Dandi. Tout s’était fait sans aucune violence et sans répondre à la violence des autorités.
Je brossai ensuite un tableau peu reluisant de nos rapports avec la violence, évoquant les quelque 13 000 agressions que nous enregistrons par an, les 30% d’élèves qui se battent à l’école et les cas de maltraitance envers les personnes âgées.
En conclusion, je sollicitai une valorisation de la non-violence comme méthode efficace pour résoudre les conflits à l’exemple de Gandhi qui a su, à travers ce moyen, contribuer à extirper l’Inde des griffes coloniales.
En 3 minutes et 20 secondes, le tour était joué et je me sentais soulagé. Aussitôt qu’elle fut postée sur Facebook, la vidéo fit affoler les compteurs. En quatre jours, elle récolta 10 870 vues, plus de 300 likes, 130 commentaires et fut partagée plus de 60 fois ; chose rare pour une vidéo didactique, mais nos paysages sont accrocheurs !
Cependant, certaines réactions sectaires exprimées  dans les commentaires me firent mal au cœur, car elles illustrent, malgré la riche moisson d’appréciations, l’étendue de chantier à entreprendre surtout qu’elles ont été formulées par les jeunes !
À l’aube des élections, prions pour que la violence soit dévalorisée, reléguée à la place qu’elle mérite, faisons du respect de l’adversaire et du débat d’idées nos fers de lance. Ainsi, nous rendrons un juste hommage aux hommes, comme Gandhi, qui se sont sacrifiés pour la liberté de l’humanité auquel participe le suffrage universel. Car la non-violence se célèbre tous les jours de l’année, et non en une journée, à l’issue d’un déjeuner…