Devant la multitude de dossiers touchant à la gestion des affaires sous le précédent gouvernement ou autres scandales financiers, qui ont fait l’objet d’enquête du Central CID sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi, au moins trois devront continuer à monopoliser l’attention au cours de la nouvelle année. Si l’on fait exception du bras de fer engagé entre le gouvernement et l’Office of the Director of Public Prosecutions avec une enquête de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) toujours pending contre le DPP, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, l’opération Lakaz Lerwa Lion avec comme principal protagoniste l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam, les séquelles du méga-scandale financier du siècle de MedPoint sur l’avenir politique du leader du MSM, Pravind Jugnauth, et l’opération Daylight Robbery confirmant sans aucun doute l’écroulement de l’empire BAI sous le poids d’un Ponzi Scheme, évalué à Rs 25 milliards par la Banque de Maurice, devront connaître des rebondissements même si le dénouement dans ces affaires n’est pas pour demain.
Le dénominateur commun de ce triptyque n’est nul autre que le charisme des protagonistes, notamment Navin Ramgoolam, le premier chef de gouvernement mauricien à avoir passé deux nuits en cellule policière, avec déjà 12 charges provisoires pour divers délits, dont blanchiment de fonds, et qui fait l’objet d’enquête de la part de la National Crime Agency de Grande-Bretagne. Puis, il y a le cas de Pravind Jugnauth, ministre trouvé coupable de conflit d’intérêts dans le scandale MedPoint et condamné à une peine de douze mois de prison ferme. Finalement, le Chairman Emeritus de BAI, Dawood Rawat, « who has always rubbed shoulders » avec les plus puissants et été décoré de la Légion d’honneur de la République française, ayant trouvé refuge à Paris pour éviter une arrestation dans le Ponzi à Rs 25 milliards. Tout un chacun de ces trois a un intérêt primordial à se faire blanchir dans les meilleurs délais.
Néanmoins, dans l’immédiat, Navin Ramgoolam doit toujours être hanté par le poids écrasant des coffres-forts avec des billets de banque, dont Rs 110 millions sous forme de never-used Dollar notes avec des numéros de série consécutifs. Le mystère de ces Rs 220 millions, sans compter une autre somme de Rs 4 millions, retrouvées dans des enveloppes, demeure encore entier. Le principal concerné maintient que ces coupures bancaires, locales aussi bien qu’étrangères, ont été amassées de manière légitime, principalement le Per Diem de l’ancien chef du gouvernement.
Dans le camp des enquêteurs de la police, un éventuel rapport du Federal Bureau of Investigation (FBI) américain sur la provenance de ces coupures de 100 dollars US depuis la Reserve Bank des États-Unis constitue la Trump card pour déjouer la défense de Navin Ramgoolam. À bientôt dix mois depuis la découverte du jackpot de River Walk, très peu d’indications sont disponibles quant à l’existence de ce forensic report.
Des bribes d’informations avancent que cette cargaison de coupures de dollars US avait transité par un important pays européen avant d’atterrir dans les coffres de River Walk. Le canal diplomatique devra être activé sous forme de legal mutual assistance pour compléter le last leg du trajet emprunté.
À ce jour, la question qui se pose est si le Central CID était déjà sur la piste des Rs 220 millions en coupures mauriciennes et en dollars américains quand il a mis à exécution le mandat d’arrêt contre Navin Ramgoolam dans l’après-midi de ce fatidique vendredi 6 février. Un premier point à noter est que les opérations de la police ont connu un coup d’accélérateur au cours de la première semaine de février avec la nouvelle d’un éventuel déplacement de Navin Ramgoolam au Nigeria. Il avait été invité par les Américains à faire partie d’une mission d’observateurs.
Après l’épisode de l’arrestation à la rue Desforges en fin de journée, Navin Ramgoolam a dû affronter à partir de 21 h, ce même vendredi, l’épreuve de sa carrière politique, à savoir la perquisition de sa résidence. La Special Squad du Central CID, munie d’un mandat formel, allait passer au peigne fin chaque pièce de la résidence. « Koumadir zot ti kone ki zot ti pe al rode », confie une source, qui rappelle que même sans avoir ouvert les coffres-forts saisis, le CID avait inscrit le montant de Rs 200 millions dans la charge provisoire logée devant la Bail and Remand Court le samedi 7 février.
Une indication que le tip-off à la police était un banker. Mais qui était l’auteur de cette information qui allait mettre Navin Ramgoolam littéralement K.-O. sur le plan politique ? Toutes les spéculations sont permises dans la conjoncture. Force est de constater que les coffres-forts encastrés dans le mur de la chambre, communément appelée garde-robes, ne furent découverts qu’après minuit, soit après trois heures de fouilles. « Dans sa lasam-la nek ti ena soulie ek kostim Navin », ajoutent ces mêmes sources.
Des 12 charges provisoires logées contre l’ancien Premier ministre, le volet consacré aux Rs 220 millions + Rs 4 millions pèse de tout son poids que ce soit sur la carrière politique du leader du Parti travailliste aussi bien qu’au QG du Central CID même si les commissions de Rs 100 millions de la Mauritius Duty Free Paradise présentent aussi des attraits particuliers.
De son côté, le leader du MSM joue également son va-tout en matière de cheminement politique. Le dauphin de sir Anerood Jugnauth au poste de Premier ministre du gouvernement de Lalyans Lepep se rappellera encore longtemps de ce mardi 30 juin 2015. Les magistrats Niroshni Ramsoondar et Azam Neerooa, siégeant en Cour intermédiaire dans le procès de l’acquisition de la clinique MedPoint au prix de Rs 144 millions, avaient arrêté son ascension aux plus hautes fonctions à l’hôtel du gouvernement.
Condamné à douze mois de prison, Pravind Jugnauth a été forcé de soumettre sa démission en tant que ministre alors que le plan au Sun Trust était qu’après ce 30 juin, sir Anerood allait step down pour faire de la place à son fils. Le prochain rendez-vous a été fixé aux 11 et 12 janvier prochains, pour l’appel interjeté contre la condamnation.
Le leader du MSM sait au fond de lui-même qu’il joue gros avec l’appel devant la Cour suprême. Dans le scénario où le jugement de la Cour intermédiaire serait renversé, il n’est pas dit que le DPP, se prévalant d’un avis d’appel au Privy Council, puisse faire durer le suspense. Le ton de ses récentes déclarations lors de ses différentes sorties publiques confirme cette disposition, surtout celle invitant le DPP à être présent lors des procédures d’appel. Par ailleurs, la confirmation du jugement devrait relancer des permutations sur le plan politique, d’abord au sein du MSM et en parallèle sur le plan national, comme pour dire que la date du jugement en appel s’avérera être une étape cruciale dans la vie de la cité et à suivre avec un intérêt redoublé.
En tout cas dans l’affaire de l’opération Daylight Robbery, les Forensic Auditors de Singapour nTan Corporate Advisory Services Pte Ltd devraient mettre bientôt toutes les parties d’accord sur les dessous et ramifications du BAI Ponzi Scheme à Rs 25 milliards. En cette fin d’année, soit après sept mois, la Banque de Maurice est en stand-by mode pour accuser réception d’un complete interim report sur les détournements de fonds attribués au clan Dawood Rawat. Ce document assume une importance capitale dans le cadre de l’arbitrage avec des réclamations de Rs 35 milliards de Dawood Rawat.
Des sources autorisées avancent que le rapport du tandem Nicky Tan et Michael Martin viendra complémenter de manière catégorique les findings des experts-comptables de KPMG en date du 29 mars 2010 à l’effet que l’empire Rawat était déjà banqueroute depuis 2009 et tout ce qui a été combiné subséquemment au sein du conglomérat ne se résumait qu’à une opération de camouflage, qui a débuté avec les découverts bancaires fictifs de Rs 3,6 milliards par la Banque des Mascareignes peu avant 16 h le 31 décembre 2009 en vue d’une des plus célèbres opérations de window-dressing du monde des affaires.
Une autre date difficile pour Dawood Rawat et des membres de sa famille, habitués à du jet-setting privé, est le 5 octobre 2015. Ce jour-là, l’ancienne Managing Director de la Banque des Mascareignes Nelly Jirari, celle qui détient les cartes de l’opération illicite du 31 décembre 2009, était interpellée par une escouade par l’ASP Dyall, lors d’un transit au Holiday Inn à destination de la Malaisie…