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Réussir la transition historique

Trêve de nombrilisme ! Nous avons intérêt à ne jamais oublier que nous évoluons dans un environnement mondialisé qui pèse plus que jamais sur notre devenir, le devenir mauricien.
La planète Terre vit une période de méga-transition historique qui va mettre fin à près de cinq siècles de domination occidentale. Ce processus est irréversible et multidimensionnel - politique, économique, militaire, culturel. A travers le monde, en bonne intelligence, les têtes pensantes sont en train d'intégrer cette donnée fondamentale dans toute réflexion - action stratégique pour fixer les orientations concernant l'avenir de leurs entreprises, de leurs pays, de leurs régions respectifs. Est-ce qu'à Maurice nous avons pris pleinement la mesure et jaugé la portée de cette transition, et saisi sa signification profonde ? Si l'on se fie aux multiples références à ce phénomène dans le discours des représentants de nos élites politiques et économiques, on pourrait conclure positivement. Mais quand on sait que trop souvent nos élites tombent dans le travers de « geste touye connaissance », quand elles ne voient pas « plis ki zot bout nene », il ne faut rien prendre pour acquis. Il y a un besoin d'une réelle compréhension de la transition méga-historique en cours.
Concrètement pour l'économie mauricienne, cette transition se traduit par une stratégie de diversification de nos marchés tant pour les exportations que pour nos importations. Le secteur où cela se fait le plus sentir est le tourisme avec le télescopage des conséquences de la crise dans la zone euro et l'émergence de nouveaux marchés tels la Chine, l'Inde et la Russie. Il nous faut changer la structure de notre commerce extérieur - importations et exportations -, héritage de notre passé colonial. Cette transition va nécessiter des changements dans plusieurs domaines. S'ils ne vont pas s'opérer overnight, ils sont toutefois incontournables.

« Pourquoi la France va faire faillite »

Par conséquent, il faut tout mettre en œuvre en termes de réflexion et de logistique pour développer une stratégie gagnante dans les meilleurs délais et les meilleures conditions en sachant que les impératifs de compétitivité et de productivité restent les mêmes. Dans le nouvel ordre économique qui se met en place, la guerre pour les ressources va s'intensifier. Ouvrons une parenthèse pour citer Simone Wapler, qui, sur ce point précis de la nature du nouvel équilibre mondial qui se met en place, donne un éclairage intéressant dans son livre, « Pourquoi la France va faire faillite » : « L'ancien équilibre mondial s'organisait de la façon suivante : des pauvres produisaient à bas coût ce que les riches achetaient à crédit. Au lieu de dépenser leur argent durement gagné, de réclamer des vacances, des RTT, une couverture sociale, une assurance maladie, les pauvres se sont acharnés à épargner. De cette façon, ils pouvaient faire crédit aux riches. Comme les pauvres épargnaient plus vite que les riches ne s'endettaient, les taux d'intérêt baissaient, le crédit ne coûtait pas cher et les riches avaient l'impression de rester riches. C'était une situation absurde, puisque les pauvres faisaient crédit aux riches. Cependant, peu de gens trouvaient grand-chose à redire à cet équilibre mondial. Aux pays dits émergents, les cheminées d'usine et le sale boulot d'extraction et de transformation de matières premières. Aux pays développés, les nobles besognes de conception et les raffinements de l'industrie des services avec, au sommet de la pyramide hiérarchique, l'industrie financière. Jusqu'au jour où tout a basculé, d'abord aux États-Unis. »
Dans un environnement économique où les entreprises et les pays auront de plus en plus à se battre pour les parts de marchés dans tous les secteurs d'activités, il va de soi qu'il faut mobiliser toutes les ressources, intelligences et logistiques pour réussir. Dans cette mobilisation, Maurice dispose de nombreux atouts pour saisir toutes les opportunités qu'offre cette transition. Il importe d'en prendre pleinement conscience, de les identifier et de les exploiter au service du développement socio-économique. Maurice est l'exemple même d'un pays qui s'est développé sans être pourvu de richesses naturelles, portant ainsi à son paroxysme, ce dicton selon lequel il n'y a de richesses que d'hommes. Le premier des atouts dont nous disposons est notre peuplement, avec l'apport successif de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie - Inde et Chine -, sans compter tout le métissage qui a eu lieu pendant près de trois siècles pour donner naissance à l'homo mauricianus.

Au-delà des batailles d'arrière-garde

Le deuxième atout est notre ouverture d'esprit. Si avec raison nous nous inquiétons des dynamiques mortifères animées par des idéologies sectaires qui menacent notre société, si jusqu'à maintenant il y a encore des groupes qui se croient plus mauriciens que d'autres, si de trop nombreux de nos concitoyens continuent de se nourrir de préjugés et de stéréotypes sur les communautés et sous communautés, le fait dominant qui a été à la base de la réussite de notre société jusqu'ici a été et reste l'ouverture sur les autres et sur le monde. Si notre passé colonial - fonctionnant sur le mode dominant/dominé au plan culturel - nous a exposé à la philosophie et la sensibilité occidentales, le moment est venu de dépasser le blocage culturel existant pour nous enrichir de ce qui vient de l'Orient et de l'Afrique. Qu'on en finisse avec des complexes de supériorité et d'infériorité pour découvrir les richesses, la sensibilité et les valeurs des cultures et des civilisations autres que celles de l'Occident. De grâce ouvrons l'œil et l'esprit pour ne pas gaspiller notre intelligence dans des batailles d'arrière-garde.
Dans un passé récent, il y a eu des initiatives pour anticiper et préparer l'avenir, à l'exemple du fameux National Long-Term Perspective Study de 1997, plus connu comme « Vision 2020 ». En cette année où l'on célèbre les 45 ans de notre indépendance, ne serait-il pas intelligent d'instituer un think tank multidisciplinaire pour réfléchir sur la problématique vitale de comment réussir la transition ?