Commentant les recommandations du National Remuneration Board (NRB) dans le cadre de la révision de 14 Remuneration Regulations pour les travailleurs touchant un salaire mensuel de moins de Rs 6 500, la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), par la voix de son secrétaire Reeaz Chuttoo, estime que celles-ci constituent « un recul pour les travailleurs ». Il s’insurge contre le fait que le NRB évoque, pour la première fois de son histoire, la « capacity to pay » des entreprises, alors que cette institution a un mandat pour recommander des « salaires minimum », dans le cadre des accords collectifs.
« Si nous pouvons que nous réjouir que le salaire de base de quelque 100 000 travailleurs de Maurice sera augmenté au-delà de Rs 6 500, nous ne pouvons que nous indigner que, pour la toute première fois de son histoire, le NRB évoque dans une de ses recommandations la “capacity to pay” des entreprises, oubliant qu’il est mandaté pour proposer des salaires strictement minimums, c’est-à-dire des salaires de survie, sujets à une augmentation dans le cadre des accords collectifs là où c’est possible parce que les travailleurs sont syndiqués », explique, dans une déclaration au Mauricien, le secrétaire de la CTSP, Reeaz Chuttoo. « C’est un recul pour les travailleurs concernés ! » s’indigne-t-il.
En effet, à la page 8 de son rapport, le NRB cite les principes sur lesquels il s’est basé pour déterminer les salaires qu’il a proposés dans ces 14 secteurs d’activité. Il a évoqué notamment la nécessité de promouvoir le travail et une vie décente, celle d’augmenter le taux de la croissance économique, de protéger l’emploi et d’offrir davantage d’opportunités d’emplois, de même que celle de préserver et de promouvoir la compétitivité des producteurs locaux sur les marchés étrangers, la capacité des entreprises de payer ces augmentations de salaire (« the capacity to pay of enterprises ») et la nécessité d’établir et de maintenir des différences raisonnables dans la façon de récompenser les diverses catégories de compétences et de niveaux de responsabilités.
Reeaz Chuttoo se dit « d’autant plus indigné » que le principe de la « capacity to pay of enterprises » a « depuis toujours été le cheval de bataille » des employeurs. « Dans le cadre de la révision de ces 14 Remuneration Regulations, le patronat, représenté par Business Mauritius, n’a déposé aucun mémorandum ni fait aucune proposition, mais voilà que c’est le NRB qui fait sienne la principale proposition des patrons », s’offusque-t-il.
Le syndicaliste estime que quand le NRB vient lui-même faire des recommandations de salaires minimums et évoque, en même temps, le principe de la capacité des entreprises à payer, cette institution « ouvre un boulevard pour inciter certains patrons à saisir ce prétexte pour ne pas payer ». Il reprend : « C’est d’autant plus grave que, malgré cette augmentation de salaire que le NRB recommande, la majorité de ces travailleurs toucheront toujours un salaire de base en dessous du seuil de pauvreté, estimé en 2012 à Rs 8 400. »
« Cependant, nous ne perdons pas espoir, car selon la loi, le NRB fait ses recommandations au ministre du Travail et c’est le ministre qui a le dernier mot. Les travailleurs du pays comptent sur le ministre Callichurn, qui a jusqu’ici démontré sa capacité à écouter les travailleurs, pour rectifier ce dérapage du NRB et éliminer ce principe de “capacity to pay” », espère Reeaz Chuttoo.