RITA VENKATASAWMY, Ombudsperson pour les enfants : Je ne crois pas que les Mauriciens doivent connaître la vie privée d’un enfant

À propos du fils de la victime: «Il est encadré et protégé. La CDU a bien géré le cas. L’enfant a participé aux décisions qui le concernent”

Le meurtre de l’Écossaise Janice Farman, largement médiatisé, a bouleversé tout le pays car son fils de 10 ans a été témoin de la scène. L’Ombudsperson pour les enfants, Rita Venkatasawmy, n’a pas apprécié la publication des détails révélant la vie privée du jeune garçon et en a fait part aux médias. Il nous revient que l’avocate des enfants n’a pas souri, non plus, lorsqu’elle a lu l’intervention d’une Organisation non-gouvernementale (ONG) qui a aussi commenté cette affaire. Rita Venkatasawmy nous explique pourquoi elle a appelé certaines rédactions en début de cette semaine.

Au lendemain du meurtre de l’Écossaise Janice Farman, vous avez téléphoné à des rédactions pour leur dire, voire leur reprocher, d’avoir été trop loin à propos du fils de la victime. Qu’est-ce qui vous a déplu?
C’est un mineur qui vit un traumatisme après le décès de sa mère. Je pense que ce n’était pas et ce n’est toujours pas le moment de donner des détails sur la vie privée de cet enfant, le profil de sa mère biologique, son adoption… À ce stade, il n’est pas important de le faire. D’ailleurs, je ne sais pas si lui-même, il est au courant d’être un enfant adopté. D’autant que j’ai cru comprendre que c’est un enfant qui communique et ces informations peuvent remonter jusqu’à lui. Ajouté au traumatisme qu’il vit, il doit aussi prendre conscience de toutes ces informations. Nous devons protéger cet enfant, comme n’importe quel enfant d’ailleurs, il a droit à une vie privée et ce droit fondamental doit être respecté (…)
Je n’ai pas fait la leçon à ces rédactions. Je leur ai dit qu’elles doivent protéger la vie privée de ce garçon tel que stipulé dans la Convention des Droits de l’enfant. Et moi, en tant que défenseur des droits de l’enfant, il m’incombe la responsabilité de les faire respecter.

Il ne faut pas oublier, non plus, que le drame vécu par la mère biologique avait été médiatisé à l’époque…
Oui, mais ce n’était pas nécessaire de le rappeler dans de telles circonstances. Le contexte, actuellement, est particulier. Il est traumatisant pour un mineur.

En faisant référence à la mère biologique, la presse n’a fait que rapporter les faits.
Des faits qui concernent un mineur. Quelle est l’utilité publique de rapporter ces faits dans ce contexte-là? Je ne crois pas que les Mauriciens doivent connaître la vie privée d’un enfant (…) Par ailleurs, je considère la presse comme un partenaire privilégié avec lequel je travaille et sur lequel je compte pour avoir des informations. Dès fois, en matière des droits de l’enfant, la presse est même plus rapide que mon bureau! Cela doit être souligné. Mais dans certains cas qui concernent des mineurs, là je dis attention! Attention aux photos à visage découvert. Le fils de Janice Farman devra continuer sa vie et il faut lui donner toutes ses chances, même s’il apprendra tout cela car nous vivons dans une petite société où tout se sait. Mais dans ce contexte précis où il y a eu meurtre de sa mère, il faut faire attention.
La plupart des médias essayent de protéger les droits de l’enfant. Toutefois, dans le feu de l’action, des choses qui ne devraient pas être dites le sont. Mon rôle est alors de rappeler qu’un enfant a droit à une vie privée.

Quelles seront les conséquences des publications sur le fils de Janice Farman?
Les Mauriciens lisent beaucoup ce qui est dit dans les médias. Il est possible que cet enfant ne connaisse pas l’histoire de sa vie, il y a le risque qu’il l’apprenne de manière brutale. Je ne suis pas pour une adoption où l’enfant ne connaît pas ses origines. Mais il y a une façon de le faire. Je crois que sa mère qui l’a adopté a dû prendre toutes les précautions possibles pour protéger cet enfant. Voilà qu’il se retrouve subitement seul. Qu’il apprenne son histoire par d’autres sera dur pour lui.

Comment se porte le petit garçon?
Il est bien encadré et protégé. Je dois dire que la Child Development Unit (CDU) a bien géré le cas de cet enfant. On lui a donné le droit de participer aux décisions qui le concernent. Son droit à la parole a été respecté, et cela est très rassurant. Il a aussi le soutien psychologique de l’État mauricien. À partir de là, comment les choses évolueront pour lui, où sera-t-il, je ne peux commenter dessus, car il participe encore à l’enquête policière.

Est-ce que les services de l’enfance sont en mesure de prendre en charge ce genre de victime?
Le verre set à moitié rempli! At least, we have shelters in the country où les victimes peuvent trouver un abri après l’émission d’un Emergency Protection Order. Mais on sait très bien que les services proposés par les shelters doivent être améliorés de manière générale pour la bonne et simple raison qu’un enfant traumatisé doit bénéficier d’un encadrement individualisé. Mon discours ne changera pas. Un enfant qui vivait une relation privilégiée avec une maman dans une famille où il était le roi se retrouve du jour au lendemain dans une maison d’enfants… Je ne crois pas qu’un shelter où il y a plus de dix enfants soit l’endroit idéal pour lui. Il faut faire avec les mauvaises cartes, que voulez-vous? Je sais que le ministère déploie des efforts pour mettre en place les Foster Care Families et j’ose espérer que les choses bougeront.

Qu’en est-il de la prise en charge des enfants qui sont témoins de la violence domestique dont leurs mères sont victimes?
Il faudrait une approche thérapeutique individualisée. Mais je crois que ni l’État mauricien ni un autre État ailleurs n’ont les moyens pour traiter ces cas individuellement. Dans certains cas, le soutien psychologique est difficile à traiter. Il faudrait soutenir les psychologues privés pour qu’il puissent venir en aide aux enfants. Nous avons besoin davantage de thérapeutes et de cellules sociales pour pouvoir procéder au cas par cas. Ceci dit, nous avons la CDU et ça vaut ce que ça vaut, mais elle est là. Avec le peu de moyens dont elle dispose, elle ne peut pas traiter tous les cas, mais elle fait ce qu’elle peut. Il n’y a pas que l’État qui résoudra la problématique. Il ne faudrait pas, non plus, minimiser le travail extraordinaire que font les ONG. Si on leur donne les moyens, dont le fameux CSR (ndlr: Corporate Social Responsibility), elles feront un travail encore plus formidable!


DROP-IN-CENTRE : La MFPWA en quête d’argent pour construire un bâtiment
La Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA) dit attendre toujours la manne financière qui lui permettra de construire un nouveau Drop-in-Center. Le bâtiment qui abritait ses services auprès des enfants victimes d’abus sexuels, à Bell-Village, est complètement délabré. La structure a subi des dommages pendant les inondations de 2013. Depuis, c’est dans son bureau à Port-Louis que l’association accueille les enfants qui lui sont référés par le ministère de l’Égalité des Genres. Par ailleurs, la MFPWA, qui avait manifesté son intérêt à gérer le shelter Oasis du même ministère et qui avait été retenue après un exercice d’appel d’offres, s’est désistée en toute discrétion l’année dernière. Il a fallu deux exercices d’appel d’offres, local et international, pour trouver une ONG disposée à gérer ce shelter. Face au désintérêt flagrant des ONG locales, la MFPWA a finalement décroché le contrat. Inauguré en 2014, le shelter est opérationnel depuis l’année dernière. Vidya Charan, la directrice de la MFPWA, explique que le conseil d’administration du shelter n’étant jamais constant, son organisme a préféré se retirer. Il échoue au National Children’s Council de gérer Oasis.


INFANTICIDE À CAMP-LEVIEUX : Un crime qui interpelle sur l’urgence de prévention de la grossesse précoce
Le pays s’est réveillé, vendredi dernier, en apprenant qu’une jeune fille de 17 ans a étranglé son bébé de 3 mois. Elle avait l’habitude de frapper le nourrisson surtout après les disputes avec le père de l’enfant. La mère est une adolescente déscolarisée trop tôt qui n’a pu être encadrée dans sa cellule familiale. Mais coupable d’un infanticide, elle sera sanctionnée selon les provisions de la loi. Le cas de cette jeune fille est loin de n’être qu’une affaire criminelle. D’une part, il doit interpeller sur la grossesse précoce essentiellement dans des milieux touchés par la précarité économique. Qui dit grossesse précoce, dit aussi activité sexuelle précoce… et toutes les conséquences que des relations sexuelles non-protégées peuvent entraîner. La grossesse précoce en milieu défavorisé est une problématique urgente. D’autant que les géniteurs sont, bien souvent, des adultes. D’autre part, le cas de cette jeune fille doit attirer l’attention sur la prise en charge sociale et psychologique qui doit être proposée à tout mineur se retrouvant dans une situation où il est en conflit avec la loi, où il est appelé à répondre de ses actes et écoper d’une sanction. Dans un contexte où des mineurs sont régulièrement impliqués dans des délits, sont témoins de violence, il serait impératif de renforcer la politique d’encadrement pour ces derniers. “L’encadrement pour cette jeune fille ou n’importe quel mineur qui se retrouve dans une situation difficile est une action thérapeutique individualisée à intervalle régulier. On a tendance à encadrer un mineur lorsqu’il a un problème et puis on l’oublie. Il n’y a pas une constance dans notre travail. C’est là ou le bât blesse. Pour le moment, on procède au cas par cas. Et c’est la panique à bord du bateau! Ce qu’il faudrait, c’est l’action réfléchie”, commente Rita Venkatasawmy, Ombudsperson pour les enfants. Pour cette dernière, parlant de la jeune fille, “sa place est dans un environnement qui la protégera.” Et d’avancer que le placement devient une option si une famille n’est pas en mesure de pourvoir un environnement sécurisé à un mineur en situation de conflit avec la loi. Toutefois, dit-elle, “nous ne voulons pas, non plus, d’une société anarchique où les mineurs font ce qu’ils veulent!”