Rodrigues et la contribution de Sir Gaëtan Duval QC


“The fault, dear Brutus, is not in our stars,
But in ourselves, that we are underlings.
Brutus and Caesar: what should be in that Caesar?
Why should that name be sounded more than yours?”
Julius Caesar: Act 1 sc. II.              


Le régime au pouvoir à Rodrigues veut désavouer la contribution de Sir Gaëtan Duval QC, dans l’histoire de cette île. Il a donc voté une motion à son assemblée afin d’enlever le nom du Tribun au fronton de l’aéroport de l’endroit. En droit ce fut une perte de temps car l’Assemblée Régionale ne détient pas la prérogative dont la motion fut l’objet. C’est donc très étonnant qu’un corps constitué débatte d’une chose sur laquelle il n’a pas le contrôle. Le point aurait dû être pris que la motion était irrecevable. Le droit cède au politique. Je vais démontrer que ce dernier décède. Dans les faits, cependant et en démocratie, comment accepter une telle prise de position sans répliquer ! Je le fais au nom du souvenir de mon ami.
Si Rodrigues figure sur la carte électorale du pays aujourd’hui, si ses habitants peuvent voter, ses représentants arguer à l’Assemblée tant Nationale que Régionale, c’est grâce à l’action que menèrent en Cour Suprême Jules Koenig QC et Gaëtan Duval en 1967 dans l’affaire Roussety v. l’Attorney General d’alors. Que se passa-t-il ?
En 1959 et 1963 l’île Rodrigues fut exclue du paysage politique de Maurice lors des scrutins nationaux. Ses habitants ne purent donc voter. Koenig QC, Duval, D’Unienville et Oozeerally du PMSD décidèrent de porter l’affaire en Cour pour déterminer si cette omission n’avait pas des conséquences sur le plan constitutionnel. À la Cour de déterminer, demandèrent-ils, si les Corps Législatifs et les Conseils des Ministres créés suite aux élections précitées n’étaient pas illégaux. Bénéficiant de l’aide d’un Ordre en Conseil de La Reine du 22 décembre 1966 qui édictait que ces élections étaient censées avoir eu lieu selon la loi, l’État, Garrioch aidant, se tira d’affaire. Deus ex machina ! Mais la Cour dit quand même qu’elles étaient nulles, ces élections. Dès lors le droit au vote des habitants de Rodrigues fut reconnu.
Les liens entre Sir Gaëtan et Rodrigues se resserrèrent. En hommage à sa contribution au développement de l’île, son indéfectible amitié pour ses habitants, son nom, après son décès, fut donné à l’aéroport de l’endroit.
Croyant effacer son image de Rodrigues, le parti susdit essaie d’enlever son nom comme appellation de l’aéroport.
Le vote est passé, le ton donné car il semble faire partie de bonnes mœurs politiques des votants d’invoquer l’oubli.
Ce geste antipatriotique met le masque de l’obscurité sur une partie du territoire mauricien. Il nous renvoie à des moments de repli identitaire contraire à la Constitution.
Cette dernière à la section 3 dit ceci :
  « Il est reconnu et proclamé qu’il a existé et qu’il continue d’exister à Maurice, sans discrimination à raison de la race, du lieu d’origine, des opinions politiques…mais dans le respect des droits et libertés d’autrui et de l’intérêt public
(b) la liberté d’expression. »
Ce vote à l’Assemblée Régionale, une liberté d’expression, me semble discriminer contre l’opinion politique de Sir Gaëtan, contre son lieu d’origine.
L’Assemblée Régionale créée par le chapitre V1A de la Constitution détient des pouvoirs spécifiques édictés dans la section 75B notamment : « le pouvoir de proposer et d’adopter des projets de loi en relation des affaires pour lesquelles elle est responsable »  et aussi : « faire des règlements… »
La motion en question ne saurait être comprise dans ces pouvoirs.
En politique cette initiative à L’Assemblée Régionale visait probablement à démontrer que les Rodriguais ne devaient rien à quiconque venant de Maurice. Elle est contre-productive parce qu’au lieu d’effacer elle ravive la mémoire de SGD et l’engrange mieux dans l’esprit des jeunes qui doivent se demander : «  Mais pourquoi effacer son nom ? Qui fut-il vraiment ? » Ils chercheront et trouveront.
Le PMSD ne pouvait espérer meilleure arme d’autre part ! Il est dans l’opposition et voilà qu’une tierce partie dénigre la mémoire de son leader historique. Cette tierce partie veut absolument que son allié Mauricien suive son sillage pour donner du poids et de la loi à sa motion vengeresse. Si le Mauricien le fait il émet un terrible coup de tonnerre à l’égard de tous ces patriotes d’ici et d’ailleurs qui reconnaissent la qualité hors normes de l’apport de Sir Gaëtan à la nation. Autant enlever son effigie des billets de banque ou sa statue des places publiques. Si l’allié mauricien se tait, le parti de Rodrigues aura bonne mine, bougie à la main avec sa motion ! La belle attente !
« Tu dois penser deux questions plus loin avant de contre-interroger, Jacques », me disait Gaëtan, « et connaître les réponses, surtout les réponses ! »  Les votants n’étaient pas au courant de cette règle. Je vous ai démontré que le politique décède.
 Autrefois les pharaons mécontents, vrais prêtres régnants pourtant, de l’Égypte ancienne tentèrent d’oblitérer le nom et le visage d’Akhenaton de leurs stèles. En vain ! Tous les croyants connaissent RA le Dieu Unique, Monseigneur.  La civilisation de l’HOMME INTÉGRAL frémit encore à l’évocation des tentatives de destruction des bouddhas de Bamiyan et des fresques de Palmyre. Qu’est-ce qui sourd dans un cœur au moment de tels actes, au moment du reniement des belles œuvres de L’HOMME ?    
Le vent souffle mais demeure le sable car ils coexistent.
Plus profond l’acharnement à casser, plus s’étend le souvenir.
Terrible est l’envie de détruire, mais plus forte encore est l’écho. Car, de la poigne du marteleur retentit le son du passé. Et il ne naîtra point celui qui change hier. Sa main ne l’atteint pas.
“A good name is better than great riches” –  Proverbs 22.1.