Percy Gontran

Le titre de ce texte pourrait donner à penser qu’il concernerait ces hordes de chauves-souris, protégées par la loi, qui ravage les arbres fruitiers de nos jardins à Port-Mathurin, de ces rongeurs qui nous déciment nos “rations” du mois ou encore de ces crabes terrestres, les Trouloulou Mayang qui aspirent nos cultures du potager sous le sol où elles se terrent.
Je voudrais parler plutôt de ces fêtards qui fréquentent assidument les boites de nuit de Rodrigues. La trêve de quarante jours de carême est observée chaque année dans l’île s’étendant du Mardi gras au dimanche de Pâques et où l’on s’abstient religieusement d’aller danser dans une île comptant plus de 90 % de catholiques. J’étais assez naïf pour penser qu’une fois les esprits apaisés et pacifiés au bout du carême, tout ce beau monde allait repartir sur de nouvelles bases.
Première alerte, vers trois heures du matin dans la nuit du dimanche au lundi de Pâques : une discothèque ambulante vomissant ses décibels me soustrait des bras de Morphée à une heure où justement somey vin bon. Non content d’avoir subi les décibels de la discothèque pendant toute une soirée, il était devenu impératif pour les occupants de la voiture concernée de rentrer chez soi.
D’autres véhicules, aussi bruyants que la discothèque mobile citée plus haut, ont strié le sommeil du juste de leurs assourdissantes musiques, les basses à fond, faisant tout vibrer dans la maison. Les motos se mirent également de la partie pétaradant à tue-tête, ou devrais-je dire, à tue-échappement, soit trafiqué, soit non entretenu, j’étant à la face et aux oreilles de la société le mal-être de gens qui se sentent le besoin de se faire remarquer.
D’autres fêtards revenaient à pied de la boîte de nuit et arpentaient les rues dressées en équerre du chef-lieu en reprenant à tue-tête les tubes, les ségas surtout, encore tout sonores dans leurs têtes. Ils étaient doublés par certains véhicules s’engouffrant à contresens de la voie publique pour couper au plus court. Certains passagers de moto ne portaient même pas de casque de sécurité et étaient affaissés d’ivresse sur l’épaule du conducteur qui tentait tant bien que mal de maintenir son équilibre et sa trajectoire. Et puis il y avait ces jeunes hommes seuls qui hurlaient, dans un langage fleuri, leur frustration de rentrer bredouille d’une soirée qui était pourtant pleine de promesses au départ. Les panneaux de signalisation, tout comme les enseignes de commerces, en faisaient les frais et les bouteilles de bière une fois vidées, étaient pulvérisés dans un bruyant fracas sur l’asphalte.
Un tel degré d’incivilité, un tel mépris du droit au repos d’autrui n’est rendu possible que parce que les policiers eux ont choisi de jouer aux abonnés absents. Ils sont très prompts à surgir de tous les coins de rue pendant la journée pour des contrôles de routine qui sont certes nécessaires pour décourager les chauffards. Ils réaliseraient de jolis coups de filet en termes d’avertissements, de contraventions ou de séjours dans les cellules de dégrisement en établissant des barrages de contrôle dans des sites stratégiques le long des voies rayonnant des boîtes de nuit.
Si la horde plus ou moins joyeuse de fêtards sévit week-end après week-end, c’est bien qu’elle ne craint pas de se voir tomber sur une patrouille des forces de l’ordre. En France les policiers sont appelés les gardiens de la paix. Serait-il trop demandé que d’exiger de nos flics de nous garantir la paix nocturne ? Nos chauves-souris sont protégées par la loi pour leur génome unique au nom de la biodiversité.
Cette autre faune nocturne doit être mise hors d’état de nuire au nom de nos libertés individuelles qui doivent impérativement s’arrêter au seuil de notre voisin…