Suite à la réouverture de la saison de la pêche aux ourites à Rodrigues le week-end dernier, un premier chiffre traduit la satisfaction des autorités de l’Assemblée régionale de Rodrigues, appliquant ainsi une seconde fermeture. Pour cette première sortie en mer samedi dernier, plus de 16 tonnes d’ourites ont officiellement été ramenées. La prise de la réouverture, pesant 7,4 kg, est revenue à Kersley Ernest, un habitant de Petite-Butte et spécialiste de “pik ourit” dans l’île. De son côté, le commissaire de la Pêche, Ruchjard Payendee, a exprimé le souhait de pouvoir faire adopter des règlements pour interdire l’exportation d’ourites pendant la période de fermeture en vue d’assurer un meilleur contrôle.
Le chef commissaire adjoint, Nicolson Lisette, prévoit d’établir un prix subventionné pour le jour de la réouverture en vue de permettre à un plus grand nombre de Rodriguais de participer à ce qui est devenu un rendez-vous incontournable de la mer dans l’île.
Pour cette journée de samedi, Kersley Ernest n’en revient pas sur ce qu’il a vécu en mer. Il ne s’attendait nullement à rentrer avec la plus grosse prise de la journée avec une prise de risques mesurée pour “pik sa ourit-la”. Même s’il savait qu’avec une telle prise, il avait de bonnes chances de se retrouver sur le podium à la pesée, il a préféré jouer la discrétion, et surtout l’assurance en regagnant la terre ferme. Il a laissé les autres pêchers passer avant lui à la balance et, une fois qu’il s’est assuré que ses chances ont été préservées, il s’est présenté en avant-dernier devant les garde-côtes de Rodrigues pour la pesée. Avec 7,46 kg affichés, les Rs 5 000 représentant le premier prix lui étaient destinées.
Kersley Ernest, qui est un habitué de la mer, raconte que ce ne fut nullement un pari facile pour ramener cette ourite à terre. Il a dû faire preuve de son expérience pour dompter en mer la pieuvre qui montrait une résistance incroyable. Finalement, sa maîtrise de soi avait pris le dessus. « Mo finn lapes sa ourit-la dan enn landrwa ki apel Grand Mouillage », indique-t-il en soutenant qu’il connaît les coins et recoins de cette partie de la mer au large de Rodrigues. « Mo abitie lapes laba tou letan. Depi mo ena 14 zan, mo lapes dan sa baz-la. Mo pik ourite, mo lapes kazie ek lalign. Sa gro ourit-la pa ti fasil pou maitrize sa. Ou bizin ena leksperyans, sinon kapav mor sa. Li ena lafors ek li fann so delo nwar ek osi li fer so lapat ranpe rod bann trou. Mwa mo konn teknik-la ek mo finn resi kontrol li san panike ek avek san frwa », poursuit-il.
Stevan Meuneir a remporté la deuxième place avec une prise de 6,68 kg et Régis Spéville la troisième avec 6,31 kg. Pour les besoins du spectacle, les neuf prises les plus conséquentes ont été exposées sur le bord de mer et ont alimenté la conversation de tous ceux qui se sont fait un devoir de se rendre dans des endroits indiqués pour la réouverture, en l’occurrence Graviers, Pointe-Coton, Saint-François, Port-Sud-Est, Tamarin, Rivière-Coco, Rivière-Banane, Baladirou et Baie-du-Nord. Après la fermeture de la saison pendant deux mois, quelque 2 000 piqueurs d’ourites ont repris le chemin de la mer. La moyenne des prises variait entre deux et six kilos.
Intervenant lors de la cérémonie protocolaire pour cette septième réouverture, samedi dernier, à Petite-Butte, le commissaire Payendee a annoncé la prochaine promulgation de règlements visant à interdire l’exportation de pieuvres en période morte. De ce fait, les autorités de Rodrigues devront se donner davantage de moyens pour faire respecter les deux Closed Seasons dans l’île. Il s’est félicité des répercussions de la fermeture de la pêche aux ourites car les 16 tonnes ramenées pour le premier jour constituent une hausse de plus de 300 % par rapport à la fermeture hivernale de 2016.
Par ailleurs, le Chef commissaire adjoint à l’Assemblée régionale de Rodrigues plaide en faveur de l’introduction d’une subvention sur le prix des ourites le jour des prochaines réouvertures en vue de permettre à un maximum d’habitants d’avoir accès à ce fruit de mer à l’image de Tante Catherine, qui a tenu à être de la partie comme de nombreux autres Rodriguais et visiteurs de l’île. « Depi 2 mwa, mo pa manz ourit. Mo finn anvi manz ourit zordi ek mo finn vini boner pou mo kapav aste enn gro ourit. Roulman-la mari bon ek bann priz-la super », laisse-t-elle échapper après avoir assouvi son désir de rentrer chez elle et se faire préparer un menu exquis et à la rodriguaise…