Roger Charoux est le doyen des artistes-peintres mauriciens. Scope a rencontré ce contemporain d’Hervé Masson et de Serge Constantin parmi ses créations, dans son atelier. Le peintre donne un aperçu des tableaux de sa prochaine exposition, Towards Abstraction, et des ouvrages issus de sa période figurative. À 85 ans, Roger Charoux avance vers un idéal pictural.
Il a commencé par écouter la nature et à traduire la parole des paysages en couleur. Roger Charoux se distingue lors d’une exposition collective en 1947, avec Hervé Masson et Serge Constantin. Deux années plus tard, viendra une sortie en solo, inaugurée par Robert-Edward Hart ! Ce fringant octogénaire a également connu Marcel Cabon et Edmée Lebreton, entre autres poètes du terroir, ainsi que Malcolm de Chazal, avec qui le jeune Roger Charoux se promenait dans le canal du Ruisseau du Pouce à Port-Louis. Il assistait aux éclairs de génie du poète. Des illuminations…
Une influence d’Hervé Masson est concédée aux débuts de Charoux. Ce dernier cite en vrac : Richard Diebenkorn, Robert Motherwell, Keith Vaughan, Roger Hilton… Tous des peintres anglais et américains dont les oeuvres l’ont inspiré au cours de son cheminement artistique. “On prend toujours des autres; même Picasso a pris de Matisse.” Roger Charoux dit aimer la couleur car celle-ci rend la ligne vivante.
 
L’idéal en soi.
“La peinture contemporaine se passe un peu de l’ombre et de la lumière. Elle est difficile d’accès. C’est la raison pour laquelle la seule peinture qu’on comprend à Maurice, c’est ça” (Il montre un tableau d’un marché. Un autre du phare d’Albion). Des lieux communs photographiques et des impressions à quoi un artiste contemporain ne saurait se limiter. L’Homme n’est pas statique dans ce monde et la peinture a évolué. Mais Roger Charoux estime que la peinture à Maurice accuse un sérieux retard sur le temps.
Il a entamé sa marche vers l’abstraction depuis une dizaine d’années. Il cherche l’idéal en soi. En lui. Une quête perpétuelle. Sans savoir si le but sera atteint un jour. Qu’importe ! Cette quête le rend heureux et lui procure le bonheur des couleurs. Comme quoi, le bonheur est un cheminement, et non un objectif.
L’abstraction répond-elle mieux à sa recherche picturale ? Absolument ! répond Roger Charoux, avec la conviction d’une bonne soixantaine d’années de maniement des couleurs. Comme l’arbre, sa peinture continue à croître et se nourrit de la substance contemporaine pour tendre vers le ciel. Towards Abstraction est un mouvement vers l’infini…