Roilya Ranaivosoa

Un petit bout de femme de 1,52 m pour 49 kg. Mais quel tempérament ! Depuis trois ans, Roilya Ranaivosoa, 28 ans, règne seule sur le continent, en alternant ses succès -48 et -53 kg. Et c’est sans jamais au prix d’énormes sacrifices et d’un régime alimentaire draconien. Mais cette année, ses efforts ont fini par payer à Gold Coast aux Jeux du Commonwealth en Australie (4-15 avril). Elle décroche l’argent et entre à jamais dans l’histoire. Désormais, « ce sont les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 » qu’elle a en point de mire. « Je vise une qualification directe sans passe-droit (WC), à l’inverse de Rio en 2016. », clame-t-elle.

Depuis 2016 au Cameroun (-48 kg), puis à Maurice en 2017 (-48 kg) et 2018 (-53 kg), elle domine la scène africaine. S’ajoutent à cela ses trois médailles d’or aux Jeux d’Afrique en 2015 au Congo-Brazzaville.Toutefois, elle se révèle aux yeux du monde à Gold Coast. Cette médaille d’argent lui vaut d’être enfin reconnue comme pouvant avoir droit à une bourse olympique. Elle maintient « qu’il y a eu des coups de gueule et beaucoup de revendications à mon retour d’Australie. Mais j’attendais ce moment pour dire la vérité. La méritocratie doit primer, surtout pour ceux et celles qui font plus d’efforts.» Mais elle sait surtout qu’elle devra être encore plus audacieuse alors qu’elle en est déjà à sa deuxième campagne olympique d’affilée. Elle n’a jamais cessé de s’entraîner telle une forcenée depuis décembre dernier.

Le rendez-vous des mondiaux, qu’elle ne rate plus chaque année depuis 2014, sonne aussi le début d’un nouveau cycle de préparation olympique. Cela l’oblige à s’aligner à un événement majeur avant la fin de chaque intervalle de six mois. « Ce nouveau système assure que toutes les postulantes à la qualification olympique soient maintenues en action. Donc, après les mondiaux du Turkménistan le mois dernier (-49 kg), je vais enchaîner avec les championnats d’Afrique prévus en avril en Égypte. Ce sont uniquement celles qui vont se qualifier qui iront à Tokyo 2020. Pour l’instant, il faut que je sois parmi les huit premières mondiales ou sinon accumuler des points si je me classe entre les 8e et 15e. En Égypte, je devrais terminer première de ma catégorie et ensuite faire mieux que 15e aux prochains mondiaux», ambitionne la leveuse.

Au détriment  de sa santé 

Le prochain sommet continental est très attendu. « Ce sera aussi relevé qu’en 2016 au Cameroun. Nous serons toutes du même niveau, à l’inverse des fois précédentes. C’est l’Afrique qu’il faut craindre. À cause de Gold Coast, toutes mes adversaires me connaissent. Donc, il faudra les surprendre.»

Depuis 2015, Roilya alterne entre les catégories -53 et -48 kg. Elle avait effectué ses débuts en 2011 en 70 kg, puis était passée en 63 et 58 kg en 2014. À partir de cette année, elle se retrouve en -49 kg. Ses fréquentes baisses de catégorie à l’approche des compétitions ne sont pas sans conséquence sur sa santé. « Monter à 53 kg n’est pas tant un souci que de redescendre à 48. Je dois alors me mettre au régime et passer, par exemple, trois heures par jour au sauna après mes séances. Comme 30 minutes de sauna ne me font perdre que 100 g, je dois me priver de déjeuner et de dîner pour atteindre mon poids de forme durant les deux semaines précédant la compétition. Et vu que je ne me nourris pas bien, je suis privée de vitamines et ma santé se dégrade. Mon système immunitaire en souffre, je me sens toujours fatiguée et perds mes cheveux. C’est la déprime. Et cette fatigue qui s’accumule me rend parfois hystérique à l’entraînement. Je stresse du lever au coucher pour rester au top niveau. Dès l’instant où je commence à faire des abstinences, j’ai de la fièvre dès le lendemain et ça peut parfois durer trois semaines », raconte la championne.  

Il y a deux semaines, elle s’est rendue à l’hôpital pour se guérir d’une fièvre. «Mais j’ai dû rester trois jours en clinique.» Qu’à cela ne tienne, 2018 a été sans précédent. « En trois sorties, je ramène l’argent de Gold Coast, trois médailles d’or continentales et termine 15e des mondiaux. Je me débrouille plutôt bien. »