ROLAND RATSIRAKA, ministre des Affaires étrangères de Madagascar : « Le coût du transport aérien entre les îles est trop élevé »

En visite à l’occasion de la conférence sur la Route maritime de la soie dans l’océan Indien, le ministre malgache des affaires étrangères estime que le coût du transport aérien entre les îles de l’océan Indien est trop élevé. La circulation entre les îles de l’indianocéanie, en conséquence, est contrariée, constate-t-il, en préconisant une stratégie globale en matière de connexion aérienne.
Vous êtes à Maurice à l’occasion de l’organisation de la conférence sur la route de la soie. Comment se situe Madagascar par rapport à cette route ?
Comme on le sait, il y a des communautés chinoises qui sont établies dans la région de l’océan Indien. Elles sont aussi bien Maurice, à l’île de la Réunion, aux Seychelles ou à Madagascar. Les Chinois sont arrivés dans la région pour faire du commerce, pour s’installer ou pour développer l’économie locale. Cette route de la soie démarre de la Chine et à l’époque allait directement vers l’Europe. Aujourd’hui, elle passe par l’océan Indien parce que nous voulons faire en sorte que l’océan Indien soit un endroit pour l’avenir et un espace qui établit un lien entre l’Afrique et l’Asie. C’est un lien naturel qu’on traverse pour aller soit vers l’Afrique soit vers l’Asie. Il faut que nous arrivions à faire en sorte que nous soyons attractifs et soyons une destination commune parce que nous avons beaucoup d’atouts. Nous avons des atouts complémentaires. Ce qui existe à Maurice n’existe pas à Madagascar. Aujourd’hui nous voulons faire en sorte que l’océan Indien qui est une zone paisible pour tout le monde soit une route importante pour le développement des relations entre la Chine et les pays de l’océan Indien et l’Afrique. L’étape océan Indien est capitale. Nous avons organisé la première conférence sur la Route maritime de la soie dans l’océan Indien à Maurice. La prochaine conférence aura lieu à Madagascar.
Par ailleurs la Fondation de la Route maritime de la soie continuera à travailler avec la Bank of China dont le directeur général était présent à la conférence. Pour Madagascar, il y a un projet que nous tenons à cœur. Il s’agit de la construction d’un terminal de croisières. Lorsqu’on parle de la Route de la soie, on parle de voyage par voie maritime. Il nous faut des ports et aussi des aéroports. Le port de Tamatave est en plein développement. Quelque 300 millions de dollars y sont investis. Il nous faut encore 50 millions de dollars pour le terminal de croisières. Les bateaux de croisière peuvent également aller à Diego Suarez. La province de Henan a été jumelée à Diego Suarez pour créer un partenariat. Il est important de souligner notre volonté de recréer cette histoire qui date de plus d’un siècle. Il faut pour cela que nous soyons des acteurs de l’histoire et non des spectateurs.

Comptez-vous beaucoup sur le tourisme chinois ?
Aujourd’hui l’île Maurice reçoit 100 000 Chinois, la Réunion en reçoit quelque 2 000. Nous voulons promouvoir Madagascar afin de recevoir plus de touristes et d’investisseurs chinois. Grâce aux relations que nous avons établies avec la Chine, on n’a pas mal d’investisseurs qui viennent. Certains gros investisseurs miniers veulent investir jusqu’à 3 millions de dollars dans le développement minier.

Est-ce que les connexions aériennes entre les îles ont été évoquées à la conférence ?
Nous voulons renforcer les relations entre les îles de l’océan Indien. C’est la raison pour laquelle a été créé le concept des Îles Vanille. Cela permet de développer les relations entre nous afin de mieux nous comprendre et afin que nous soyons un pole touristique pour le monde entier. À un certain moment les Caraïbes constituaient un pole d’attraction important. Ensuite il y a eu le Maghreb avec la Tunisie et l’Égypte etc. Cette région est affectée par les problèmes de sécurité que nous connaissons. Il est donc important de démontrer que l’océan Indien c’est la paix, la sécurité et l’assurance de pouvoir passer des moments agréables et paisibles au milieu de la nature. Il faut également montrer que l’océan Indien est un endroit pour l’écotourisme. Il faut qu’entre nous on se comprenne et qu’on voyage davantage au niveau de la région. Il y a des connexions aériennes mais elles sont insuffisantes. Les vols sont remplis. Il faudrait augmenter le nombre de fréquences entre nos îles et surtout faire baisser le coût des billets d’avion qui est encore très cher. Entre Maurice et la Thaïlande, le coup du billet tourne autour de 400 euros pour 14 heures de vol. Or pour aller à Madagascar qui est à côté cela coûte 300 euros pour un peu plus d’une heure de vol. Il y a là un problème. Il faut qu’il y ait des projets concrets pour faire baisser les billets d’avion. Le temps de la rhétorique est passé. Il faut que nos populations se fréquentent. Nous avons une histoire commune mais on a des difficultés pour se rencontrer parce que le coût du billet est trop élevé. Or le séjour à Madagascar n’est pas cher.

On parle de la création d’une ligne aérienne régionale, est-ce que Madagascar est partie prenante ?
Aujourd’hui nous avons un problème avec notre compagnie aérienne nationale qui doit trouver un partenaire stratégique. On procède actuellement à la sélection de ces partenaires. Air Mauritius figure parmi les candidats.

Y a-t-il de la place pour une compagnie purement régionale ?
Je pense qu’il y a de la place. C’est une question de prix surtout. Entre la France et le Maroc il arrive que les prix baissent jusqu’à 80 euros. C’est magnifique. Ici on n’est jamais en dessous de 300 euros pour aller à Madagascar. Si on arrive à pratiquer un prix de 100 euros pour aller à Madagascar, on pourrait créer une compagnie qui ne ferait que cela. Il faudrait que cette compagnie appartienne aussi bien aux Mauriciens, aux Réunionnais qu’aux Malgaches. Il faut qu’on trouve tous notre intérêt afin de faire développer nos îles. Pour l’instant je crois qu’on ne parle pas trop parce que nous avons chacun notre ligne : Air Mauritius pour les Mauriciens, Air Austral pour les Réunionnais, Air Madagascar pour les Malgaches, Air Seychelles/Ethihad pour les Seychellois. On a des intérêts qui sont pour l’instant divergents. Là où on a des intérêts communs c’est au niveau des croisières. Les navires partent de Maurice, vont à l’île de la Réunion ensuite ils vont à Diego Suarez, à Tamatave après ils se rendent aux Seychelles avant de revenir à Maurice. Cela se fait naturellement.
Il faut à mon avis une stratégie globale en matière de connexion aérienne. À partir de février prochain, on ouvrira une ligne entre Tananarive et la Réunion et de là vers Guanzou. Le vol inaugural aura lieu à la fin du mois de décembre. Tout cela pour vous dire qu’il est important de réfléchir globalement ensemble. Nous faisons l’erreur de développer notre cuisine à part.

Madagascar vient d’organiser le sommet de la francophonie après le sommet du Comesa, peut-on dire que la Grande île reprend graduellement sa place au plan international ?
Il n’y a pas de doute. On vient de recevoir 80 délégations étrangères à Madagascar. On a montré qu’on était capable sur le plan technique d’organiser le sommet de la Francophonie. On revient dans le concert des nations et on a montré que Madagascar avait des ambitions. J’ai reçu moi-même une vingtaine de chefs d’État et de Premier ministres. François Hollande est venu. J’étais à l’aéroport pour recevoir les délégations. On a montré qu’on est sur la bonne voie. J’ai récemment participé à la réunion des bailleurs de fonds et des investisseurs à Paris. On a obtenu quelque 6 milliards de dollars des bailleurs de fonds et il y aura des investissements privés de l’ordre de 3 milliards de dollars. C’est une révolution qui a lieu à Madagascar. Les travaux en vue de la construction d’un nouvel aéroport sont en bonne voie. On compte pouvoir accueillir autant de compagnies aériennes que Maurice. Le pays est en pleine transformation.

Comment se porte la coopération avec Maurice ?
On verra ce qui se passera au niveau des Îles Vanille. Je remarque toutefois qu’il y a beaucoup d’investisseurs mauriciens à Madagascar. Tous les grands groupes mauriciens sont représentés. Ils ont des usines. Les entreprises mauriciennes doivent avoir créé 10 000 à 20 000 emplois à Madagascar. Elles sont dans le textile, le transit.

Comment se présente la situation à Madagascar sur le plan politique ?
Tout se passe bien. Le pays est stable. Les élections présidentielles sont prévues en 2018. La relance économique est en bonne voie. Nous créons de plus en plus d’emplois. Nous recevons quelque 250 000 touristes tous les ans, les arrivées sont en pleine croissance. L’élimination des visas pour les croisiéristes nous permet d’avoir 50 000 de touristes en plus. Nous espérons d’ici deux ans porter le nombre de touristes à 500 000 avec des revenus touristiques de l’ordre d’un milliard de dollars.

Madagascar peut-il servir de grenier pour la région ?
Pourquoi Maurice importe des produits de très loin qui lui coûtent cher ? Pourquoi ne pas importer de Madagascar des produits bio qui ont une meilleure saveur que les produits importés à Maurice ? Jusqu’à maintenant le projet visant à faire de Madagascar un grenier de l’océan Indien est resté au niveau des discours. Je suis en faveur de l’action. Nous exportons des produits en Europe, je ne comprends pas pourquoi nous ne sommes pas en mesure d’exporter sur Maurice. J’invite les Mauriciens qui veulent investir dans l’agriculture à venir à Madagascar. On a des terres à perte de vue. Ils n’ont qu’à venir investir eux-mêmes. Ils créeront de l’emploi chez nous et ils pourront exporter les produits agricoles vers Maurice. Si on travaillait ensemble à ce niveau je suis certain que le coût de la vie à Maurice baisserait de moitié.

Seriez-vous candidat aux élections présidentielles de 2018 ?
On verra.