ROMAN—BARLEN PYAMOOTOO : En route vers soi

Neuf ans après Salogi’s, Barlen Pyamootoo nous convie à cheminer avec des mots bouleversants. Une mélancolie désabusée et la renaissance à une autre vie baignent L’île au poisson venimeux. À lire absolument.
L’île au poisson venimeux s’écrit au cœur de Flacq, où Anil et Mirna mènent une vie stable. Ils ont deux enfants et vivent grâce à une petite boutique qui fonctionne bien. Du jour au lendemain, Anil disparaît. C’est seulement des années plus tard que sa femme saura peut-être ce qui s’est passé. Parce qu’il a échappé de peu à la mort, son mari a changé radicalement le cours des choses, le cours des vies.
Flacq ruisselle au Trou d’Eau Douce imagé. Le roman semble complexe au prime abord. Les émotions et les angoises s’inscrivent fortement à l’esprit. Celles de Mirna, personnage dont le mari disparaît. Le lecteur est invité à prendre part aux battues comme aux malheurs de Mirna. Anil s’est volatilisé. Est-il toujours en vie ? “Désespérée, Mirna fait face à cette absence qui ressemble à un abandon. Jusqu’au moment où, de guerre lasse, elle décide de refaire sa vie. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car nous sommes à l’île Maurice, petit monde clos où il est difficile de se cacher…”

Mélancolie désabusée.
Nous embarquons dans la torpeur errante d’un couple apparemment désuni. Atmosphère entêtante dans laquelle les personnages sont entremêlés de sortilèges. Le paysage intérieur de Mirna et celui des autres sont dépeints avec cette précision propre à l’écrivain. Celui-ci, neuf ans après Salogi’s, nous revient sous une autre lumière. Avec toujours des mots bouleversants, qui trouveront résonance en chaque lecteur. Une mélancolie désabusée : celle de l’auteur peut-être, mais assurément celle d’un pays, cette île au poisson venimeux. Où le temps semble si pesant à celui qui l’entend passer.
Rien n’échappe à l’auteur : ni la misère ni la grandeur de ce peuple dont le quotidien est tissé de grotesque et de merveilleux. C’est l’histoire d’une femme dont le mari a bel et bien disparu sans laisser de trace, laissant derrière lui sa maison, sa famille, ses amis et son magasin. Comme s’il s’était volatilisé.
Comme les romans précédents, L’île au poisson venimeux nous invite à un voyage. Un périple ponctué d’humour et de tragique, à un rythme haletant. Le roman prendra des accents de polar “psychologique”. Une porte ouverte sur l’intériorité d’un village de personnages. Et toujours ce regard qui tue…
Barlen Pyamootoo confie à Scope que chaque roman est une nouvelle étape. Il évoque déjà un prochain ouvrage. Cet écrit s’intitulera Whitman, en référence à l’écrivain et journaliste Walt Whitman. Celui-ci publie en 1955 un recueil à la versification évoquant la sensualité et la liberté. Deux thèmes chers à Barlen. Nous y reviendrons au moment voulu.

À propos de l’auteur
Barlen Pyamootoo a passé son enfance et son adolescence à Maurice, avant de partir en France avec sa famille en 1977. Après des études de lettres et quelques années d’enseignement à Strasbourg, il s’est de nouveau installé au pays natal. Depuis 1995, il vit à Trou d’Eau Douce. Traversé par les mots, Barlen Pyamootoo impose d’emblée une voix très singulière. Il a publié trois romans aux Éditions de l’Olivier, Bénarès (1999), Le Tour de Babylone (2002), Salogi’s (2008). Notons que Bénarès a été porté à l’écran en 2006.