ROOPESH BHEEKARRY, manager, Small Farmers Welfare Fund : « La mécanisation des opérations aux champs est la solution à long terme »

Le vieillissement de la population affecte aussi le secteur agricole et une solution sur laquelle travaille actuellement le gouvernement est l’importation de main-d’œuvre étrangère. Roopesh Bheekarry, Manager au Small Farmers Welfare Fund (SFWF), estime que cette démarche est pour le court et le moyen terme, mais que « la solution à long terme est la mécanisation des opérations aux champs ». Il encourage les agriculteurs à adopter les nouvelles technologies et à accélérer le processus de mécanisation. « Nous leur montrons les différentes solutions qui existent et qu’ils peuvent introduire dans leurs plantations et dans leurs fermes », dit-il dans cet entretien.

 
Présentez-nous le Small Farmers Welfare Fund…
Le SFWF a été créé en 2002 comme un corps parapublic qui opère sous l’égide du ministère de l’Agro-industrie. Il a pour but de promouvoir le bien-être économique et social des petits fermiers et de leurs familles. Les petits fermiers comprennent les petits planteurs qui occupent une superficie ne dépassant pas les 25 arpents, les petits éleveurs, les apiculteurs ainsi que les entreprises qui pratiquent l’agro-processing et dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas les Rs 10 M par an. Ces entreprises doivent employer un certain nombre de personnes et utiliser un gros pourcentage de matières premières locales dans leurs activités de transformation.
Les petits fermiers doivent se faire enregistrer auprès du SFWF afin de pouvoir bénéficier des avantages et autres facilités. L’enregistrement a démarré en 2003 et la carte de membres est renouvelée tous les deux ans. Nous avons environ 10 000 petits fermiers qui renouvellent leurs cartes tous les deux ans. Il y a aussi de nouveaux membres qui se font enregistrer chaque année. Nous avons ainsi créé une Central Database qui comprend les informations socio-économiques des fermiers et de leurs familles. Nous utilisons ces données-là pour définir des projets appropriés pour eux et, en même temps, nous les partageons avec d’autres institutions gouvernementales pour le bien-être de cette communauté.
 
Pourquoi le SFWF offre-t-il des avantages et autres bénéfices à cette communauté ?
Le secteur agricole fait face à de nombreux défis majeurs : le vieillissement de la population et le changement climatique qui est réel actuellement. Aujourd’hui, on ne reconnaît ni l’été ni l’hiver, tout est mélangé. Ça a un effet négatif sur notre agriculture, surtout avec les grosses pluies qui tombent de manière intermittente et les flash floods. Année après année, un certain nombre des petits fermiers quittent le secteur et de l’autre côté, la relève se fait rare.
Basé sur ces deux grands défis, le gouvernement a lancé un plan stratégique en 2016 où il a identifié tous les problèmes auxquels font face les petits fermiers. Il a proposé des solutions en vue d’aider le secteur, non seulement pour le soutenir mais aussi pour pouvoir le grandir également. Comme tous les autres secteurs, l’agriculture également créée la richesse et des emplois, non seulement pour les planteurs, les éleveurs et les travailleurs mais pour les différentes institutions gouvernementales qui opèrent dans ce secteur, les marchands, les fournisseurs d’intrants, de semences, de fertilisants, de pesticides et autres. Si le planteur ou l’éleveur chute, tous ceux qui travaillent à l’arrière également vont chuter. Nous à la SFWF, nous sommes un maillon pour mettre en œuvre les projets émanant de ce plan stratégique.
 
Quelle est votre stratégie face à ces défis ?
La première stratégie depuis notre création est d’aider les planteurs à établir un risk management framework et leur donner les différents outils pour qu’ils puissent mitiger les risques auxquels ils font face. Le plan phare que nous avons sous cette stratégie est le Crop Insurance Scheme qui est en voie d’élaboration. Pour l’instant, nous avons un fonds de solidarité qui compense les planteurs ayant souscrit à ce fonds lorsque leurs plantations sont endommagées par les cyclones, les grosses pluies ou la sécheresse. Bien que ce fonds soit d’une grande aide aux planteurs, il n’est pas un plan d’assurance. Nous réalisons que le soutien que les planteurs obtiennent de ce fonds n’est pas « as it would have been wished by the planters ». De ce fait, le gouvernement nous a demandé de préparer un Crop Insurance Scheme sur lequel nous travaillons. Nous avons validé récemment les propositions faites par le consultant et nous avons aussi pris en compte les suggestions des planteurs. Nous finalisons ce plan d’assurance actuellement. Nous estimons pouvoir le mettre en œuvre d’ici à l’année prochaine.
 
Le SFWF a un autre plan d’assurance pour les planteurs, n’est-ce pas ?
Effectivement, c’est un plan d’assurance accident qui couvre les planteurs contre tous les risques d’accident 24/7. Un planteur ou un éleveur n’obtient aucun salaire ni de compensation lorsqu’il est blessé dans un accident comme les salariés. Ce plan d’assurance leur offre une allocation en cas d’accident d’environ Rs 1 500 par semaine jusqu’à 24 semaines, soit six mois. Si cette personne souffre d’invalidité, le plan lui offre des indemnités à hauteur de Rs 25 000 basé sur le degré d’invalidité. Elle obtient aussi une allocation pour couvrir ses frais médicaux. C’est une couverture gratuite pour laquelle elle ne contribue rien. Puis, nous avons deux plans de pension au bénéfice des planteurs et éleveurs : le premier est une self-employed contributory pension qui est opérée en collaboration avec le ministère de la Sécurité sociale. Sous ce plan, pour chaque roupie que le fermier contribue, le gouvernement ajoute 50 % du montant sur sa contribution. À sa retraite, il obtient sa contribution, celle du gouvernement et les returns. Le deuxième plan est opéré en collaboration avec une compagnie d’assurances où les fermiers peuvent contribuer autant qu’ils le veulent.
 
Parlez-nous des plans qui sont destinés à soutenir le business agricole…
Nous en avons plusieurs qui sont en opération en ce moment. À commencer par le Compost Subsidy Scheme sous lequel le planteur de légumes obtient une tonne de compost gratuitement par arpent et celui qui cultive de la canne à sucre obtient, lui, 450 kg. Une somme de Rs 15 M est dépensée annuellement par le gouvernement sous cet item. Nous avons aussi un VAT Refund Scheme sur tous les équipements agricoles. C’est une incitation fiscale offerte par le gouvernement à la communauté agricole. Le fermier obtient en outre une concession au niveau de la Road Tax où il ne paie que Rs 4 000 annuellement pour chaque véhicule qu’il utilise dans ses plantations au lieu de Rs 14 000. Cela parce que le véhicule qu’il utilise est un outil de production. On parle ici de véhicules utilitaires.
 
De quoi bénéficient les éleveurs de bétail ?
Nous avons des incitations à l’intention des cattle breeders, surtout de vaches laitières. Le SFWF leur offre un soutien, d’abord, lorsque leurs vaches atteignent la période de lactation après avoir donné naissance à un veau ou une génisse. Nous leur offrons une somme de Rs 5 000 par vache allaitante, que l’éleveur peut utiliser dans l’achat de suppléments alimentaires pour l’animal. Puis, lorsque le petit animal atteint l’âge de trois mois, l’éleveur obtient Rs 2 500 pour l’encourager à bien prendre soins de ses animaux. Ce faisant, nous les encourageons à augmenter notre cheptel. Nous aurons ainsi plus de lait et de viande pour la population. Nous touchons environ 600 vaches sous ce plan annuellement.
 
Venons-en à la main-d’œuvre en cette période où le pays souffre d’un problème de vieillissement de la population…
Ça, c’est une réalité et une des solutions sur laquelle le gouvernement est en train de travailler est l’importation de main-d’œuvre étrangère pour le secteur agricole. C’est pour le court et le moyen terme mais la solution à long terme est la mécanisation. Nous encourageons nos fermiers à aller vers la mécanisation en organisant chaque année, à leur intention, une foire Agritec où des exposants qui sont des fournisseurs de machines et autres équipements agricoles les montrent aux agriculteurs. Nous les invitons à venir découvrir ces machines et à discuter sur place du financement avec les banques qui sont, elles aussi, présentes dans cette foire. Cela afin d’encourager les agriculteurs à adopter les nouvelles technologies et à accélérer le processus de mécanisation. Il y a différentes mesures pour différents types de plantations et différentes superficies. Nous leur montrons ainsi les différentes solutions qui existent et qu’ils peuvent introduire et dans leurs plantations et dans leurs fermes.